L’EFFET TITANIC, un roman de Lili Nyssen.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Les Avrils


Le Havre. Vingt-cinq ans, célibataire, la narratrice écrit une histoire, celle de Flora et de Zak. Flora est une adolescente d’aujourd’hui, classe moyenne, envie d’aimer qui cogne fort. Zak, garçon inquiet et mystérieux, vient des quartiers Est. Mais au cœur du paysage ouaté, l’attraction est immédiate. Se déploient alors l’attente, le désir tâtonnant, le vertige de l’autre. Et tandis que leur rencontre flamboie et s’altère comme toutes les premières fois, la narratrice affronte ses propres pertes ; celle d’un garçon et de l’enfance qui doucement s’en va.

Ma note : 4/5 
Nouveauté 2022
224 pages
Disponible au format numérique et broché

MON AVIS

Ca tangue, ça vibre, c’est houleux, c’est magnifique, c’est douloureux, ça transforme, ça explose, c’est langoureux. L’amour. 

 

Le premier amour, celui qui fait voltiger toutes tes questions, toutes tes craintes et tous tes espoirs. C’est vertigineux au point que le monde t’appartient. Les premiers baisers, les premières caresses, les premiers émois. Les premiers mots où s’amoncellent les maux de chacun. Les mystères, les rêves d’ailleurs et d’ici, les yeux dans les yeux, le désir s’épanouissant, la narratrice explore, décortique, une relation naissante, instant T d’une histoire insolite. Elle vogue sur les états d’âmes de ses personnages, Flo et Zak. Mais également sur leur entourage et sur elle-même.

 

Poétique et fougueuse, la plume de Lili Nyssen exprime les émotions à l’état brut. C’est beau, hypnotique. Mais la pesanteur et les aléas de la vie s’infiltrent, détruisent, noient ceux qui se sont aimés trop fort. 

 

Entre délicatesse et exaltation Lili Nyssen nous invite à redonner un sens à l’amour et à ses valeurs. Il ne se consomme pas il se vit dans tous ses états. Il nous fait grandir et accepter qu’il peut s’enfuir est un risque.

 

Un roman qui me parle cruellement. J’ai pris le temps de l’apprécier avec une certaine nonchalance, à l’écouter, à vivre chaque mot.

 

Un roman puissant !

 

Ce qu’ils disent, ce n’est pas l’important. L’important c’est
je n’ai jamais été comme ça avec quelqu’un.

DEBOUT DANS L’EAU, un roman de Zoé Derleyn.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions du Rouergue – Collection la brune


La narratrice, une enfant de onze ans, vit chez ses grands-parents, dans le Brabant flamand. Sa mère l’a abandonnée des années auparavant. C’est l’été dans cette vaste maison bordée d’un étang et d’un magnifique jardin. Le grand-père est en train de mourir dans une des chambres à l’étage, visité chaque jour par une infirmière.
Cet homme autoritaire, distant, intimidant, est l’ombre manquante dans le jardin, espace de prédilection où sa petite-fille l’assistait dans ses occupations. Alors que la mort approche, autour de la fillette prennent place les différents protagonistes de ce lieu où la nature est souveraine : ses grands-parents bien sûr, les trois chiens, un jeune homme qui s’occupe des gros travaux, une baleine qui un jour a surgi dans l’étang. Elle rêve aussi d’un ailleurs qui pourrait être l’Alaska, la mer des Sargasses ou les Adirondacks.
Dans ce premier roman qui impressionne par sa sobriété et sa maîtrise, Zoé Derleyn interroge avec subtilité la manière dont se construit une filiation.

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2021
144 pages
Disponible au format numérique et broché

MON AVIS

Voici une lecture qui m’aura donné quelques sueurs froides. Un style à la fois imagé, parfois enfantin, mais surtout sombre. Alors que les paysages auraient pu paraître lumineux j’ai eu cette sensation d’étouffement.

 

Cette petite fille qui n’a plus peur de rien ni même de la mort imminente de son grand-père assez rustre, plonge dans son passé, s’accroche à tous ses souvenirs, ses petits moments délicats qui offrent ce sentiment de quiétude de faire partie de quelques chose.

 

Passé, présent et futur s’entrechoquent au rythme de cet étang berceau de vie, de peur et d’espoir. La réalité côtoie un certain imaginaire et innocence propre aux enfants.

 

J’ai beaucoup eu du mal à interpréter ce récit et à lui donner un sens approprié. Je n’ai pas su me saisir d’un contexte, de cette nature rigoureuse et des personnages qui ont pourtant tant à dire au cœur de leurs silences. La plume de l’auteure est à la fois délicate et rigoureuse jouant sur ces deux tempos qui m’ont souvent mis mal à l’aise.

 

Ce roman n’était certainement pas fait pour moi malgré l’intensité du texte.

FURIES, un roman de Julie Ruocco.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Actes Sud

Sélection #68premièresfois

Les destins d’une jeune archéologue, dévoyée en trafiquante d’antiquités, et d’un pompier syrien, devenu fossoyeur, se heurtent à l’ expérience de la guerre. Entre ce qu’elle déterre et ce qu’il ensevelit, il y a l’histoire d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution.
Variation contemporaine des « Oresties », un premier roman au verbe poétique et puissant, qui aborde avec intelligence les désenchantements de l’histoire et « le courage des renaissances ». Un hommage salutaire aux femmes qui ont fait les révolutions arabes.
Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
288 pages
Disponible au format broché et numérique

MON AVIS

 

Le cœur arraché au corps, les cris qui résonnent dans le silence abyssal des bombes, des destins qui se croisent, des noms fantomatiques qui s’enflamment. La fureur de vivre de résister, les balles qui n’ont rien à foutre des vies, la rage bouillonnante, les regards perdus, les pas hantant la poussière mortifère. Des ralliements soufflant l’espoir, les fugues salvatrices, le déchirement de la terre, l’abandon de l’identité. Les yeux emplis d’un passé lumineux, tournés vers le futur aveugle.

 

Écriture tranchante, poésie envoûtante, mots éprouvants, images éternelles de la folie humaine, de la déshumanisation.

 

Plume lumineuse, ensorcelante, fendant l’obscurité, l’obscurantisme.

 

Un premier roman magistral d’une puissance titanesque, Julie Ruocco nous plonge au cœur de deux vies qui se percutent dans la noirceur la plus totale. Deux âmes qui s’apprivoisent, pansent les blessures sanguinolentes. Deux âmes éternellement liés à l’histoire tragique d’une pays décousu, violé. Deux âmes puisant leur force au cœur de l’horreur. Roman intransigeant, portant la parole des oubliées, des nantis, hurlant leurs maux, mots, au milieu du chaos, de la désolation.

 

Ce roman a su m’emprisonner, me porter, me faire souffrir. L’histoire de la Syrie n’a rien de passionnant pour celui qui n’y s’intéresse pas. Berceau culturel, berceau d’un passé riche évanouit à coup de mortiers, La Syrie n’est plus que rien.

 

Un roman coup de cœur, coup de poing. Je vous conseille également de lire 19 FEMMES de Samar Yazbek.

TOUTES LES HISTOIRES COMMENCENT AVEC UNE PETITE FAIM, un roman de Magali Discours.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus


LE GOÛT DES SOUVENIRS EST LE PLUS BEAU DES HÉRITAGES
Après des années passées loin de sa famille, Alice s’interroge : où sa vie la mène-t-elle ? Elle s’installe pour quelques jours chez Margaux, sa sœur, de douze ans son aînée, qui tient un petit restaurant dans la campagne bourguignonne.

Margaux est douée pour le bonheur. Elle sait s’entourer de bons compagnons de route. Son appétit de vivre l’aide à surmonter ses propres difficultés.
Grâce à elle, Alice découvre que les saveurs permettent d’accéder à l’invisible. De la bouche à l’imaginaire, par la magie des recettes cuisinées par Margaux, les ancêtres oubliés resurgissent. Ce séjour aidera-t-il Alice à donner un sens à sa vie et à s’imaginer un avenir ?

 

 

Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2022
228 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Dans la vie, il existe ces moments de la vie qui sont des rendez-vous annonciateurs de changements. A la croisé des chemins le regard se tourne vers le passé pour mieux comprendre le présent et penser à l’avenir.

 

Magali Discours nous plonge dans le passé, des siècles plus tôt. Des rendez-vous incroyables dans ces lieux insolites marquant à jamais la mémoire génétique. Un détour à la source d’une histoire familiale riche et délicate. Puiser dans cet héritage pour affirmer une identité troublée par les aléas de la vie. Trouver le soutien et la force inébranlable d’aïeux qui ont connu également la peine, la douleur, les désillusions mais l’amour puissant et indestructible. Marcher de l’avant dans le seul but d’atteindre ce moment merveilleux et fatidique, départ de tous les possibles.

 

Magali Discours nous invite au cœur d’une histoire de famille, au cœur de la vie de deux sœurs liées par le destin et un amour puissant. Margaux exubérante et qui croque la vie sans entrave et délivrant cette joie contagieuse. Alice introvertie qui s’est enlisée dans des non-dits et qui se cherche inlassablement.

 

Des retrouvailles autours des senteurs, des bons plats, où bras ouvert, Margaux va transmettre la recette du bonheur.

 

Porté par une plume délicate, envoûtante avec un zeste d’humour et une tonne d’amour, Magali Discours nous ouvre les portes de la douceur, du partage, de la connivence. Paisible, ce lieu est propice à la réflexion et au retour à la source de soi même.

 

Un roman à découvrir absolument et à mettre dans votre valise pour vos prochaines vacances !

MOÏSE DE CASA, un roman de Driss C. Jaydane.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Les Avrils


Casablanca, 1975. À la télévision, le Roi demande à tous les hommes en bonne santé de partir libérer le Sahara. Un petit garçon l’écoute. Il vit seul avec sa mère et sa sœur et se sent différent des autres. Pour conjurer ses démons secrets, lui rêve d’une autre marche. Tel Moïse guidant son peuple, il convainc quatre copains de le suivre dans son odyssée. Des quartiers de terre rouge aux immeubles bourgeois dominant le port, soufflée par une devineresse et un sage inquiétants, la vérité approche.

Ma note 4/5
Nouveauté 2022
160 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

Roman court au ton incisif et enfantin, MOÏSE DE CASA est une agréable découverte qui nous porte au cœur de Casablanca où La marche rouge excite les esprits et les patriotiques.

 

Petit héros deviendra grand. Ses pas le portent de rues en rues, d’immeubles en immeubles, de la richesse à la pauvreté et de rencontres en rencontres. Ses pas fatigués, nerveux mais curieux lui qui tend à savoir et à découvrir. Compagnons de routes et d’infortune, vieil homme, dame inquiétante, sèment sur son chemin des indices, des déboires et de la peur. Courageux et tenace cette quête identitaire est une douce folie mais vitale.

 

Une plongée mirifique au cœur d’une ville cosmopolite où tolérance et respect illuminent la ville blanche. Un héros qui cherche sans détour la vérité qui fera de lui un homme. Entre pièges et désillusions, ce combat titanesque porte en lui le sacré de la pureté et de l’enfance entouré de secrets et de noirceurs.

 

Une plume élégante dont le rythme et le ton s’accordent dépeint avec curiosité la ville aux mille facettes. Amitié, famille sont un élément fédérateur portant vers l’ultime soulagement.

 

Un récit intense où la balade d’une vie devient le symbole de la liberté.

 

A découvrir sans aucune hésitation. Driss C. Jaydane va vous enchanter !

DÉCOMPOSÉE, un roman de Clémentine Beauvais.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’iconoclaste – Collection L’Iconopop

Sélection #68premièresfois

Un court roman en vers libres, d’une grande modernité, qui transforme notre regard et nos a priori sur la déchéance féminine.
Au bord d’un chemin, une femme gît, en décomposition.
Passant par là au bras de son aimée, un poète se délecte de cette vue infâme.
 
Clémentine Beauvais revisite avec audace le célèbre poème « Une charogne » de Charles Baudelaire. Elle imagine le destin de cette femme que l’histoire a bafouée, la faisant prostituée, chirurgienne, avorteuse, puis tueuse en série.
Un court roman à la forme inventive, impertinent et engagé.

 

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
128 pages
Disponible au format broché.

 


MON AVIS

Je n’ai jamais eu l’occasion de découvrir les romans jeunesses de Clémentine Beauvais, mais j’avais beaucoup apprécié sa traduction du recueil de poèmes « Chasseurs de lumière » de Tyler Knott Gregson aux éditions Presses de la Cité.

 

DÉCOMPOSÉE est singulier, atypique. Une beauté extravagante et éblouissante. L’exercice au départ n’est pas évident, mais le rythme s’installe doucement pour te prouver que la poésie n’a rien de ringard.

 

Ni poème ni roman, ce récit fusionne l’ancien et le futur avec habilité. Tableau alambiqué de vérités dérangeantes aux prises avec des thématiques fortes. Elle décompose la vie d’une héroïne banale épuisée par la vie. Des montagnes à la vie close parisienne, de l’émancipation à faiseuse d’anges, d’amoureuse à tueuse. Chaque note compose cette vie à la fois sauvage et revendicative, décharnée et réelle.

 

Son corps, dans le fossé, exultant un dernier souffle, déversant ses derniers espoirs, ses derniers rêves, se délitant, chairs arrachées putréfiées, berceau de la vie et de la mort.

 

Roman intransigeant, dérangeant, peignant l’horreur et la beauté du geste et des maux. Osé et généreux, il emporte, recompose la poésie sur cette musique attractive, battu par les mots qui choquent et s’entrechoquent. Un roman inspirant, réconciliateur, captivant aux multiples couleurs où seul le noir serait banni. 

 

Un très joli coup de cœur pour une histoire aussi passionnante qu’audacieuse.

 

 

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
(dernière strophe « La charogne » de Charles Baudelaire)

AULUS, un roman de Zoé Cosson.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection L’arbalète

Sélection #68premièresfois

Aulus est une station thermale des Pyrénées construite à la Belle Époque, qui ne compte plus, aujourd’hui, qu’une centaine d’habitants. Depuis son enfance, la narratrice y vient chaque année. Elle réside dans l’hôtel désaffecté que son père a acheté un jour aux enchères, point de départ de ses randonnées.
Dans le village et sur les chemins, la narratrice écoute, regarde et recueille habitudes et histoires des Aulusiens : la météo, l’ours, la centrale plantée sur une rivière, les élections… Elle en fait un récit, celui d’un écosystème fragile, où hommes et nature cohabitent comme ils peuvent. Où une ancienne mine pollue dangereusement la montagne. Où tout menace de se défaire, malgré la force millénaire de la roche omniprésente. Un récit actuel, métaphore de notre époque, en perpétuelle rupture d’équilibre.

 

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
112 pages
Disponible au format numérique et broché

 

 


MON AVIS

J’aurais souhaité que ce roman soit davantage qu’une très belle découverte. J’aurais aimé me sentir embarquée dans une aventure atypique, extraordinaire au cœur de la montagne, de la nature, d’une richesse acculée loin des yeux, loin des cœurs. J’aurais aimé être émerveillée, éblouie. J’aurais tant aimé.

 

Je me suis perdue au cours de cette balade bucolique.

 

Espace temporel variable au grès de la déambulation de la narratrice, les souvenirs côtoient le présent, la dernière fois, la dernière balade, l’ultime au revoir. Des hommes, des femmes, des chats, des chevaux, des bâtiments qui s’étiolent dans l’absence, l’accumulation et l’ignorance. C’est le récit d’une multitude de vie gravée dans la roche inaltérable, éternelle. Un imbroglio de vagues espoirs, de lointains souvenirs et d’un présent inaliénable. 

 

Un écriture saisissant l’instant T, poétique, posant un regard bienveillant, enjoué, rude et terriblement honnête. Un récit court qui s’anime à chaque respiration et qui se meurt dans un ultime regard.

 

Moi qui aime tant mes Pyrénées, je me suis sentie étrangement mélancolique. 

 

LE PARFUM DES CENDRES, un roman de Marie Mangez.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Finitude

Sélections #68premieresfois

Les parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner n’importe quelle personnalité grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe tous les jours dans son métier ­d’embaumeur.

Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde qui s’intéresse à son étrange profession. Pour elle, Sylvain lui-même est une véritable énigme: bourru, taiseux, il semble plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Elle sent qu’il cache quelque chose et cette curieuse impénitente veut percer le mystère.
Doucement, elle va l’apprivoiser, partager avec lui sa passion pour la musique, et comprendre ce qu’il cache depuis quinze ans.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
240 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman qui fleure bon. Sylvain Bragonard a le nez délicat, finement délicat. Son rêve devenir parfumeur mais une terrible tragédie à contrebalancer ses espoirs il y a de cela quinze ans. Sylvain Bragonard n’a jamais été un jeune homme expansif et son métier d’embaumeur colle parfaitement à sa personnalité effacé, taciturne. Elle est arrivée et du jour au lendemain son quotidien s’est transformé. La belle Alice et son air taquin et ses yeux qui dévorent tout. Sa liberté titille cette morosité, cette âme en peine. Une collision sensorielle et quelque peu envahissante.

 

Alice et Sylvain sont deux antonymes. L’une libre et l’autre enfermé dans ses souvenirs destructeurs. Lui tend à redonner un semblant de vie à coup de reniflement et l’autre la dévore voracement et l’observe. Entre parfums et souvenirs, les pensées se délitent et les mots surgissent maladroits, fébriles. Marie Mangez narre la vie à coup de pschitt. Une ode terriblement émouvante et douloureuse. Elle aspire les souvenirs et les désirs les confrontant à cette réalité morbide. Une quête de rédemption comme ultime héritage à un passé qui s’accroche jalousement. J’ai apprécié la délicatesse de la plume gourmande de l’auteure. Généreux, farouches, timides, les mots s’envolent et viennent percuter le lecteur. J’ai regretté de ne pas pouvoir associer aucune senteur à un souvenir, ou une idée, à quelque chose de concret. 

 

 

En bref :
– Un roman poétique qui rend hommage à la vie et à la mort
– Un bouquet floral aux douces couleurs
– Des personnages antonymes et terriblement attachants
– Une écriture sensible
 
Une très belle découverte dépaysant et qui m’a sorti de mes sentiers battus Je suis ravie 🙂
L’avez-vous lu ?

SUR MES ÉPAULES, TU BÂTIRAS TON MONDE, un roman de Julien Aime.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus


L’art délicat d’être père
Professeur de français passionné, Louis est le plus heureux des hommes depuis que sa femme Anna lui a annoncé qu’elle attendait leur premier enfant.
Tout à leur joie, ils partagent la bonne nouvelle avec leurs proches, se plongent dans les listes de prénoms, l’aménagement de la chambre du bébé…
Mais leur bonheur est de courte durée : quelques semaines plus tard, on diagnostique à Louis une leucémie foudroyante.
Engagé dans une course contre la maladie, Louis fait la promesse à Anna d’être un père présent quoi qu’il arrive. Mais comment accompagner son enfant sur le chemin de la vie s’il est physiquement absent ?
Entre rires et larmes, Julien Aime signe un émouvant roman sur l’amour paternel, la transmission et les choix de vie.

Ma note : 5/5
Nouveauté 2022
300 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

Le résume annonce la couleur dès le départ. C’est mal à l’aise que j’ai ouvert ce roman mais surtout je me suis accrochée au titre qui est si enthousiaste si beau si encouragent si magnifique. 

 

Louis adorait sa vie et son métier, professeur de français. Il adorait transmettre son savoir, sa passion pour les beaux mots, l’imagination et les envolées littéraires. Ses élèves, il les aimait sans distinction et avec beaucoup de force. Une alchimie particulière les liait. 

 

Louis était un mari aimant. Sa femme était son tout et le petit être qui grandissait dans le ventre de cette dernière était une finalité de toute beauté.

 

Louis était un ami fidèle, dévoué. Ils pouvaient compter l’un sur l’autre. Les souvenirs ils en avaient à la pelle. Ils ont grandi ensemble, fait les quatre cent coups, monté un groupe de rock. Ils sont devenus des adultes bancals ensemble.

 

Louis était un frère et un fils aimé et chéri.

 

Cette vie s’est arrêtée, s’est essoufflée, lorsque le diagnostique est tombé, fatal. La mort aux trousses. Une vérité sans ambages, cruelle. La vie ne tient qu’à un fil, la chimiothérapie. C’est le courage visé aux tripes que Louis prend part à la bataille. Une bataille qui se doit pour le bébé, pour Anna, pour ses amis, pour sa famille. Une bataille dans l’ombre pour vivre dans la lumière. 

 

Julien Aime aborde le sujet de la maladie avec une honnêteté terrifiante mais ne tombe pas dans le pathologique. Il se dégage de ce roman ce sentiment indescriptible d’assister à une histoire hors norme. Une histoire profondément bouleversante et terriblement humaine. La maladie ne peut être un héritage valable, seule la vie et les souvenirs sont souverains. Louis s’engage dans une bataille où chaque parcelle de temps devient le sujet d’une vidéo où il délivre ses sentiments, son ressenti et ses conseils, laissant ainsi un trace immortelle de sa vie délitée. Ainsi il entre au cœur d’une rétrospection intense où il tente de définir sa place de père à venir, sa place d’homme et sa place de mari. Une belle leçon d’humilité et d’humanité où l’égoïsme est banni et où, seul, compte sa présence aussi éphémère qu’elle puisse être. Julien Aime délivre un message puissant d’amour, de tolérance et d’acceptation. Un modèle à suivre ? Non mais la preuve qu’en chacun de nous, il existe une unicité où l’espoir réside dans ces infimes particules de résilience et d’espoir. Julien Aime signe un roman d’une puissance rare.

 

En bref :
– Une lecture coup de cœur
– Un roman traitant de thèmes douloureux
– Un roman sur la résilience et l’héritage
– Un roman d’où immerge l’espoir
– Une jolie histoire de courage et d’abnégation

 

Même si le résumé ne laissait rien présager de bon, Julien Aime insuffle à son roman une aura d’une pureté éclatante. Je me suis accrochée à chaque page. J’ai vécu chaque drame, chaque espoir, chaque larme, chaque cri avec une intensité à couper le souffle. Un roman qui se répercute dans chaque atome, chaque cellule que nous sommes. Un roman qui prend aux tripes, un roman intransigeant, mais une roman d’une beauté unique.

 

Osez-le !

FELIS SILVESTRIS, un roman de Anouk Lejczyk.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Du Panseur

#68premieresfois

Sans crier gare, Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destruction.
Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c’est sa soeur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ?
 
Entre les quatre murs d’un appartement glacial, chambre d’écho de conversations familiales et de souvenirs, une jeune femme tire des fils pour se rapprocher de Felis – sa soeur, sa chimère. Progressivement, son absence devient présence ; la forêt s’étend, elle envahit ses pensées et intègre le maillage confus de sa propre existence. Sans doute y a-t-il là une place pour le chat sauvage qui est en elle.

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
192 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman bien étrange. Étrange dans le sens où je ne pense pas avoir saisi l’idée générale du livre et/ou, au moins, il ne m’a pas atteint.

 

Felis Silvestris, de son nom plus commun, chat sauvage, est le nom que cette fille s’est donné en arrivant dans cette forêt, lieu de rébellion contre un monde capitaliste destructeur. Des anonymes parmi des anonymes, ensemble contre l’évidence. Communauté bienveillante, chaleureuse bon enfant où les départs et les arrivées rythment un quotidien difficile.

 

Elle est arrivée par le plus grand des hasards. Une route qu’elle a suivi parmi tant d’autres qu’elle emprunte depuis un certain temps laissant derrière elle, sa mère, son père et sa sœur.

 

Est ce que la forêt sera le catalyseur de ses craintes et de ses peurs ? Se trouvera t’elle finalement ?

 

La narration vogue entre son point de vue et celui de sa sœur, entre passé et présent, entre angoisses et réalités. Le rendu est quelque peu extravagant et curieux. L’une devient l’autre et vice versa. Une frontière floue qui m’a beaucoup interrogée sur l’existence véritable de deux sœurs. J’ai eu l’impression de naviguer en plein dans un rêve. Je ne sais pas si c’est l’effet recherché ou si c’est moi qui suis bizarre. Quelques jours après avoir refermé ce roman, je pensais avoir, peut être un déclic, et me dire d’accord j’ai enfin compris. Et bien non ! Je n’ai pas su saisir le sens de ce roman, le lien avec la nature, le lien avec la réalité de notre société. Je n’ai pas su être sensible à la subjectivité qui découle et surtout m’en saisir. C’est embêtant. Je m’attendais à un natur writing, mais je me suis retrouvée face à un portrait alambiqué d’une jeune femme qui se cherche inlassablement. Est ce que l’auteure cherche a déstructuré la nature humaine façonnée par l’industrialisation pour la remodeler plus proche de la nature ?

 

Certes je nage en eau trouble mais je dois avouer que la plume de l’auteure est d’un naturel envoûteur. Une plume poétique qui sait saisir l’instant T, celui de la douleur, de la peur et du bonheur.

 

En bref :
– Une narration semant le doute et le trouble
– Une histoire à laquelle je n’ai pas su donner un sens
– Une plume poétique et sensible.
 
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
LECTURE 3/22