LE PARFUM DES CENDRES, un roman de Marie Mangez.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Finitude

Sélections #68premieresfois

Les parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner n’importe quelle personnalité grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe tous les jours dans son métier ­d’embaumeur.

Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde qui s’intéresse à son étrange profession. Pour elle, Sylvain lui-même est une véritable énigme: bourru, taiseux, il semble plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Elle sent qu’il cache quelque chose et cette curieuse impénitente veut percer le mystère.
Doucement, elle va l’apprivoiser, partager avec lui sa passion pour la musique, et comprendre ce qu’il cache depuis quinze ans.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
240 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman qui fleure bon. Sylvain Bragonard a le nez délicat, finement délicat. Son rêve devenir parfumeur mais une terrible tragédie à contrebalancer ses espoirs il y a de cela quinze ans. Sylvain Bragonard n’a jamais été un jeune homme expansif et son métier d’embaumeur colle parfaitement à sa personnalité effacé, taciturne. Elle est arrivée et du jour au lendemain son quotidien s’est transformé. La belle Alice et son air taquin et ses yeux qui dévorent tout. Sa liberté titille cette morosité, cette âme en peine. Une collision sensorielle et quelque peu envahissante.

 

Alice et Sylvain sont deux antonymes. L’une libre et l’autre enfermé dans ses souvenirs destructeurs. Lui tend à redonner un semblant de vie à coup de reniflement et l’autre la dévore voracement et l’observe. Entre parfums et souvenirs, les pensées se délitent et les mots surgissent maladroits, fébriles. Marie Mangez narre la vie à coup de pschitt. Une ode terriblement émouvante et douloureuse. Elle aspire les souvenirs et les désirs les confrontant à cette réalité morbide. Une quête de rédemption comme ultime héritage à un passé qui s’accroche jalousement. J’ai apprécié la délicatesse de la plume gourmande de l’auteure. Généreux, farouches, timides, les mots s’envolent et viennent percuter le lecteur. J’ai regretté de ne pas pouvoir associer aucune senteur à un souvenir, ou une idée, à quelque chose de concret. 

 

 

En bref :
– Un roman poétique qui rend hommage à la vie et à la mort
– Un bouquet floral aux douces couleurs
– Des personnages antonymes et terriblement attachants
– Une écriture sensible
 
Une très belle découverte dépaysant et qui m’a sorti de mes sentiers battus Je suis ravie 🙂
L’avez-vous lu ?

SUR MES ÉPAULES, TU BÂTIRAS TON MONDE, un roman de Julien Aime.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus


L’art délicat d’être père
Professeur de français passionné, Louis est le plus heureux des hommes depuis que sa femme Anna lui a annoncé qu’elle attendait leur premier enfant.
Tout à leur joie, ils partagent la bonne nouvelle avec leurs proches, se plongent dans les listes de prénoms, l’aménagement de la chambre du bébé…
Mais leur bonheur est de courte durée : quelques semaines plus tard, on diagnostique à Louis une leucémie foudroyante.
Engagé dans une course contre la maladie, Louis fait la promesse à Anna d’être un père présent quoi qu’il arrive. Mais comment accompagner son enfant sur le chemin de la vie s’il est physiquement absent ?
Entre rires et larmes, Julien Aime signe un émouvant roman sur l’amour paternel, la transmission et les choix de vie.

Ma note : 5/5
Nouveauté 2022
300 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

Le résume annonce la couleur dès le départ. C’est mal à l’aise que j’ai ouvert ce roman mais surtout je me suis accrochée au titre qui est si enthousiaste si beau si encouragent si magnifique. 

 

Louis adorait sa vie et son métier, professeur de français. Il adorait transmettre son savoir, sa passion pour les beaux mots, l’imagination et les envolées littéraires. Ses élèves, il les aimait sans distinction et avec beaucoup de force. Une alchimie particulière les liait. 

 

Louis était un mari aimant. Sa femme était son tout et le petit être qui grandissait dans le ventre de cette dernière était une finalité de toute beauté.

 

Louis était un ami fidèle, dévoué. Ils pouvaient compter l’un sur l’autre. Les souvenirs ils en avaient à la pelle. Ils ont grandi ensemble, fait les quatre cent coups, monté un groupe de rock. Ils sont devenus des adultes bancals ensemble.

 

Louis était un frère et un fils aimé et chéri.

 

Cette vie s’est arrêtée, s’est essoufflée, lorsque le diagnostique est tombé, fatal. La mort aux trousses. Une vérité sans ambages, cruelle. La vie ne tient qu’à un fil, la chimiothérapie. C’est le courage visé aux tripes que Louis prend part à la bataille. Une bataille qui se doit pour le bébé, pour Anna, pour ses amis, pour sa famille. Une bataille dans l’ombre pour vivre dans la lumière. 

 

Julien Aime aborde le sujet de la maladie avec une honnêteté terrifiante mais ne tombe pas dans le pathologique. Il se dégage de ce roman ce sentiment indescriptible d’assister à une histoire hors norme. Une histoire profondément bouleversante et terriblement humaine. La maladie ne peut être un héritage valable, seule la vie et les souvenirs sont souverains. Louis s’engage dans une bataille où chaque parcelle de temps devient le sujet d’une vidéo où il délivre ses sentiments, son ressenti et ses conseils, laissant ainsi un trace immortelle de sa vie délitée. Ainsi il entre au cœur d’une rétrospection intense où il tente de définir sa place de père à venir, sa place d’homme et sa place de mari. Une belle leçon d’humilité et d’humanité où l’égoïsme est banni et où, seul, compte sa présence aussi éphémère qu’elle puisse être. Julien Aime délivre un message puissant d’amour, de tolérance et d’acceptation. Un modèle à suivre ? Non mais la preuve qu’en chacun de nous, il existe une unicité où l’espoir réside dans ces infimes particules de résilience et d’espoir. Julien Aime signe un roman d’une puissance rare.

 

En bref :
– Une lecture coup de cœur
– Un roman traitant de thèmes douloureux
– Un roman sur la résilience et l’héritage
– Un roman d’où immerge l’espoir
– Une jolie histoire de courage et d’abnégation

 

Même si le résumé ne laissait rien présager de bon, Julien Aime insuffle à son roman une aura d’une pureté éclatante. Je me suis accrochée à chaque page. J’ai vécu chaque drame, chaque espoir, chaque larme, chaque cri avec une intensité à couper le souffle. Un roman qui se répercute dans chaque atome, chaque cellule que nous sommes. Un roman qui prend aux tripes, un roman intransigeant, mais une roman d’une beauté unique.

 

Osez-le !

FELIS SILVESTRIS, un roman de Anouk Lejczyk.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Du Panseur

#68premieresfois

Sans crier gare, Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destruction.
Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c’est sa soeur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ?
 
Entre les quatre murs d’un appartement glacial, chambre d’écho de conversations familiales et de souvenirs, une jeune femme tire des fils pour se rapprocher de Felis – sa soeur, sa chimère. Progressivement, son absence devient présence ; la forêt s’étend, elle envahit ses pensées et intègre le maillage confus de sa propre existence. Sans doute y a-t-il là une place pour le chat sauvage qui est en elle.

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
192 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman bien étrange. Étrange dans le sens où je ne pense pas avoir saisi l’idée générale du livre et/ou, au moins, il ne m’a pas atteint.

 

Felis Silvestris, de son nom plus commun, chat sauvage, est le nom que cette fille s’est donné en arrivant dans cette forêt, lieu de rébellion contre un monde capitaliste destructeur. Des anonymes parmi des anonymes, ensemble contre l’évidence. Communauté bienveillante, chaleureuse bon enfant où les départs et les arrivées rythment un quotidien difficile.

 

Elle est arrivée par le plus grand des hasards. Une route qu’elle a suivi parmi tant d’autres qu’elle emprunte depuis un certain temps laissant derrière elle, sa mère, son père et sa sœur.

 

Est ce que la forêt sera le catalyseur de ses craintes et de ses peurs ? Se trouvera t’elle finalement ?

 

La narration vogue entre son point de vue et celui de sa sœur, entre passé et présent, entre angoisses et réalités. Le rendu est quelque peu extravagant et curieux. L’une devient l’autre et vice versa. Une frontière floue qui m’a beaucoup interrogée sur l’existence véritable de deux sœurs. J’ai eu l’impression de naviguer en plein dans un rêve. Je ne sais pas si c’est l’effet recherché ou si c’est moi qui suis bizarre. Quelques jours après avoir refermé ce roman, je pensais avoir, peut être un déclic, et me dire d’accord j’ai enfin compris. Et bien non ! Je n’ai pas su saisir le sens de ce roman, le lien avec la nature, le lien avec la réalité de notre société. Je n’ai pas su être sensible à la subjectivité qui découle et surtout m’en saisir. C’est embêtant. Je m’attendais à un natur writing, mais je me suis retrouvée face à un portrait alambiqué d’une jeune femme qui se cherche inlassablement. Est ce que l’auteure cherche a déstructuré la nature humaine façonnée par l’industrialisation pour la remodeler plus proche de la nature ?

 

Certes je nage en eau trouble mais je dois avouer que la plume de l’auteure est d’un naturel envoûteur. Une plume poétique qui sait saisir l’instant T, celui de la douleur, de la peur et du bonheur.

 

En bref :
– Une narration semant le doute et le trouble
– Une histoire à laquelle je n’ai pas su donner un sens
– Une plume poétique et sensible.
 
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
LECTURE 3/22

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE, un roman de Amina Damerdji.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

#68premièresfois


« Je ne peux pas dire que nous ayons pris les armes pour ça. Bien sûr que nous voulions un changement. Mais nous n’avions qu’une silhouette vague sur la rétine. Pas cette dame en manteau rouge, pas une révolution socialiste. C’est seulement après, bien après que, pour moi en tout cas, la silhouette s’est précisée. »
.
Cuba, juillet 1980. En cette veille de fête nationale, Haydée Santamaría, grande figure de la Révolution, proche de Fidel Castro, plonge dans ses souvenirs. À quelques heures de son suicide, elle raconte sa jeunesse, en particulier les années 1951-1953 qui se sont conclues par l’exécution de son frère Abel, après l’échec de l’attaque de la caserne de la Moncada.
L’histoire d’Haydée nous plonge dans des événements devenus légendaires. Mais ils sont redessinés ici du point de vue d’une femme, passionnément engagée en politique, restée dans l’ombre des hommes charismatiques. Ce premier roman offre le récit intime et pudique d’une grande dame de la révolution cubaine gagnée par la lassitude et le désenchantement, au seuil de l’ultime sacrifice

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
320 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

L’histoire de Cuba m’est totalement inconnue. A part la crise des missiles et Fidel Castro, l’île reste pour moi une vaste idée. Je n’ai aucune notion de politique et de sociologie. Ce récit romancé ne fait ni l’apologie et ni la critique d’un régime quelconque. Il met en exergue la vie d’une femme hors du commun qui a été au cœur de la révolution.

 

Haydée Santamaria est la fille aînée d’une famille qui n’a pas été dans le besoin. Sa mère l’a élevée dans l’idée même qu’elle serait l’épouse et la mère parfaite. Mais Haydée voit sa vie autrement. Lorsqu’elle rejoint son petit frère à La Havane, son quotidien va changer. De nature timide et introvertie, Haydée écoute volontiers ses camarades s’exprimer. Plusieurs événements lui forgent le caractère et la poussent enfin à livrer ses idées et ses convictions qui la porteront, avec ses ami.e.s et son frère, à cette date fatidique, le 26 juillet 1953.

 

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE est un roman bouleversant. Le parcours de cette femme est hors norme. Elle fait figure de résistante, de rebelle et de féministe. Sa vision est assez moderne pour l’époque où la femme est considérée, encore, comme un être inférieur. Sa prise de position est audacieuse et ses camarades lui vouent un respect notable. Ce roman est un legs de souvenirs douloureux comme heureux. Un héritage lourd et pourtant essentiel dont le seul but est l’évolution de la société et des mœurs. Amina Damerdji m’a plongée avec une aisance particulière dans une vie tumultueuse et dure. Tout est d’une honnêteté déconcertante. Je n’ai pas eu l’impression que le récit est fardé ou filtré en tout cas il est apolitique et c’est le point que j’ai apprécié. Le lecteur assiste à la naissance du mouvement révolutionnaire qui porte ses idéaux avec fougue et passion. Les erreurs sont nombreuses et les conséquences détestables mais l’optimisme d’un monde meilleur les porte.

 

Un récit riche en émotions et il aura fallu juste la dernière phrase pour en mesurer toute l’ampleur et le sacrifice incommensurable.
 
En bref :
– Un récit romancé sur une figure emblématique et féministe de la révolution cubaine
– Un testament puissant
– Un héroïne hors du commun
– Un roman bouleversant
 
Un très joli coup de cœur pour cette lecture portée par une plume chargée d’émotions et d’humilité. 

 

Avez-vous envie de le découvrir ?
LECTURE 2/22

JARDIN SECRET À PALERME, un roman de Valérie Mangin.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions La Sirène aux yeux verts


Lorsque les filles de Sara arrivent à Palerme, elles ne reconnaissent plus leur mère. Sous le soleil de Sicile, quelque chose a manifestement changé. Petit à petit, Manon et Lisa vont comprendre que ce changement de lieu inopiné est loin d’être une fuite, et en découvrir les vraies raisons.
Sara est une femme meurtrie par une existence menée sous le joug du silence. Silence dissimulateur, silence réparateur, silence rédempteur qui doit un jour se briser pour faire place à la lumière : celle de la vérité, celle de la vie, celle de l’amour dans tout son éclat.
 
La révélation de Sara à ses filles, c’est d’abord la révélation d’elle-même, puis la célébration du lien mère-filles jusqu’ici terni par les non-dits et les affres d’un mariage raté.
Second roman de Valérie Mangin, « Jardin Secret à Palerme » est un chant-roman initiatique dont le personnage central est la Sicile, île solaire, île de beauté, de joie, d’amour et de liberté retrouvés.

Ma note : 3/5
2021
248 pages
Disponible au format broché


MON AVIS

Sara a vécu sa vie avec ce silence absolu, ce secret pesant et étouffant. 

 

Sara n’est pas partie sur un coup de tête. Sara est partie avec l’unique intention d’aller mieux et de vivre afin dans la paix et l’harmonie. 

 

Lorsque ces deux filles viennent la rejoindre sur la jolie île, elle est enfin prête à partager le terrible secret de son existence et ainsi donner l’occasion à ses filles de vivre pleinement.

 

Sophie Mangin explore les confins des secrets de famille et toutes les conséquences qu’ils engendrent. De sa plume poétique et au côté d’une héroïne en parfaite adéquation avec elle-même, Valérie Mangin nous invite à une certaine délivrance et apaisement.

 

Un roman tout en éclat et lumineux qui aborde un thème intergénérationnel : le poids des secrets. Ici la nature a une place importante et devient le témoin du changement. On peut entendre les oiseaux, sentir le frôlement du vent et les délicieuses odeurs de cette terre riche et accueillante. Elle décortique aussi les liens familiaux et leurs tensions souvent inexpliquées. Les non-dits et les silences ont cette incroyable facilité de modeler les souvenirs et les ressentiments.

 

En bref :
* Valérie Mangin explore un thème récurrent dans la littérature : le poids des secrets
* Une plume poétique qui nous invite au voyage des sensations et de la délivrance
* Un héroïne sur la route de l’acceptation et du partage
* Un décor délicieux
 
J’ai apprécié cette lecture malgré le style rigoureux. Je n’ai pas été transportée comme je l’aurais souhaité. Je n’ai pas été sensible à ces bribes de poèmes déminées ici et là. Je n’ai pas ressenti d’empathie, ne me permettant pas de vivre pleinement cette lecture.

 

Si vous connaissez ou souhaitez connaître Palerme, alors ce roman est fait pour vous. Valérie Mangin est généreuse sur les détails culturels.

 

VOYAGE AU CENTRE D’UN CERVEAU AUTISTE, un roman de Babouillec.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Rivages Poche


Anouk Grinberg (Préfacier)
« Comme une funambule, j’ai arpenté les fils secrets du mystérieux balancement des pensées en équilibre entre le plein et le vide. »
En surveillant les échanges chimiques au niveau de ses synapses, en analysant les mots qui se forment sur son lobe frontal, Babouillec s’interroge sur ce qui fonde la différence et observe, perplexe, la course des messages nerveux sous sa peau qui l’isole.
Par la violence des émotions qu’elle provoque, c’est notre peur collective de la solitude que l’artiste éveille, et c’est le droit de chacun à être écouté et compris qu’elle revendique.
Diagnostiquée autiste dès son plus jeune âge, Babouillec s’impose aujourd’hui comme une autrice majeure de la scène contemporaine.

 

 

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
64 pages
Disponible au format numérique et poche

 

 


MON AVIS

Pourquoi doit-on punir les errances mentales nées d’un cerveau différent. Pourquoi certains nous reniflent comme des êtres à enfermer. Pourquoi dans la classification ethnique un humain est un humain et dans la classification sociale le mot classe est mis en lumière, le mot humain est éteint.
Quelle est la classe des énergumènes répertoriés très déficitaires mentalement dont le mutisme renforce l’obsolescence. […]
Dans le mystère des ombres palpite l’incandescence.
Les êtres loin du regard ouvrent le secret d’une existence.

 

Ouvrir un roman de Babouillec, c’est ouvrir une porte sur l’infini. Un plongeon dans l’incommensurable, dans le grandiose, le grandiloquent, le merveilleux, la différence.

 

Le Je, le Elle, le Chaos, se croisent, se décroisent dans ce ballet aux règles non définies. Où le validisme n’est rien, où la normalité n’a rien de normale, où la différence n’est qu’un reflet d’une société à sens unique.

 

Babouillec s’arme de ses plus mots pour transcrire sa vie avec un œil critique. Babouillec vous invite dans son monde où le rien et le tout ne forment qu’une idée vague et subjective. Un monde où les questions affluent où les réponses résonnent, limpides et foudroyantes.

 

Babouillec aime explorer l’infinité de son monde silencieux, de son monde si majestueux et si juste. Elle piétine nos idées reçues, nos idéaux, nos convictions comme une vulgaire poussière. Elle nous pousse dans nos retranchements intérieurs, intimes et nous ouvre la voie de la bienveillance.

 

Lire Babouillec c’est intégrer un univers plural. Un univers de couleurs, de rire, de larme, de maux.

 

Lire Babouillec c’est se donner la chance de rencontrer une personne unique.

 

En bref :
* Un court roman immersif
* Une plume exceptionnelle
* Une lecture que je vous invite à lire à voix haute, vous serez transpercez par la sonorité des mots
* Un voyage exceptionnel où la différence prend toute sa valeur
* Un regard critique et sarcastique sur notre société
* Une auteure de génie à découvrir sans faute

 

Une ode puissante à la liberté, à la pluralité de notre société et à l’acceptation d’un monde mouvant. Babouillec détonne dans ce monde presque aseptisé.

 

Comme une funambule, j’ai arpenté les fils secrets du mystérieux balancement des pensées en équilibre entre le plein et le vide.

 

UN LONG, SI LONG APRÈS-MIDI, un roman de Inga Vesper.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions de La Martinière

Traduit de l’anglais par Thomas Leclere
Masse critique Babelio

« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore. »
Dans sa cuisine baignée de soleil californien, Joyce rêve à sa fenêtre. Elle est blanche, elle est riche. Son horizon de femme au foyer, pourtant, s’arrête aux haies bien taillées de son jardin. Ruby, elle, travaille comme femme de ménage chez Joyce et rêve de changer de vie. Mais en 1959, la société américaine n’a rien à offrir à une jeune fille noire et pauvre.
Quand Joyce disparaît, le vernis des faux-semblants du rêve américain se craquelle. La lutte pour l’égalité des femmes et des afro-américains n’en est qu’à ses débuts, mais ces deux héroïnes bouleversantes font déjà entendre leur cri. Celui d’un espoir brûlant de liberté.

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
416 pages
Disponible au format broché et numérique


MON AVIS

Décor kitch, maisons et banlieues idéales à l’image de cette Amérique Blanche de la fin des années 50. Contraste saisissant avec les ghettos communautaires noirs et autres.

 

Joyce, mère au foyer, a la vie idéale sur le papier mais la réalité est tout autre.
Ruby porte en elle l’espoir d’un monde meilleur, loin des émeutes et de toutes discriminations.
Joyce et Ruby s’entendent à merveille. Une solide amitié est née malgré leurs classes sociales différentes.
Sous ce verni d’apparence se cachent de nombreux secrets. Nul n’est à l’abri de l’acte abominable.
Alors quand Joyce disparaît, Ruby met tout en œuvre pour comprendre ce qu’il s’est passé à l’aide d’un flic au cœur de nounours.

 

Inga Vesper signe un premier roman incroyable. Un roman porté par trois voix qui tour à tour s’immiscent dans un scénario alambiqué. Inga Vesper explore les apparences sous toutes les coutures et ancre son histoire dans une Amérique en proie au racisme et à la discrimination communautaire. Par-delà cet aspect, elle nous offre le parfait tableau de la ménagère blanche de la fin des années 50. Sur un élan féministe, l’émancipation des femmes a une saveur acre et désillusionnée.

 

J’ai adoré plonger dans cette histoire nuancée, ni noire ni blanche, qui nous offre des moments haletants et intrigants. De nombreux rebondissements jalonnent le livre et les personnages ont une belle capacité à surprendre. Un roman solaire portant un regard critique et nécessaire à la construction de l’image de femme, blanche et noire, au sein d’une société clairement patriarcale. Un roman à l’atmosphère anxiogène et ancré au cœur de cette norme sociale exigeante.

 

En bref :
* un roman saisissant
* un portrait parfait de la société américaine de la fin des années 50
* des personnages charismatiques
* une atmosphère dérangeante et qui fait écho à la série « Mad Men »
* une écriture fluide et addictive nous plongeant au cœur de la déraison
 
Un incroyable roman sur un fond sociétal intransigeant et qui a marqué de sa patte la transformation de l’Amérique. la liberté a un incroyable goût.
A découvrir sans hésiter !

LE MEURTRE DE LOUISE ADAMS, un roman de Laura Carrère.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Du Rocher

En partenariat avec Gleeph

Mariée et mère de deux enfants, Anne Leroy ne s’est jamais remise de l’arrestation de son père en 1984, l’année de ses dix ans. Alors que la famille menait une vie rangée dans la campagne normande, à quelques kilomètres d’Omaha Beach, Jacques Leroy a été condamné à quinze ans de prison pour le meurtre de Louise Adams, l’épouse d’un général américain venu assister au quarantième anniversaire du Débarquement.
.
Trente ans après le drame, Anne est en vacances sur les lieux de son enfance, lorsqu’un incident rouvre ses blessures et la pousse à mener une enquête sur les origines du crime de son père. Mais les témoins se montrent réticents, et la parole peine à se libérer.
Et si les racines de cette tragédie étaient plus anciennes ? Anne va devoir démêler les fils d’une histoire familiale tourmentée qui la ramènera aux temps troublés de l’Occupation allemande.
 
Ma note : 3,5/5
Nouveauté 2022
288 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Les histoires de famille ont cette capacité de vous pourrir la vie et surtout de vous poursuivre longtemps, de poursuivre leur destin de générations en générations.

Anne n’avait qu’une dizaine d’années lorsque son père a été condamné à la prison pour meurtre et s’est ainsi effacé de sa vie. « Être la fille de » est lourd à porter sur ses frêles épaules et sa relation avec sa mère s’effrite sans relâche. Le mal s’installe profondément. Et c’est de nombreuses années plus tard qu’il éclot avec une rare violence. Quelques jours sur sa terre natale et un drame, plus tard, Anne va devoir combattre ses démons. Une quête sur la vérité absolue. Mais elle n’avait pas envisagé les conséquences inéluctables qu’elle causera. Une immersion dans le passé dans La France occupée par les Allemands.

Laura Carrère signe un premier roman très prometteur et nous plonge dans les affres du secret. Rapidement l’auteure nous accapare avec un premier drame dont la suite va en découler et dépendre. Anne est une femme rongée par les souvenirs, le doute et l’incompréhension. Une femme affaiblie par les mensonges et ce passé déchirant. Une femme qui perd pied dans ce monde où la vérité sera la seule à pouvoir la relever. L’immersion est totale et déchirante. Les langues se délient avec remord et animosité et seule la hargne d’Anne poussera les obscurs souvenirs. Entre polar et thriller, ce roman explore les méandres de la famille avec une rage ardente. Anne n’a jamais su défaire des liens avec une mère toxique et le souvenir d’un père qui a disparu. Elle sonde ses plus grandes peurs.

Une plume sans contexte fluide et empreinte d’une palette d’émotions, Laura Carrère signe un premier roman intéressant. Une atmosphère anxiogène que j’ai appréciée et notamment l’ancrage dans la France sous occupation Allemande. Même si ce dernier aspect est moindre, il reste néanmoins la clef. Un roman un peu trop court à mon goût et j’ai regretté quelques redondances sur l’aspect psychologique de l’héroïne qui accentue son état d’esprit et de vulnérabilité.

 

En bref :
* Un premier roman intéressant et très prenant
* Une écriture fluide qui nous plonge directement dans l’histoire
* Une héroïne en proie aux secrets
* Une intrigue finement explorée
* Un aspect historique assez intéressant
 
Je remercie l’App Gleeph et les éditions Du Rocher pour cette découverte livresque.
Un roman à découvrir !

HIER REVIENDRA, un roman de Julie Broly.

FANTASTIQUE

Éditions L’Alchimiste


Parents comblés à qui tout sourit, le ciel d’Éric et Barbara s’assombrit le jour où un drame emporte leur univers et fait basculer leur vie. Lorsqu’arrive le temps de la reconstruction, ils sont alors confrontés au comportement étrange de l’un de leurs fils. Pour tenter de le comprendre, ils vont s’efforcer de regarder le monde à travers ses yeux d’enfant et se lancent dès lors dans des recherches qui ne cesseront de les surprendre autant que les bouleverser. Par amour pour leur petit garçon, ils abandonneront peu à peu leurs repères.
 
Mais jusqu’à quel point seront-ils prêts à changer leur perception de la réalité et jusqu’où iront-ils pour libérer leur fils de ses tourments ?
Hier reviendra est un voyage au-delà des convictions, l’histoire d’une différence et la quête d’une reconstruction intime.

 

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
280 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Croyez-vous à la réincarnation ?

 

Ici Julie Broly explore ce monde mystique. Ces souvenirs venus d’ailleurs, d’hier. Un petit garçon charmant, espiègle, change brutalement de comportement suite à un traumatisme conséquent qu’a subit toute la famille. Il se dégrade rapidement, mais Eric et Barbara confèrent cela à la situation difficile qu’ils traversent tous. Jusqu’au jour fatal où sa vie est mise en danger.

 

Grâce à un psychologue qui met en lumière la différence du petit bonhomme, les parents sont désarmés et n’y croient pas trop et c’est la persévérance du grand frère qui va changer la donne.

 

Julie Broly nous offre une histoire douloureuse mais qui dégage ce sentiment de plénitude une fois ce voyage engagé. Une sorte de quête initiatique qui réconcilie le passé et le présent, la douleur et l’acceptation, la perte et le deuil. Ce dernier est en quelque sorte le fil rouge de cette histoire pittoresque. Accepter la douleur du deuil et la façonner pour en tirer le meilleur.

 

C’est un roman courageux porté par une famille totalement désemparée, esseulée et en colère. Un roman lumineux qui nous ouvre les portes (un peu) de l’impossible et qui explore ce monde avec une jolie franchisse.

 

Une très belle histoire qui à mes yeux a toutefois manqué de fluidité et les différents rebondissements m’ont paru long. Cela n’a pas eu d’incidence sur l’intérêt que j’ai pu porter à cette lecture.

 

En bref :
* Une famille décharnée par les différentes situations qu’elle a pu traverser
* Un petit garçon pris dans les cauchemars d’un autre
* Un roman sombre mais empreint d’une douce espérance
* Une douloureuse quête sur l’acceptation du deuil et de la perte
 
Une jolie lecture qui ne m’a pas entière conquise mais que je vous invite à découvrir si les sujets développés vous intéressent.

SUNSET PARADISE, un roman de Sophie-Anne Delhomme.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Exils

Avec six photographies d’Olivia Fougeirol

Comment dire Los Angeles, cette ville tentaculaire ? Sophie-Anne Delhomme, auteure de Quitter Dakar (le Rouergue, 2010) entend parcourir tous les rêves, tous les mirages de la cité légendaire. Par de courts fragments comme autant de microfictions, son récit cerne petit à petit une société faite de mille désirs parallèles.
On y suit Olivia une photographe dans son travail d’archivage du réel, on y découvre surtout les nombreux homeless de la ville de passage dans un shelter (un abri) où des bénévoles leur coupent les cheveux et les maquillent. Au fil des pages se dessinent alors une communauté de destins, résumés par ce vers du poète Langston Hughes : « What happens to a dream deferred ? » Qu’arrive-t-il à un rêve qui dure et ne s’accomplit pas ? Sunset Paradise est le roman de ces rêves inaccomplis.

 

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
128 pages
Disponible au format broché

 

 


MON AVIS

Récit incisif, où réel et irréel se croisent dans un chaos paradisiaque teinté de rires, de larmes et de cris.

 

Rencontres éphémères, portraits saisissants, images rebelles, images douces initiatrices d’un rêve ou d’une illusion s’échappant dans les voluptés d’un monde sans homme, sans femme. Homeless un titre pompeux pour nommer l’indésirable se parant d’une multitude de couleurs chatoyantes, portant sur leur épaules et dans leurs yeux la misère, souillon d’un monde sans rêve, désabusé.

 

Instants clés, instants flash se mesurant au déclic de l’appareil photo. Instant de douceur et de douleur. Instant de tous les instants. Olivia révèle le monde, le met à nu, l’interroge et le pointe du doigt. De la compassion, de l’empathie colorent ses photos. Un shelter comme décor qui s’anime un jour par semaine et devient le théâtre de la vie décousue, sauvage, volée.

 

En bref :
* Un roman poignant
* Un portrait saisissant de la ville des Anges
* Un kaléidoscope brut de vies furtives où les apparences sont à la hauteur des désirs réels et volés.
 
Un roman empreint d’une douceur douloureuse. Chapitres et paragraphes courts, trépidants de l’instant fugace de ces vies trompées, trompeuses. Un récit émouvant et intrépide, décapant la vérité sans filtre sublimée par six photographies resplendissantes de sens.

 

A découvrir sans aucun doute dès le 10 février !