ÉMERGENCE 7, un roman ado de Vincent Mondiot et de Enora Saby.

LITTÉRATURE JEUNESSE

Éditions Actes Sud Junior


Déménager, c’est toujours dire adieu à une partie de son passé. Léon en a bien conscience, ce matin-là, alors qu’il attend le bateau qui l’emmène au collège. Bientôt, il va devoir quitter la petite île bretonne sur laquelle il a toujours vécu. Comment l’annoncer à Joachim, son meilleur ami, ou à Alex, la fille dont il est amoureux ?
Mais tout ça n’a plus d’importance quand soudain une créature gigantesque et mystérieuse émerge de l’océan pour semer derrière elle la mort et la destruction. Vingt ans plus tard, devenu adulte, Léon revient sur les lieux du drame.
Et il se souvient de ce qui a été, de ce qui ne sera plus.
Un roman d’inspiration manga, entre récit de survie, fresque apocalyptique et drame intime.
Deux cents pages entièrement illustrées, en immersion totale !

 

Ma note : 5/5
Nouveauté 2022 (sortie septembre 22)
208 pages
Disponible au format broché

MON AVIS

Une alliance parfaite pour un roman méchamment puissant.

 

J’ai découvert la plume de Vincent Mondiot avec « Les derniers branleurs », un incroyable roman. Associé à Enora Saby, illustratrice, ÉMERGENCE 7 est percutant, saisissant et indéniablement majestueux.

 

En un quart de secondes le monde de Léon et de ses copains et copines implose. L’apocalypse déferle sur cette petite île la plongeant dans l’horreur absolue. Une course poursuite contre le temps où survivre est devenu un réflexe archaïque. Ces ados courent en à perdre haleine, pleurent, hurlent, rigolent, espèrent. Un espoir vain, abîmé, douloureux, prémices d’une nouvelle vie supplantée par la peur, la tristesse.

 

Vincent Mondiot nous offre une nouvelle histoire émotionnellement intense. Entre souvenirs, moments T et présent, entre le jeu des couleurs, suivre Léon tout au long de cette introspection est bouleversant, émouvant et terrifiant. Quel sens donne-t-on à la vie à 13 ans au milieu du chaos ? Et à cette question Léon va y répondre. Âme écorchée, corps meurtri, entre naïveté et réalisme, Léon se livre, se délivre de cet instant. Acceptera-t-il la paix ?

 

Cerise sur le gâteau, Enora Saby, signe son premier roman graphique. Des illustrations captivantes qui jouent énormément sur les couleurs associées à une période de la vie de Léon. Manga art sans l’être, Enora Saby nous plonge d’une autre manière dans cette incroyable aventure. Elle joue beaucoup avec le flou, les couleurs, les petits détails et les émotions. Une harmonie parfaite entre le contenu, le style et les émotions.

 

Bref un roman graphique détonnant qui propose une histoire émouvante. J’ai eu un immense coup de cœur pour ce livre qui nous précipite dans ce monde chaotique où les épreuves jalonnent le récit et où il est impossible de ne pas s’émouvoir.

 

 

LES DERNIERS DES BRANLEURS, un roman ado de Vincent Mondiot.


Gaspard, Minh Tuan et Chloé sont les trois losers du lycée. Le trio inséparable sèche les cours, passe son temps à glander entre fumettes, gueules de bois et infinies discussions sans queue ni tête sur la sexualité des schtroumpfs. Pour les trois élèves de terminale, le bac est un horizon lointain et sans intérêt.
Mais le jour où leur prof principale, à bout de patience et d’arguments, les traite de « branleurs », les voilà estomaqués. Une pointe d’orgueil les pousse finalement à vouloir décrocher ce diplôme. Ce qui n’est pas gagné. C’est là qu’intervient Tina, jeune migrante surdouée récemment arrivée dans leur lycée. Se met alors en place un stratagème de triche probablement bien trop compliqué pour les trois ratés autoproclamés… Avec un esprit punk et BD, des airs à la Riad Sattouf, l’héritage de Salinger, un roman drôle et provoquant, bourré de références à la culture populaire.

Vincent Mondiot aborde cette dernière année de lycée avec un œil acéré, un humour dramatique et une ouverture d’esprit totalement irréprochable. Se mettre dans la peau de ce trio est un exploit en lui-même. Gaspard perdu dans une déprime qui a peut-être bon dos, est celui qui est le plus déconnecté du monde. Dans les nuages, désabusé, stone la plupart du temps, Gaspard ne vit que pour le porno, les mangas (un peu porno), les jeux vidéos. Un baba cool dans toute sa splendeur.
Minh Tuan est le fils de. Son père travaille pour une ambassade et il est tout désigné pour suivre les pas de son paternel. Minh Tuan est loin de s’en réjouir, il rêve d’une vie où aventures et amour seraient eu rendez-vous. Minh Tuan est celui qui en a le plus dans la tête mais qui en a rien à foutre. Il adore les mangas et les jeux vidéos. Le jeune homme est enfant unique et se trouve souvent seul. Des parents absents et qui ne s’en préoccupent pas !

 

Chloé aime dépasser les limites. Boire, raconter des bobards sont son passe-temps favori. Mais elle est plus préoccupée pour son avenir. Être adulte l’effraie. Le monde, le climat, l’avenir sont tous aussi obscurs que son esprit. Alors étudier à quoi cela servirait ?

 

Ce trio totalement badass m’a fait passé un moment de lecture inoubliable. L’auteur m’a immergée dans leur monde totalement inouï où sarcasme, humour et réflexions philosophique se côtoient. Une intensité naïve mais tellement pure que s’en est déstabilisant. Un humour qui frôle le ridicule mais qui reflète de manière subtile et ubuesque le monde flou dans lequel ils évoluent. Bien évidemment j’ai eu envie de leur botter le cul (c’est la maman que je suis qui parle) mais en fin de compte je trouve qu’il s’en sort plutôt pas mal sans trop d’égratignures et ils trouvent leurs voies dans leur foutu bordel. Et c’est là que j’en suis ravie. Le lycée n’est pas une finalité fatale et les derniers des branleurs en sont les témoins-victimes consentis. C’est un roman tout aussi percutant que hallucinant. Vincent Mondiot explore ces territoires inconnues qu’est l’adolescent et le pré-adulte. Les confins des esprits sont décortiqués, étudiés. Les réponses arrivent souvent d’une manière désordonnée et inadéquate mais elles fouettent les âmes de ces jeunes. Le désœuvrement est contrebalancé par ces idées tordues et alambiquées qui font sourire. Il y a ce quelque chose de Rock’n’roll, d’étourdissant et d’euphorisant qui empreint ce roman ado. Et la cerise sur le gâteau : ce narrateur omniscient qui éclaire notre compréhension sur des personnages furtifs ou alors ces situations incongrues, dans la marge. Et c’est un pur délice et totalement atypique et pour cela je dis un grand OUI ! Au vu des portraits et des traits de caractère de chaque personnage, il vous est offert de vous identifier à qui vous le souhaiter. Personnellement, j’adore ce trio improbable tout simplement car ils ne rentrent dans aucune des cases dictées par la société et c’est un beau pieds-de-nez. J’ai tout de même ma préférence pour Tina, jeune immigrée d’origine africaine, qui toute seule affronte la France et ces codes. Surdouée, pragmatique et adorable, Tina a la tête sur ses épaules. Elle pourrait faire de grandes études mais la réalité elle a su l’aborder avec réalisme et se tourne rapidement vers un métier manuel. Tina est la douceur incarnée et un esprit ouvert et la cœur sur la main, bravant les interdits pour ses branleurs adorés.

 

Un grand bravo pour ce roman ado d’un réalisme touchant où l’onirisme n’a pas sa place tout autant que la cruauté d’une vie irréalisable. Incisif, Vincent Mondiot aborde avec tact ce entre-deux temps où la réalité peut choquer. Rassurant Vincent Mondiot donne cette chance souvent manquante à ce peuple méprisé d’une génération de branleurs.

 

Les branleurs ne sont pas ici considérés comme une sous couche de la population étudiante. Au contraire le branleur est souvent imaginatif et créatif, à vos risques et périls !

 

Un roman ado à offrir et à découvrir !

 

Le monde ne se terminera jamais. Tant que Chloé aura ses amis, les gens qu’elle aime, le monde ne se terminera jamais. C’est à ça que ça se résumé, finalement, non ? Les gens qui nous ont touchés, ceux qu’on a touchés. C’est ça, le monde. Est-ce qu’ils se souviendront de nous ? Est-ce qu’on se souviendra d’eux ? Qui a eu un impact sur qui ? Qui a été qui ? Ouais. Genre, toute cette merde. C’est ça, le monde.

 

Une chronique de #Esméralda.