REWIND, un roman ado de Pascal Ruter.

LITTÉRATURE JEUNESSE

Éditions Didier Jeunesse


Eva et son petit frère Simon viennent de perdre leur mère dans un accident de voiture. Simon, chamboulé par la situation, est heureux de pouvoir se raccrocher à leur beau-père. Pour Eva, c’est une tout autre histoire : elle nourrit des soupçons sur celui qui partageait la vie de sa mère et se sent menacée. Avec son petit ami, elle prend la route tant pour fuir que pour enquêter sur le passé de cet homme. S’ils trouvent de l’aide grâce à de belles rencontres, leur cavale les mènera vers une vérité terrifiante…

 

Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2022
288 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Partir à la recherche du passé pour comprendre le présent.

 

Eva en est persuadée, son beau-père cache quelque chose. Son attitude, ses petits éléments qui n’ont aucune cohérence, ces regards froids. Pour suivre son pressentiment, elle va devoir suivre ses méduses, celles qui ne la quittent plus depuis qu’elle a sombré dans le cauchemar et dont elle s’en remet lentement. Elles ouvrent le chemin semé de merveilleuses rencontres, de danger. Avec l’aide de son petit copain, ils vont parcourir la France. De Paris à la Bretagne jusqu’au sud de la France en passant par un endroit inédit, ils suivront les indices. 

 

Simon est désabusé face à la réaction et la précipitation de sa sœur. Dans un premier temps il n’accordera aucun crédit face à ses propos, heureux de susciter l’intérêt de son beau-père. C’est bien plus tard que la peur le poussera à réagir.

 

C’est toujours un plaisir de lire les romans de Pascal Ruter. Ses roman abordent toujours un sujet sensible et les émotions sont omniprésentes. Ses personnages ont ce quelque chose de terriblement attachant. Eva est une jeune femme dont son courage déplace les montagnes. J’adore sa manière d’aborder les éléments qui jalonnent sa route, entre naïveté, fermeté et évidence. Elle bouscule tout sur son passage. Entre larmes, cris et espoirs, Eva fonce. 

 

Pascal Ruter nous propose un roman entraînant au cœur d’une intrigue haletante, tout en y abordant des thèmes sensibles comme la dépression juvénile, la manipulation, l’héritage du passé. Une quête ardue où les rencontres les pousseront vers la vérité.

 

Un roman sensible et tout autant bouleversant.

LE TALENT D’ACHILLE, un roman ado de Pascal Ruter.

LITTÉRATURE JEUNESSE

Éditions DIDIER Jeunesse

Dès 12 ans


Achille, comme tous les garçons de sa classe, joue au foot, mais son équipe est systématiquement perdante. Il a le moral dans les chaussettes. Ce n’est pas comme ça qu’il va séduire Suzanne, la fille dont il est fou amoureux. Quand il se rend compte qu’elle aime la poésie, il décide de s’y mettre lui aussi.
Sa nouvelle passion est contagieuse et lui donne un regain d’énergie. Il lui vient des idées, toutes plus farfelues les unes que les autres ; porter une cravate pendant les matchs, cambrioler la maison de Victor Hugo, convaincre un vieux voisin grincheux de venir entraîner son équipe… Un vieux monsieur qui cache bien des secrets sous son allure impeccable.

Ma note 5/5 mention « coup de coeur »
Nouveauté 2021
288 pages
Disponible en numérique et broché


MON AVIS

Aujourd’hui je viens vous parler d’un nouveau coup de cœur inattendu !

 

Achille n’est pas parti du bon pied dans la vie. Un père qui se fait la malle du jour au lendemain, a de quoi te plomber le moral pour des années et des années. Achille c’est l’ado un peu branleur sur les bords. Le collège s’est uniquement par ce qu’il est obligé et c’est surtout pour voir sa jolie libellule, Suzanne. Elle est devenue son rêve le plus cher, un peu obsessionnel. Il faut dire qu’Achille manque de courage. Il a beau imaginé tout un tas de scénario, face à elle c’est la loose totale. Les joues qui rougissent, les mots qui s’enfuient avec les rêves. Mais il a percé à jour un de ses secrets, la poésie. N’ayant rien à perdre, il va tenter l’impossible et ouvrir un des recueils de poésie de Verlaine. Et sans y attendre, c’est la claque, le coup de cœur qui surgit du plus profond des entrailles. La poésie prend vie dans ses mains. Il se passionne, dévore sans pitié, écrit, imagine à son tour le poème. C’est grandiose, féerique, magnifique. Achille devient cet ado passionnant. Il fait des émules. Il faut dire que toute son équipe de foot s’y met aussi. Un fléau atypique où Rimbaud, Verlaine, Eluard et tant d’autres vont captiver.

 

Ce roman n’est pas que centré sur la poésie (quoique …), mais il aborde aussi la thématique de l’amitié intergénérationnelle, la solitude, l’abandon et les prémices de l’amour.

 

Pascal Ruter est un merveilleux orateur. Il narre cette histoire d’ado avec un tel enthousiasme que je n’ai pu qu’adhérer. Achille est un jeune homme introverti, blessé par la fuite de ce père dont il l’imaginera de mille et une façons. Tout au long de son histoire, on le voit prendre confiance en lui et s’envoler. J’adore sa manière de parler. Il joue sans cesse sur les mots tout en maîtrisant ou non. Des situations cocasses, tendres, émouvantes et éprouvantes fleurissent ici et là.

 

C’est un roman rythmé, pétillant et entraînant dont j’ai pris plaisir à lire. Pascal Ruter parle de la vie, de l’amour et de ses aléas avec prestance et élégance contrastant avec nos jeunes héros. Les secrets deviennent une certaine réalité, vérité qui se mérite.

 

Un excellent moment de lecture dont je garderai un agréable souvenir. Je dois reconnaître qu’il m’a, peut être, réconciliée, avec la poésie que j’ai détestée pendant longtemps. Je vais suivre l’exemple d’Achille et me laisser porter par la poésie même si je ne comprends pas, l’essentiel est ce que mon cœur ressentira et dira.

 

LE TALENT D’ACHILLE est sans contexte un roman à ouvrir et à dévorer, jeunes et moins jeunes !

 

Une chronique de #Esméralda

A TIRE D’ELLE – 1973 de Pascal Ruter.


Septembre 1973. Solweig fait sa rentrée en seconde. La vie reprend son cours, même si cette année s’annonce différente des précédentes : son petit ami Valentin n’est pas dans son lycée mais apprenti mécanicien, ses parents ont divorcé, et sa meilleure amie Julie est obsédée par le sexe. Solweig, elle, ne se sent pas encore prête. Entre les répétitions du groupe de rock de Valentin, les boums, les visites chez un discret professeur d’histoire, une virée en Angleterre, Solweig s’éveille avec lucidité aux réalités du monde et cherche sa voie. Chronique touchante d’une époque – celle des vinyles, des VHS et des cabines téléphoniques – mais l’adolescence est éternelle…

On dit qu’à seize ou dix-sept ans, c’est le moment où les choses commencent mais en fait c’est totalement faux. C’est simplement la période où plein de choses se terminent.
 
Pascal Ruter avec cette honnêteté intransigeante, parle d’un temps révolu qui résonne comme une chanson éternelle celle qui fut écoutée ou qui le sera bientôt.
Il n’y pas d’année qui tienne. Ce ressenti existentiel, cette période charnière où les rêves s’évaporent et les réalités se concrétisent, est la même pour tout en chacun avec des réflexions propres en son temps. Seul le contexte, les lieux, la société évoluent en mieux ou pas.

 

Solweig fait partie de cette génération où les mots cachent la triste réalité et où les secrets, la vie ne doivent pas être révéler. Solweig fait partie de cette génération où la famille n’a presque plus de sens et n’a pas encore eu le temps d’évoluer. Le vélo, la mob, les centres commerciaux qui sortent de terre où la surconsommation s’installe dans le foyers, et où le paraître semble tellement plus cool. Solweig ne trouve aucune beauté dans la ville où elle vit. Elle marche tête baissée pour fuir tout ce qui l’entoure. Sa meilleure amie qui dérape, son oncle qui ne reviendra plus, sa mère et son silence, sa future belle-mère qui n’est pas ce qu’elle dit être et un père qui tente à tout prix de retrouver sa jeunesse perdue. Solweig déteste cet individualisme, cette solitude forcée.

 

J’ai pensé à maman qui n’allait sûrement pas tarder à rentrer, à papa qui préparait son mariage, à tous ces gens qui s’étaient aimés très fort et qui brusquement n’avaient plus rien eu à se dire, à tous ces gens qui allaient vieillir sans se faire un petit signe, et mourir comme ça loin les uns des autres. Comme des cons.
 
Solweig s’interroge, doute, rêve de rien, juste du moment présent. Cet étrange professeur d’histoire et à son amoureux. Valentin, artiste torturé, garçon en peine qui souffre de ne pas savoir, de voir son seul parent se détruire et le laisser seul affronter la vie.

 

Rentrée précipitée dans un monde qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’arrivent pas à apprivoiser. Courir pour ne plus être un enfant et marcher à reculons pour ne pas devenir un adulte.

 

Il faisait beau, le printemps était un peu en avance, notre jeunesse commençait à peine et parfois j’avais l’impression que le temps n’existait pas.
 
Pascal Ruter dépeint avec précision ces tourments universels, cette métamorphose, cette mue, révélant le beau comme le sombre avec une étrange subtilité. Il y a ce quelque chose de tragique, de fort et de percutant, voleur d’instantanés où chacun peut en puiser ses souvenirs. On se rend très vite compte que l’espace temps n’est qu’une illusion. L’auteur nous offre une fresque inspirante sur le doux balancement d’une balade qui tend à la cavalcade, se terminant sur une mélodie sereine.

 

Je les ai vus disparaître dans l’étroit escalier en colimaçon et je me suis dit qu’il ne faut jamais laisser passer une occasion de retrouver le passé avant de vieillir tout à fait.
 
Une chronique de #Esméralda