MOÏSE DE CASA, un roman de Driss C. Jaydane.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Les Avrils


Casablanca, 1975. À la télévision, le Roi demande à tous les hommes en bonne santé de partir libérer le Sahara. Un petit garçon l’écoute. Il vit seul avec sa mère et sa sœur et se sent différent des autres. Pour conjurer ses démons secrets, lui rêve d’une autre marche. Tel Moïse guidant son peuple, il convainc quatre copains de le suivre dans son odyssée. Des quartiers de terre rouge aux immeubles bourgeois dominant le port, soufflée par une devineresse et un sage inquiétants, la vérité approche.

Ma note 4/5
Nouveauté 2022
160 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

Roman court au ton incisif et enfantin, MOÏSE DE CASA est une agréable découverte qui nous porte au cœur de Casablanca où La marche rouge excite les esprits et les patriotiques.

 

Petit héros deviendra grand. Ses pas le portent de rues en rues, d’immeubles en immeubles, de la richesse à la pauvreté et de rencontres en rencontres. Ses pas fatigués, nerveux mais curieux lui qui tend à savoir et à découvrir. Compagnons de routes et d’infortune, vieil homme, dame inquiétante, sèment sur son chemin des indices, des déboires et de la peur. Courageux et tenace cette quête identitaire est une douce folie mais vitale.

 

Une plongée mirifique au cœur d’une ville cosmopolite où tolérance et respect illuminent la ville blanche. Un héros qui cherche sans détour la vérité qui fera de lui un homme. Entre pièges et désillusions, ce combat titanesque porte en lui le sacré de la pureté et de l’enfance entouré de secrets et de noirceurs.

 

Une plume élégante dont le rythme et le ton s’accordent dépeint avec curiosité la ville aux mille facettes. Amitié, famille sont un élément fédérateur portant vers l’ultime soulagement.

 

Un récit intense où la balade d’une vie devient le symbole de la liberté.

 

A découvrir sans aucune hésitation. Driss C. Jaydane va vous enchanter !

DÉCOMPOSÉE, un roman de Clémentine Beauvais.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’iconoclaste – Collection L’Iconopop

Sélection #68premièresfois

Un court roman en vers libres, d’une grande modernité, qui transforme notre regard et nos a priori sur la déchéance féminine.
Au bord d’un chemin, une femme gît, en décomposition.
Passant par là au bras de son aimée, un poète se délecte de cette vue infâme.
 
Clémentine Beauvais revisite avec audace le célèbre poème « Une charogne » de Charles Baudelaire. Elle imagine le destin de cette femme que l’histoire a bafouée, la faisant prostituée, chirurgienne, avorteuse, puis tueuse en série.
Un court roman à la forme inventive, impertinent et engagé.

 

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
128 pages
Disponible au format broché.

 


MON AVIS

Je n’ai jamais eu l’occasion de découvrir les romans jeunesses de Clémentine Beauvais, mais j’avais beaucoup apprécié sa traduction du recueil de poèmes « Chasseurs de lumière » de Tyler Knott Gregson aux éditions Presses de la Cité.

 

DÉCOMPOSÉE est singulier, atypique. Une beauté extravagante et éblouissante. L’exercice au départ n’est pas évident, mais le rythme s’installe doucement pour te prouver que la poésie n’a rien de ringard.

 

Ni poème ni roman, ce récit fusionne l’ancien et le futur avec habilité. Tableau alambiqué de vérités dérangeantes aux prises avec des thématiques fortes. Elle décompose la vie d’une héroïne banale épuisée par la vie. Des montagnes à la vie close parisienne, de l’émancipation à faiseuse d’anges, d’amoureuse à tueuse. Chaque note compose cette vie à la fois sauvage et revendicative, décharnée et réelle.

 

Son corps, dans le fossé, exultant un dernier souffle, déversant ses derniers espoirs, ses derniers rêves, se délitant, chairs arrachées putréfiées, berceau de la vie et de la mort.

 

Roman intransigeant, dérangeant, peignant l’horreur et la beauté du geste et des maux. Osé et généreux, il emporte, recompose la poésie sur cette musique attractive, battu par les mots qui choquent et s’entrechoquent. Un roman inspirant, réconciliateur, captivant aux multiples couleurs où seul le noir serait banni. 

 

Un très joli coup de cœur pour une histoire aussi passionnante qu’audacieuse.

 

 

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
(dernière strophe « La charogne » de Charles Baudelaire)

LES ENVOLÉS, un roman de Étienne Kern.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

Sélection #68premièresfois

4 février 1912. Le jour se lève à peine. Entourés d’une petite foule de badauds, deux reporters commencent à filmer. Là-haut, au premier étage de la tour Eiffel, un homme pose le pied sur la rambarde. Il veut essayer son invention, un parachute. On l’a prévenu : il n’a aucune chance. Acte d’amour ? Geste fou, désespéré ?
Il a un rêve et nul ne pourra l’arrêter. Sa mort est l’une des premières qu’ait saisies une caméra.
Hanté par les images de cette chute, Étienne Kern mêle à l’histoire vraie de Franz Reichelt, tailleur pour dames venu de Bohême, le souvenir de ses propres disparus.
Du Paris joyeux de la Belle Époque à celui d’aujourd’hui, entre foi dans le progrès et tentation du désastre, ce premier roman au charme puissant questionne la part d’espoir que chacun porte en soi, et l’empreinte laissée par ceux qui se sont envolés.

 

Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2021
160 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Ailes déployées, regards fiévreux, pensées déstructurées, envies douloureuses, espoirs perdus, désillusions sournoises. La vie qui ne tient qu’à un soupir.

 

LES ENVOLÉS est un roman terriblement poignant. Les mots s’entrechoquent, s’animent, s’aimantent, s’envolent vers les espoirs vains et les doutes accablants. A l’heure où apprivoiser le ciel est un eldorado, un espace encore vierge où la liberté semble libératrice, les esprits s’échauffent et innovent. 

 

Franz Reichelt immortalisé, archivé, homme volant, homme libre, homme condamné. 

 

Et tous les autres envolés, laissant leurs empreintes dans les âmes désolées.

 

Passé, présent, ultime témoignage de la perte, de la femme, de l’homme, des rires, des larmes, de l’amour vivant, brisé, de la folie inconsciente, ultime pardon, foi perdue, esclave du temps qui s’assombrit.

 

Plume enjôlée, plume triste, plume sincère, plume enchanteresse narrant les vies avec un respect incommensurable. Apprivoisée la vie, la comprendre, la décortiquée et la laisser s’en aller au loin vers cette liberté.

 

Un roman saisissant. Un roman pétrifiant. Un roman recelant une part d’ombre lumineuse.

 

 

AULUS, un roman de Zoé Cosson.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection L’arbalète

Sélection #68premièresfois

Aulus est une station thermale des Pyrénées construite à la Belle Époque, qui ne compte plus, aujourd’hui, qu’une centaine d’habitants. Depuis son enfance, la narratrice y vient chaque année. Elle réside dans l’hôtel désaffecté que son père a acheté un jour aux enchères, point de départ de ses randonnées.
Dans le village et sur les chemins, la narratrice écoute, regarde et recueille habitudes et histoires des Aulusiens : la météo, l’ours, la centrale plantée sur une rivière, les élections… Elle en fait un récit, celui d’un écosystème fragile, où hommes et nature cohabitent comme ils peuvent. Où une ancienne mine pollue dangereusement la montagne. Où tout menace de se défaire, malgré la force millénaire de la roche omniprésente. Un récit actuel, métaphore de notre époque, en perpétuelle rupture d’équilibre.

 

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
112 pages
Disponible au format numérique et broché

 

 


MON AVIS

J’aurais souhaité que ce roman soit davantage qu’une très belle découverte. J’aurais aimé me sentir embarquée dans une aventure atypique, extraordinaire au cœur de la montagne, de la nature, d’une richesse acculée loin des yeux, loin des cœurs. J’aurais aimé être émerveillée, éblouie. J’aurais tant aimé.

 

Je me suis perdue au cours de cette balade bucolique.

 

Espace temporel variable au grès de la déambulation de la narratrice, les souvenirs côtoient le présent, la dernière fois, la dernière balade, l’ultime au revoir. Des hommes, des femmes, des chats, des chevaux, des bâtiments qui s’étiolent dans l’absence, l’accumulation et l’ignorance. C’est le récit d’une multitude de vie gravée dans la roche inaltérable, éternelle. Un imbroglio de vagues espoirs, de lointains souvenirs et d’un présent inaliénable. 

 

Un écriture saisissant l’instant T, poétique, posant un regard bienveillant, enjoué, rude et terriblement honnête. Un récit court qui s’anime à chaque respiration et qui se meurt dans un ultime regard.

 

Moi qui aime tant mes Pyrénées, je me suis sentie étrangement mélancolique. 

 

LE PARFUM DES CENDRES, un roman de Marie Mangez.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Finitude

Sélections #68premieresfois

Les parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner n’importe quelle personnalité grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe tous les jours dans son métier ­d’embaumeur.

Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde qui s’intéresse à son étrange profession. Pour elle, Sylvain lui-même est une véritable énigme: bourru, taiseux, il semble plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Elle sent qu’il cache quelque chose et cette curieuse impénitente veut percer le mystère.
Doucement, elle va l’apprivoiser, partager avec lui sa passion pour la musique, et comprendre ce qu’il cache depuis quinze ans.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
240 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman qui fleure bon. Sylvain Bragonard a le nez délicat, finement délicat. Son rêve devenir parfumeur mais une terrible tragédie à contrebalancer ses espoirs il y a de cela quinze ans. Sylvain Bragonard n’a jamais été un jeune homme expansif et son métier d’embaumeur colle parfaitement à sa personnalité effacé, taciturne. Elle est arrivée et du jour au lendemain son quotidien s’est transformé. La belle Alice et son air taquin et ses yeux qui dévorent tout. Sa liberté titille cette morosité, cette âme en peine. Une collision sensorielle et quelque peu envahissante.

 

Alice et Sylvain sont deux antonymes. L’une libre et l’autre enfermé dans ses souvenirs destructeurs. Lui tend à redonner un semblant de vie à coup de reniflement et l’autre la dévore voracement et l’observe. Entre parfums et souvenirs, les pensées se délitent et les mots surgissent maladroits, fébriles. Marie Mangez narre la vie à coup de pschitt. Une ode terriblement émouvante et douloureuse. Elle aspire les souvenirs et les désirs les confrontant à cette réalité morbide. Une quête de rédemption comme ultime héritage à un passé qui s’accroche jalousement. J’ai apprécié la délicatesse de la plume gourmande de l’auteure. Généreux, farouches, timides, les mots s’envolent et viennent percuter le lecteur. J’ai regretté de ne pas pouvoir associer aucune senteur à un souvenir, ou une idée, à quelque chose de concret. 

 

 

En bref :
– Un roman poétique qui rend hommage à la vie et à la mort
– Un bouquet floral aux douces couleurs
– Des personnages antonymes et terriblement attachants
– Une écriture sensible
 
Une très belle découverte dépaysant et qui m’a sorti de mes sentiers battus Je suis ravie 🙂
L’avez-vous lu ?

SUR MES ÉPAULES, TU BÂTIRAS TON MONDE, un roman de Julien Aime.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus


L’art délicat d’être père
Professeur de français passionné, Louis est le plus heureux des hommes depuis que sa femme Anna lui a annoncé qu’elle attendait leur premier enfant.
Tout à leur joie, ils partagent la bonne nouvelle avec leurs proches, se plongent dans les listes de prénoms, l’aménagement de la chambre du bébé…
Mais leur bonheur est de courte durée : quelques semaines plus tard, on diagnostique à Louis une leucémie foudroyante.
Engagé dans une course contre la maladie, Louis fait la promesse à Anna d’être un père présent quoi qu’il arrive. Mais comment accompagner son enfant sur le chemin de la vie s’il est physiquement absent ?
Entre rires et larmes, Julien Aime signe un émouvant roman sur l’amour paternel, la transmission et les choix de vie.

Ma note : 5/5
Nouveauté 2022
300 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

Le résume annonce la couleur dès le départ. C’est mal à l’aise que j’ai ouvert ce roman mais surtout je me suis accrochée au titre qui est si enthousiaste si beau si encouragent si magnifique. 

 

Louis adorait sa vie et son métier, professeur de français. Il adorait transmettre son savoir, sa passion pour les beaux mots, l’imagination et les envolées littéraires. Ses élèves, il les aimait sans distinction et avec beaucoup de force. Une alchimie particulière les liait. 

 

Louis était un mari aimant. Sa femme était son tout et le petit être qui grandissait dans le ventre de cette dernière était une finalité de toute beauté.

 

Louis était un ami fidèle, dévoué. Ils pouvaient compter l’un sur l’autre. Les souvenirs ils en avaient à la pelle. Ils ont grandi ensemble, fait les quatre cent coups, monté un groupe de rock. Ils sont devenus des adultes bancals ensemble.

 

Louis était un frère et un fils aimé et chéri.

 

Cette vie s’est arrêtée, s’est essoufflée, lorsque le diagnostique est tombé, fatal. La mort aux trousses. Une vérité sans ambages, cruelle. La vie ne tient qu’à un fil, la chimiothérapie. C’est le courage visé aux tripes que Louis prend part à la bataille. Une bataille qui se doit pour le bébé, pour Anna, pour ses amis, pour sa famille. Une bataille dans l’ombre pour vivre dans la lumière. 

 

Julien Aime aborde le sujet de la maladie avec une honnêteté terrifiante mais ne tombe pas dans le pathologique. Il se dégage de ce roman ce sentiment indescriptible d’assister à une histoire hors norme. Une histoire profondément bouleversante et terriblement humaine. La maladie ne peut être un héritage valable, seule la vie et les souvenirs sont souverains. Louis s’engage dans une bataille où chaque parcelle de temps devient le sujet d’une vidéo où il délivre ses sentiments, son ressenti et ses conseils, laissant ainsi un trace immortelle de sa vie délitée. Ainsi il entre au cœur d’une rétrospection intense où il tente de définir sa place de père à venir, sa place d’homme et sa place de mari. Une belle leçon d’humilité et d’humanité où l’égoïsme est banni et où, seul, compte sa présence aussi éphémère qu’elle puisse être. Julien Aime délivre un message puissant d’amour, de tolérance et d’acceptation. Un modèle à suivre ? Non mais la preuve qu’en chacun de nous, il existe une unicité où l’espoir réside dans ces infimes particules de résilience et d’espoir. Julien Aime signe un roman d’une puissance rare.

 

En bref :
– Une lecture coup de cœur
– Un roman traitant de thèmes douloureux
– Un roman sur la résilience et l’héritage
– Un roman d’où immerge l’espoir
– Une jolie histoire de courage et d’abnégation

 

Même si le résumé ne laissait rien présager de bon, Julien Aime insuffle à son roman une aura d’une pureté éclatante. Je me suis accrochée à chaque page. J’ai vécu chaque drame, chaque espoir, chaque larme, chaque cri avec une intensité à couper le souffle. Un roman qui se répercute dans chaque atome, chaque cellule que nous sommes. Un roman qui prend aux tripes, un roman intransigeant, mais une roman d’une beauté unique.

 

Osez-le !

JARDIN SECRET À PALERME, un roman de Valérie Mangin.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions La Sirène aux yeux verts


Lorsque les filles de Sara arrivent à Palerme, elles ne reconnaissent plus leur mère. Sous le soleil de Sicile, quelque chose a manifestement changé. Petit à petit, Manon et Lisa vont comprendre que ce changement de lieu inopiné est loin d’être une fuite, et en découvrir les vraies raisons.
Sara est une femme meurtrie par une existence menée sous le joug du silence. Silence dissimulateur, silence réparateur, silence rédempteur qui doit un jour se briser pour faire place à la lumière : celle de la vérité, celle de la vie, celle de l’amour dans tout son éclat.
 
La révélation de Sara à ses filles, c’est d’abord la révélation d’elle-même, puis la célébration du lien mère-filles jusqu’ici terni par les non-dits et les affres d’un mariage raté.
Second roman de Valérie Mangin, « Jardin Secret à Palerme » est un chant-roman initiatique dont le personnage central est la Sicile, île solaire, île de beauté, de joie, d’amour et de liberté retrouvés.

Ma note : 3/5
2021
248 pages
Disponible au format broché


MON AVIS

Sara a vécu sa vie avec ce silence absolu, ce secret pesant et étouffant. 

 

Sara n’est pas partie sur un coup de tête. Sara est partie avec l’unique intention d’aller mieux et de vivre afin dans la paix et l’harmonie. 

 

Lorsque ces deux filles viennent la rejoindre sur la jolie île, elle est enfin prête à partager le terrible secret de son existence et ainsi donner l’occasion à ses filles de vivre pleinement.

 

Sophie Mangin explore les confins des secrets de famille et toutes les conséquences qu’ils engendrent. De sa plume poétique et au côté d’une héroïne en parfaite adéquation avec elle-même, Valérie Mangin nous invite à une certaine délivrance et apaisement.

 

Un roman tout en éclat et lumineux qui aborde un thème intergénérationnel : le poids des secrets. Ici la nature a une place importante et devient le témoin du changement. On peut entendre les oiseaux, sentir le frôlement du vent et les délicieuses odeurs de cette terre riche et accueillante. Elle décortique aussi les liens familiaux et leurs tensions souvent inexpliquées. Les non-dits et les silences ont cette incroyable facilité de modeler les souvenirs et les ressentiments.

 

En bref :
* Valérie Mangin explore un thème récurrent dans la littérature : le poids des secrets
* Une plume poétique qui nous invite au voyage des sensations et de la délivrance
* Un héroïne sur la route de l’acceptation et du partage
* Un décor délicieux
 
J’ai apprécié cette lecture malgré le style rigoureux. Je n’ai pas été transportée comme je l’aurais souhaité. Je n’ai pas été sensible à ces bribes de poèmes déminées ici et là. Je n’ai pas ressenti d’empathie, ne me permettant pas de vivre pleinement cette lecture.

 

Si vous connaissez ou souhaitez connaître Palerme, alors ce roman est fait pour vous. Valérie Mangin est généreuse sur les détails culturels.

 

JOUR BLEU, un roman de Aurélia Ringard.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Frisson Roche Belles-Lettre – Collection Ex Nihilo

Les 68 premières fois

Une femme a rendez-vous avec un homme en gare de Lyon. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Cela fait trois mois qu’ils se sont rencontrés. Trois mois au cours desquels ils ne se sont pas vus. Elle a décidé de venir très en avance, de prendre ce temps de l’attente, assise au café. Le hall de la gare revêt l’allure d’une salle de spectacle, d’une pièce de théâtre où chaque personnage qu’elle croise la renvoie à ses propres souvenirs, aux moments clefs de la trajectoire qui l’a menée jusqu’ici et qui a façonné le décor de sa vie.
Dans ce premier roman, Aurélia Ringard décrit avec minutie une poignée d’heures de la vie d’une femme, dans un huis clos magistral, époustouflant de maîtrise et de mélancolie.

 

Ma note : 3/5
2021
164 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Elle, dans ce café attendant l’amour en devenir, attendant l’indicible et l’impalpable. Assisse, elle observe, elle se souvient. De son enfance, de son adolescence, de ses rêves, de ses peurs, de ces trains qu’elle a pris de nombreuses fois, de ses voyages, de ses aspirations, de son frère, de sa mère, de son père. Une douce parenthèse, une pause, au cœur de la vie trépidante, folle. Elle note, elle divague, elle digresse. Elle rit, elle pleure, elle sourit.

 

Et puis il y a Lui. L’artiste au doux sourire. La flamme dans les yeux, celle qui consume les assoiffés, les affamés, les créatifs. Elle y voit la vie ardente, passionnée, douce, protectrice.

 

Triste et mélancolique, la plume d’Aurélia Ringard explore la vie avec grand fracas. « Narratrice chaotique » elle entame une rétrospective. Vacillant entre passé et présent, l’auteure emprunte le chemin délicat de l’introspection. Une narration à double temps qui use du « je » et du « elle » conférant ainsi au récit une dimension difficilement appréhensible.

 

L’alchimie n’a tout simplement pas fonctionné, à mon grand désarroi. J’ai eu beaucoup de mal à plonger dans le récit. L’alternance de la narration y est pour grand-chose. Et puis c’est tellement triste. Alors qu’à l’heure actuelle j’ai besoin de lectures chaleureuses, exubérantes. 

 

En bref :
* une plume poétique et chargée en émotions
* une histoire chaotique à l’image du style narratif
Ma première rencontre avec les livres de la sélection 2022 des 68 première fois n’a pas été aussi idyllique que je l’espérais. 

 

Un roman qui pourra vous séduire, enfin je l’espère vivement.

 

Lecture 1/22 de la saison 2022

HIER REVIENDRA, un roman de Julie Broly.

FANTASTIQUE

Éditions L’Alchimiste


Parents comblés à qui tout sourit, le ciel d’Éric et Barbara s’assombrit le jour où un drame emporte leur univers et fait basculer leur vie. Lorsqu’arrive le temps de la reconstruction, ils sont alors confrontés au comportement étrange de l’un de leurs fils. Pour tenter de le comprendre, ils vont s’efforcer de regarder le monde à travers ses yeux d’enfant et se lancent dès lors dans des recherches qui ne cesseront de les surprendre autant que les bouleverser. Par amour pour leur petit garçon, ils abandonneront peu à peu leurs repères.
 
Mais jusqu’à quel point seront-ils prêts à changer leur perception de la réalité et jusqu’où iront-ils pour libérer leur fils de ses tourments ?
Hier reviendra est un voyage au-delà des convictions, l’histoire d’une différence et la quête d’une reconstruction intime.

 

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
280 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Croyez-vous à la réincarnation ?

 

Ici Julie Broly explore ce monde mystique. Ces souvenirs venus d’ailleurs, d’hier. Un petit garçon charmant, espiègle, change brutalement de comportement suite à un traumatisme conséquent qu’a subit toute la famille. Il se dégrade rapidement, mais Eric et Barbara confèrent cela à la situation difficile qu’ils traversent tous. Jusqu’au jour fatal où sa vie est mise en danger.

 

Grâce à un psychologue qui met en lumière la différence du petit bonhomme, les parents sont désarmés et n’y croient pas trop et c’est la persévérance du grand frère qui va changer la donne.

 

Julie Broly nous offre une histoire douloureuse mais qui dégage ce sentiment de plénitude une fois ce voyage engagé. Une sorte de quête initiatique qui réconcilie le passé et le présent, la douleur et l’acceptation, la perte et le deuil. Ce dernier est en quelque sorte le fil rouge de cette histoire pittoresque. Accepter la douleur du deuil et la façonner pour en tirer le meilleur.

 

C’est un roman courageux porté par une famille totalement désemparée, esseulée et en colère. Un roman lumineux qui nous ouvre les portes (un peu) de l’impossible et qui explore ce monde avec une jolie franchisse.

 

Une très belle histoire qui à mes yeux a toutefois manqué de fluidité et les différents rebondissements m’ont paru long. Cela n’a pas eu d’incidence sur l’intérêt que j’ai pu porter à cette lecture.

 

En bref :
* Une famille décharnée par les différentes situations qu’elle a pu traverser
* Un petit garçon pris dans les cauchemars d’un autre
* Un roman sombre mais empreint d’une douce espérance
* Une douloureuse quête sur l’acceptation du deuil et de la perte
 
Une jolie lecture qui ne m’a pas entière conquise mais que je vous invite à découvrir si les sujets développés vous intéressent.

SUNSET PARADISE, un roman de Sophie-Anne Delhomme.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Exils

Avec six photographies d’Olivia Fougeirol

Comment dire Los Angeles, cette ville tentaculaire ? Sophie-Anne Delhomme, auteure de Quitter Dakar (le Rouergue, 2010) entend parcourir tous les rêves, tous les mirages de la cité légendaire. Par de courts fragments comme autant de microfictions, son récit cerne petit à petit une société faite de mille désirs parallèles.
On y suit Olivia une photographe dans son travail d’archivage du réel, on y découvre surtout les nombreux homeless de la ville de passage dans un shelter (un abri) où des bénévoles leur coupent les cheveux et les maquillent. Au fil des pages se dessinent alors une communauté de destins, résumés par ce vers du poète Langston Hughes : « What happens to a dream deferred ? » Qu’arrive-t-il à un rêve qui dure et ne s’accomplit pas ? Sunset Paradise est le roman de ces rêves inaccomplis.

 

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
128 pages
Disponible au format broché

 

 


MON AVIS

Récit incisif, où réel et irréel se croisent dans un chaos paradisiaque teinté de rires, de larmes et de cris.

 

Rencontres éphémères, portraits saisissants, images rebelles, images douces initiatrices d’un rêve ou d’une illusion s’échappant dans les voluptés d’un monde sans homme, sans femme. Homeless un titre pompeux pour nommer l’indésirable se parant d’une multitude de couleurs chatoyantes, portant sur leur épaules et dans leurs yeux la misère, souillon d’un monde sans rêve, désabusé.

 

Instants clés, instants flash se mesurant au déclic de l’appareil photo. Instant de douceur et de douleur. Instant de tous les instants. Olivia révèle le monde, le met à nu, l’interroge et le pointe du doigt. De la compassion, de l’empathie colorent ses photos. Un shelter comme décor qui s’anime un jour par semaine et devient le théâtre de la vie décousue, sauvage, volée.

 

En bref :
* Un roman poignant
* Un portrait saisissant de la ville des Anges
* Un kaléidoscope brut de vies furtives où les apparences sont à la hauteur des désirs réels et volés.
 
Un roman empreint d’une douceur douloureuse. Chapitres et paragraphes courts, trépidants de l’instant fugace de ces vies trompées, trompeuses. Un récit émouvant et intrépide, décapant la vérité sans filtre sublimée par six photographies resplendissantes de sens.

 

A découvrir sans aucun doute dès le 10 février !