THE GOOD GIRLS, un document de Sonia Faleiro

DOCUMENT

Éditions Marchialy – Grand reportage

Traduit de l’anglais (Inde) par Nathalie Peronny

Une enquête à suspense magistrale dans l’Inde contemporaine.
Un soir de mai 2014, dans un petit village du nord de l’Inde, deux adolescentes, amies et cousines, sortent faire un tour dans les champs à proximité de leur maison. Elles ne reviendront jamais. Leurs corps sont retrouvés pendus à l’aube dans le verger derrière chez elles. Que s’est-il réellement passé durant ces quelques heures ?
 
La vérité semble moins importante pour leur famille et les habitants de ce village que la rumeur qui enfle déjà. Il faut sauver l’honneur, à tout prix.
À partir de ce fait divers glaçant, Sonia Faleiro raconte les mécanismes d’une société ultra-hiérarchisée où la femme n’est jamais maîtresse de son destin, sauf peut-être dans la mort. Grâce à une enquête minutieuse, elle parvient à rétablir la vérité occultée et à écouter ce que ces deux jeunes femmes ont à nous dire.

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
400 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

L’Inde est un pays passionnant. Une culture riche mais un peuple divisé.

 

Sonia Faleiro nous plonge au cœur d’un fait divers qui en 2014 a défrayé les chroniques indiennes. Après un rapide dressage des portraits des deux jeunes filles, Sonia Faleiro dépeint la société indienne. Une plongée vertigineuse où la femme n’a aucune place et où les castes limitent une certaine liberté. Les castes sont un vaste sujet mais ce sont elles (enfin les plus hautes) qui dirigent les différentes régions et les castes les plus pauvres sont au service des autres. Certains métiers ne sont pas accessibles pour les castes les plus faibles. Une hiérarchisation verticale qui floue à mon sens une certaine liberté des hommes et ne parlons même pas des femmes. Les mariages sont arrangés au sein d’une même caste et les femmes n’ont pas leurs mots à dire, de l’autorité parentale elles passent sous l’autorité matrimoniale.

 

Tout au long de son récit, Sonia Falerio fait état de la condition des femmes indiennes. Ce fait divers est le parfait témoignage d’une certaine réalité. L’Inde ne se résume pas à Holi, la fête des couleurs, ou à Bollywood. L’Inde est une terre où les filles ne peuvent pas aller à l’école si la famille n’a pas d’argent, où les mariages sont arrangés et ceux dès leurs plus jeunes âges (12 ans âge minimum légal et parfois les bébés), où les installations sanitaires dans le milieu rural sont inexistantes, où les viols sont rarement punis, où les infanticides sont nombreux et où les mœurs sont très strictes. L’Inde est l’un des pays le plus dangereux pour les femmes au monde.

 

Sonia Faleiro expose son point de vue de journaliste sur son pays natal qu’elle a quitté, appuyé par de nombreux témoignages et faits divers inhumains. Ce récit se lit comme un thriller et j’aurai presque cru que ce n’était pas la réalité. De nombreuses années de recherche ont été nécessaire pour conduire ce livre à éclore et clore cette tragédie à menant à bien son enquête.

 

Un hommage vibrant à ces femmes qui tentent de se délivrer de ces chaînes ancestrales et qui lancent un appel à l’aide déchirant et bouleversant.

 

En bref :
– Un récit émouvant et cruel sur la position dramatique des femmes en Inde
– Un fait divers témoignant des nombreuses tragédies
– Un cri puissant face à l’injustice
– Un portrait saisissant d’une Inde régie par les castes et les hommes
– Un document essentiel et choquant
 
Connaissais-tu l’Inde sous cet aspect ?
Un document que je t’invite vivement à découvrir.

LA VIE SELON HOPE NICELY, un roman de Caroline Day.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus

Traduit de l’anglais par Isabelle Stoianov

APPRENDRE À ACCEPTER SES DIFFÉRENCES ET CELLES DES AUTRES
L’esprit de Hope Nicely est différent de la plupart des gens. Chez elle, les pensées ont du mal à rester en ligne droite. Les mots semblent s’échapper comme à travers un fi let de pêche. Mais Hope peut compter sur sa détermination et son entêtement pour s’adapter au monde.

À vingt-cinq ans, persuadée que rédiger son autobiographie lui permettra de retrouver sa mère biologique, elle s’inscrit à un atelier d’écriture. Elle espère ainsi obtenir des réponses aux questions qui la tourmentent : pourquoi a-t-elle été abandonnée ? Sa mère était-elle consciente que boire de l’alcool pendant la grossesse pouvait avoir des conséquences irréversibles ?
Ce cours d’écriture va transformer la vie de Hope en aventure, et elle découvrira que d’autres leçons l’attendent…

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
450 pages
Disponible au format broché et numérique


MON AVIS

Retenez bien son prénom et son nom car Hope Nicely est ainsi. Normale avec sa particularité qui a la couleur d’un arc-en ciel. Attachante, entêtée, naïve, bien attentionnée, Hope Nicely est une jeune femme adorable atteinte du TSAF, comprenez Trouble du Spectre de l’alcoolisation fœtale. Oui tu as bien lu et par conséquence tu as compris que la vie de Hope Nicely est un véritable enfer. Elle pense fort ou en silence, elle a des tics, elle crie, elle frappe, elle se soucie, elle oublie mais l’essentiel est là dans sa tête.

 

Caroline Day te plonge dans sa vie et dans sa quête. Tu rentres dans son cerveau « vide grenier » et tu avances en même temps qu’elle, ou tu recules, tu tapes, tu cries, tu récites, tu penses, tu oublies. Un style sans précédent, redondant, merveilleux et unique.

 

La différence, quel qu’elle soit, est un débat audacieux, courageux. Dans un monde normalisé et validiste, la différence fait tâche. Elle dénote et est facilement pointée du doigt. La différence effraye et il est rare de voir des personnes s’y intéressée sans arrière pensée. Si tu n’as pas un pied (voire deux) dans le handicap, il est difficile de se sentir concerner. Et c’est mon expérience personnelle qui parle.

 

J’ai beaucoup aimé cette lecture mais elle m’a également fait grincer des dents. J’aurai aimé avoir une note de l’auteure qui aurait pu donner les raisons de ce roman, ce qui l’a poussé à l’écrire et je pense que j’aurai pu consentir à l’idée qu’elle aurait souhaité partager. J’ai vraiment apprécié tout ce qui évolue autour de Hope Nicely et cette compassion qui en découle. La vie de Hope Nicely s’inscrit dans ce monde normal mais on voit rapidement qu’elle est incomprise, jugée et accusée. Mais à contrario on voit que l’on peut aimer Hope Nicely sans superflu. Je n’aime vraiment pas cette scission évidente entre normal et différent. Je préfère le terme de pluralité que j’associe volontiers avec cette idée d’arc-en-ciel. Le monde est unique mais plural. Je trouve que c’est beaucoup plus juste.

 

Écrire sur l’handicap est à double tranchant. Que restera t-il finalement une fois que vous aurez fermé ce livre ? Aurez-vous un regard différent ? Ou finalement cela restera t-elle une lecture sans suite ? Parler de l’handicap, c’est bien, mais faire évoluer les consciences validistes est tout autre chose et c’est un autre sujet. Hope Nicely ne demande pas votre compassion ni votre pitié ni votre peine. Elle demande juste une ou deux minutes de votre temps pour être écoutée et se faire comprendre. En aurez-vous assez ?

 

En bref :
* Une jeune femme très attachante
* Un style unique et atypique
* Une histoire douloureuse
* Un sujet très peu aborde dans la littérature et qui peut être à double tranchant
 
Je ne peux que vous inciter à découvrir ce roman et surtout je souhaiterai que cette lecture vous permette de découvrir un monde qui vous effraye, peut être, ou, au contraire, permette de libérer la voix de certains et certaines.

 

Et surtout je ne voudrais en aucun cas que cette lecture soit vaine et juste un moment de lecture comme tous les autres.

 

COMMENT LES PINGOUINS ONT SAUVÉ VERONICA, un roman de Hazel Prior.

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus

Traduit de l’anglais par Estelle Flory

Le cœur ne gèle jamais, même au milieu des icebergs
Le plus souvent, Veronica, 84 ans, passe ses journées à chercher où elle a mis ses lunettes, à ramasser les déchets sur la plage ou à aboyer des ordres à sa dame de compagnie, Eileen.

Depuis peu, la vieille dame s’interroge : que faire d’utile durant les années qu’il lui reste et, surtout, à qui laisser sa fortune considérable ? Quand elle a soudain une illumination : et si elle mettait tout en œuvre pour sauver les pingouins d’Antarctique ?
L’irruption dans sa vie de Patrick, un petit-fils disparu, orphelin à six ans après le suicide de sa mère, va tout changer. Comme deux animaux sauvages, ils vont devoir s’apprivoiser au milieu des icebergs.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
480 pages
Disponible au format numérique, audio et broché

 


MON AVIS

Veronica est du genre mamie acariâtre, bourrue, indigeste. Bref, une vielle bique qui passe son temps à embêter les gens autour d’elle et notamment Eileen, dame de compagnie, de ménage et autre. Veronica ne cesse de dire qu’elle a tout sa tête, de temps en temps, je vous l’avoue, elle la perd. Mais son passe-temps favori est sans aucun doute celui de tenter l’impossible. Il aura suffit d’une vielle boîte pour faire surgir tous les vieux souvenirs et les démons qu’ils les accompagnent. Mais Veronica n’est pas une femme à abattre facilement, et le meilleur moyen pour elle de contrer le sort est l’action. Est celle-ci se traduit par une puissante crise existentielle. Retrouver un membre de sa famille et sauver les pingouins !

 

Veronica s’exile donc au fin fond du monde peuplé de glace et de pingouins. Mais elle n’aurai jamais cru que cette expérience unique serait une véritable révélation.

 

Nous sommes d’accord les mamies grincheuses, et bien, sont plein de fiel à déverser à tout moment. Difficile de les aimer et de s’attacher à elles. Mais Veronica a ce quelque chose en plus qui va vous surprendre et ramollir votre petit cœur. On oublie souvent que les personnes âgées ont un passé qu’elles gardent tendrement en eux, ou au fond d’une boîte. On oublie qu’une existence entière a façonné cette personne et ce roman nous rappelle gentiment à l’ordre. Avec un certain humour, avec malice et avec quelques coups de punchline, Veronica va vous défriser ! Un roman sentimental dans un décor austère, où finalement la moindre parcelle de tendresse vaut tout l’or du monde. Un voyage introspectif, amusant, frais, décalé, mais où les sentiments et les humains ont, finalement, une place indétrônable. Je crois que l’on peut être que toucher par cette superbe histoire. Il s’en dégage au final une aura de bienveillance. Veronica et les pingouins, est une histoire adorable avec une héroïne hyper agaçante mais qui vous percutera de plein fouet !

 

LE K NE SE PRONONCE PAS, un livre de Souvankham Thammavongsa.

RECUEIL DE NOUVELLES

Éditions Mémoire d’Encrier

Traduit de l’anglais par Véronique Lessard


Une fillette à l’école prononce obstinément le k muet du mot knife. Un ancien boxeur se convertit en pédicure. Une femme rêve de téléromans en plumant des poulets. Un père emballe des meubles destinés à des maisons qu’il n’habitera jamais.

Le K ne se prononce pas accueille les utopies, échecs, amours et petits actes de résistance des errants et réfugiés, qui tentent de trouver leurs repères, loin de chez eux ; ces ouvriers essentiels fouillent le bas-ventre du monde.
On y croise des enfants bienveillants, des hommes blessés et des femmes fébriles. Ils désirent vivre. Et dans ces récits, ils vivent brillamment. Férocement.

 

 

Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
Nouveauté 2021
136 pages
Disponible en numérique et broché

 

 


MON AVIS

A bride abattue, Souvankham Thammavongsa (S.T.) raconte ces histoires secrètes, douloureuses et merveilleusement humaines.

 

Diaporama défilant au gré de ces enfants, femmes et hommes, au gré de leurs vies, de leurs aspirations, de leurs souhaits et de leurs vies. Un théâtre aux mille et une couleur, original et terriblement, oui terriblement, captivant.

 

La communauté laotienne est au cœur de cette multitude. Famille, amitié, travail sont ces moteurs intrinsèques. Les regards, la différence, l’abnégation, la solitude, l’espoir portent ces anti-héros au cœur d’histoires uniques et bouleversantes.

 

Tout comme le dit Sharon Bala (auteure de Qu’importe le navire) ces histoires frappent par cette réalité écrasante.

 

Cadrage, zoom, sans artifice, d’un naturel presque surréaliste, S.T. pose sur la feuille blanche des personnages attachants, parfois détestables et leurs récits empreints d’une force maladive et terrible de rendre justice, vaine ou feinte, à une communauté sensible à leur racine, à leur culture, à leur pays et portant à bout de doigts leurs rêves ultimes.

 

Un recueil d’une sincérité déroutante que je vous invite vivement à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda

BALAI DE SORCIÈRE, un roman de Lawrence Scott.

LITTÉRATURE CARIBÉENNE ANGLOPHONE

Éditions Mémoire d’Encrier

Traduit de l’anglais par Christine Pagnoulle


Balai de sorcière retrace l’histoire de la malédiction coloniale d’une île des Caraïbes. Le roman raconte les traversées, dévoile mémoires et archives, chemine entre grandeurs, misères et mythes. Puisant dans la tradition du carnaval, Lawrence Scott brouille les pistes, renverse perspectives et hiérarchies.

Le dernier représentant de la dynastie des Monagas de los Macajuelos, Lavren, merveilleux conteur « lévite entre les siècles, les races, les genres, dans les interstices du temps, à l’écoute du désir des femmes et du silence des hommes ».

 

Ma note : 4/5 « à découvrir »
Nouveauté 2021
352 pages
Disponible en numérique et broché

 


MON AVIS

Il y a quelques jours de cela, j’ai plongé tête la première dans le sixième roman de Lawrence Scott, figure incontournable de la littérature caribéenne anglophone. Un grand plongeon pour ma part puisque c’est le premier livre que je lis explorant ce thème. Je ne me suis jamais penchée sur cet univers même au niveau francophone (littérature caribéenne, africaine … ) des « anciennes colonies » en règle générale.

 

Ouvrir BALAI DE SORCIÈRE, c’est ouvrir une porte sur un monde mystérieux où croyance ancestrale, moderne, coutumes se côtoient dans un ballet frénétique où les corps deviennent l’instrument délivrant la douleur, la joie, la peur, la vie, la mort.

 

BALAI DE SORCIÈRE retrace la vie d’une famille considérablement blanche dont l’ancêtre s’est établi au pays de Bolivar. Le patriarche donne la main de ses jeunes filles à ceux offrant des perles à la blancheur immuable. Les filles femmes exilées sur l’île de Kairi (Trinidad) deviennent des mères. Des enfants à la pelle : ceux qui vivent, ceux qui meurent. Des femmes héroïnes d’une tragédie qui se perpétue tout au long des générations. Le destin morbide clivant ces femmes dans un rôle qu’elles ne voulaient pas. Les cris, les pleurs, la folie, la détresse, le sang, les obsessions nourrissent et pourrissent ces vies.

 

Tout au bout de cet arbre généalogique, il y a Lavren. Hermaphrodite. Lui/Elle traverse les années et narre l’histoire de sa famille. Un brin de mystère, réel, fiction, le récit s’orchestre autour des femmes qui ont marqué les Monagas de los Macajuelos. Un soap opéra caribéen où les couleurs foisonnent, côtoyant la tristesse, la douleur. L’échappatoire n’existe pas.

 

Lavren, conteur prolifique et mirifique, narre avec cette ardeur mystique de celles et ceux qui savent. Conteur de légendes, conteur de ces histoires qui se perpétuent au delà des ans, au delà de la vie. Lui/Elle se cherche aux travers de ces mots, de ces histoires perdues. Il y croisent du monde, des enfants, des hommes, des femmes, des noir.e.s, des indien.ne.s. Les autochtones ont tous été massacrés. La plantation, le café, les chants.

 

Ce roman est une lecture qui se vit pleinement. Je regrette ne pas avoir de culture générale en ce qui concerné les Caraïbes, mais en prenant le temps de chercher, j’ai pu combler quelques lacunes.

 

Lawrence Scott est un magnifique orateur au style tout aussi épuré que prolifique. Un style atypique et dépaysant qui vous invite au cœur d’une famille hors norme.

 

L’air des Caraïbes s’infiltre au travers des pages et vous enivre. Le doux son des mots vous emporte au sein d’une mélodie rythmée par les affres de nombreuses vies.

 

Je suis pleinement consciente de n’avoir pas eu toutes les cartes en main pour comprendre dans son entièreté un livre qui je suis sûre est une merveille.

 

Je ressors éblouie par cette histoire qui m’a sorti de ma zone de confort et m’a donné un aperçu d’un monde que je connais pas et que je vais continuer à explorer.

 

Une chronique de #Esméralda

QU’IMPORTE LE NAVIRE, un roman de Sharon Bala.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

ÉDITIONS MÉMOIRE D’ENCRIER

Traduit par Véronique Lessard et Marc Charron


Mahindan et son fils de six ans, Sellian, débarquent sur l’île de Vancouver, fuyant la guerre au Sri Lanka avec quelque cinq cents réfugiés, portés par le rêve d’une vie nouvelle. Le bruit court que parmi les boat-people se trouvent des terroristes. Emprisonnés, les réfugiés voient leur passé resurgir et la chance d’obtenir le droit d’asile se dissiper. Inspiré de faits vécus, Qu’importe le navire est un roman d’une force inouïe où chaque décision est question de vie ou de mort.
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
436 pages
Nouveauté 2021
Disponible en broché

MON AVIS

QU’IMPORTE LE NAVIRE est un roman bouleversant. Entre fiction et non-fiction, il vous embarque dans ce boat people où l’avenir ancré à ces passés multiples et douloureux crache l’inacceptable, l’horreur et l’inhumain. Ce navire qui vomit l’impensable et pourtant regorge de cet espoir salutaire, d’une vie paisible loin des bombes et des massacres. Ce navire est le témoin silencieux et passible de ces hommes, des ces femmes, de ces enfants marqués par la guerre civile. Il apporte le nauséabond et la peur sur cette terre ni accueillante ni chaleureuse. L’île de Vancouver apparaissait comme la terre promise pourtant à leur arrivée qui n’avait rien de surprenante, les autorités prennent ces vies et les parquent. Le terrorisme devient l’apanage d’une sécurité intransigeante qui en oublie l’humanité. Ces bombes sur pieds deviennent les effigies de cette nouvelle mode où l’explosion devient le porte parole de ces voix belliqueuses.

 

Mahindan a tout perdu, sa femme, son garage, sa famille, ses amies, sa culture, son pays. Il ne lui reste que Sellian, son unique fils, sa vie, son espoir, cette chaîne qui le retient inlassablement sur cette terre d’épouvante. Tamouls, ils ont fui leur pays, leur terre natale en proie aux feux et à la folie des hommes perdus  dans cette guerre impitoyable de territoire, de religion, de culture. Ils sont tous tamouls sur ce fichu bateau, certains de grès et de force ont participé à cette guerre mais, chut, c’est un secret ! Les âmes peinent et leurs fardeaux les accablent depuis trop longtemps. Mahindan s’écroule lorsqu’on emporte son fils  loin de lui avec les femmes et les enfants. Ses papiers en main, pourtant il va devoir prouver sa bonne foie. Aidé par un avocat dont c’est sa spécialisation et accompagné par une stagiaire tamoule, Priya, Mahindan va franchir les obstacles judiciaires à leurs côtés. Séquestré, enfermé dans cette légalité taciturne et inviolable, Mahindan va apprendre l’anglais, découvrir ce monde chéri de dehors au travers des émissions télévisées, et le contempler par le biais de ce bus, seul lien tangible d’une réalité abstraite et déshonorante.

 

Qui sommes nous pour juger ces hommes ces femmes, ces enfants ? Nous sommes tous des enfants d’immigrés.

 

Et c’est en cela que Sharon Bala interroge son lecteur par le biais des personnages de Priya et de Grace. Priya est née au Canada mais ses parents sont d’origine tamoule. Origine souvent tue, le passé n’est que le passé et vivre à ses côtés est considéré comme malsain. Priya découvre ainsi tout un pan de ces vies qui auraient pu être la sienne, celles de ses parents, de sa famille. Un héritage lourd auprès duquel elle va s’épanouir et considéré sa vie sous un autre angle. Grace est d’origine japonaise et a comme grand rôle d’accorder ou non l’asile à celles et ceux qui viennent d’accoster. Elle a oublié ses origines et refusent catégoriquement d’en parler.

 

QU’IMPORTE LE NAVIRE a cette obligation de vous émouvoir, de vous exposer les faits, de vous questionner et de vous faire ouvrir les yeux. Depuis de nombreuses années, ces bateaux miséreux sillonnent les mers à leurs risques et périls. Dans notre confort moderne, il est plus facile d’oublier la pauvreté visible qu’à la télé. Nous vivons dans ce monde éphémère où cela ne doit pas nous atteindre. Que faisons nous assis sur notre canapé, derrière notre ordinateur ou notre téléphone, rien, seule une poignée d’associations, de bénévoles osent tendre leurs mains. Est ce suffisant ?

 

D’une beauté étrange et même surréaliste Sharon Bala nous livre ici un roman d’une force singulière qui vous broie les tripes. Un roman d’une puissance inqualifiable où la différence devient ce moteur de haine et d’injustice.

 

A découvrir de toute urgence !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

DES SOURIS ET DES HOMMES, un roman de John Steinbeck.

LITTÉRATURE CLASSIQUE NORD-AMÉRICAINE

ÉDITIONS FOLIO


«Les deux hommes levèrent les yeux car le rectangle de soleil de la porte s’était masqué. Debout, une jeune femme regardait dans la chambre. Elle avait de grosses lèvres enduites de rouge, et des yeux très écartés fortement maquillés. Ses ongles étaient rouges. Ses cheveux pendaient en grappes bouclées, comme des petites saucisses. Elle portait une robe de maison en coton, et des mules rouges, ornées de petits bouquets de plumes d’autruche rouges.»
 
Ma note 5/5 mention « incontournable »
176 pages
Disponible en poche occasion


L’AVIS DE #LILIE

Voilà un classique de la littérature Nord-Américaine qui traînait depuis longtemps dans ma bibliothèque. Quand j’étais au lycée, on avait regardé le film en cours d’anglais et je me rappelle avoir été attendrie par l’histoire. C’est donc avec joie, à l’occasion d’une lecture commune avec Esméralda, que j’ai sorti ce roman de ma PAL.

Nous faisons ici connaissance avec Lennie et George, deux voyageurs qui passent de ranch en ranch pour proposer leurs services. Leur but ? Économiser suffisamment pour avoir leur ranch à eux mais il leur est bien difficile de conserver un travail. En effet, Lennie est un homme grand par sa taille mais petit dans son esprit. Inconscient de sa force, un peu limité intellectuellement, ses actes ne sont pas en adéquation avec ce qu’il pense ou aimerait faire. Leur arrivée dans un nouveau ranch est un espoir d’un nouveau départ mais arriveront-ils à réaliser leur rêve ?

George est un travailleur acharné, volontaire, qui prend soin de Lennie depuis plusieurs années. Il se comporte comme un grand frère avec lui, voulant l’aider à ne pas faire de vagues. Malheureusement, son compère se laisse parfois déborder par ses émotions et il a bien du mal à moduler sa force. Dans quelle mesure George pourra-t-il continuer à supporter cette vie sur les routes ?

Comme dans le film, j’ai été touchée par la relation entre Lennie et Georges. Entre amitié et fraternité, George tente de jouer l’ange gardien pour son compère mais en un instant, tout peut basculer. Lennie est attachant par sa fragilité émotionnelle, sa faculté à s’attendrir de tout mais son gabarit et sa force le rendent aussi imprévisible.

Ce court roman peut se lire d’une traite tant la plume de l’auteur est fluide et visuelle. Il y a, au final, peu d’action mais la lecture est rythmée par les rencontres et les évènements qui surviennent au ranch. L’intensité monte crescendo jusqu’à un final à couper le souffle. On espère, on tremble, on a le ventre qui se serre tant on craint pour Lennie et on espère qu’il arrivera à avoir son petit chien et ses lapins en compagnie de Georges. La vie va-t-elle lui faire ce cadeau ? C’est à vous de le découvrir !

L’AVIS DE #ESMÉRALDA

Lire du Steinbeck c’est ouvrir la fenêtre sur un monde sensible et rustre. DES SOURIS ET DES HOMMES est une histoire d’une banalité affligeante. Oui mais de celle qui vous pousse dans les retranchements sans que vous vous en aperceviez. C’est l’histoire intemporelle d’une amitié sans limite. Une de celles pour laquelle vous serriez prêt à tout, même à balancer vos rêves aux oubliettes et poursuivre un de ceux que vous confectionneriez ensemble.

 

Conte moderne où se côtoient la force de la vie et l’âme d’un enfant emprisonné dans le corps d’un homme hors norme. Lennie est un mastodonte, une force de la nature, dont il n’en mesure pas les conséquences éventuelles. Lennie est un fin observateur et un doux rêveur. Il sait qu’il est un poids pour Georges et lui est reconnaissant de prendre soin de lui. Mais Lennie a des impulsions qu’il n’arrive pas à maîtriser. Ses émotions le fracassent et le poussent souvent à commettre l’irréparable. Un lourd fardeau pour ce binôme qui se plaît à vagabonder sur les routes, de ranch en ranch. A chaque fois, un nouveau départ, un nouvel espoir de mettre assez d’argent de côté dont le but précieux est d’acheter leur propre ranch où lapins et chien feraient le bonheur de Lennie.

 

Steinbeck nous livre au cours de ce court roman le portrait intimiste de ces personnages mythiques de l’ouest où la nature a une place primordiale mais où les hommes se complaisent dans cet état de rigueur absolu. Les simples moments de bonheur se résument à la sortie en ville, à ce jeu devant le dortoir, à la cigarette, à la boisson. La parole est rude, les rêves un doux euphémisme. L’homme jaloux, le vieux grabataire, le noir exclu, le blanc et son flingue, l’intelligent, la femme désillusionnée. Les mots sont superflus alors que les actions et les gestes sont valeurs d’or. La tristesse est un état nauséabond et les souvenirs un passé lointain. Pourtant l’arrivée de Lennie et de Georges va bouleverser ce quotidien monotone. Et les mots vont fleurir et s’épancher et pourquoi pas panser ces vielles blessures.

 

La plume de Steinbeck a ce quelque chose d’extraordinaire qui vous capture en un rien de temps. Sans filtre, sans enjolivement, il narre la réalité, crue et dure. Le monde alors de ces travailleurs prend forme sous vos yeux et vous devenez cette petite souris spectatrice malgré elle de ce monde introverti et captif de mœurs. 

 

Puissant et sensible, DES SOURIS ET DES HOMMES a cette particularité de vous surprendre par cette simplicité si proche de la réalité. De nombreuses subtilités sont glissées ici et là et c’est un roman que je relirais plus tard afin d’en mesurer toute sa splendeur. Je découvre Steinbeck pour la première fois et c’est une merveilleuse rencontre que je vais poursuivre.

 

 

– Qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir qui leur fait mal, ces deux-là, t’as idée, toi ?

TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT À DIEU, un recueil de nouvelles de Anjali Sachdeva

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

Recueil de nouvelles

Éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique


Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement.
Ma note : 4,5/5 mention « à découvrir »
288 pages
Disponible en numérique et broché
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Fournier

S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse…
La prose étrange et magnifique d’Anjali Sachdeva embrasse le connu et l’inconnu avec une grâce et une puissance rares. Chacune de ses nouvelles interroge les forces implacables, cruelles ou bienveillantes, qui nous gouvernent, et donnent au lecteur la sensation de marcher sur un fil. Une révélation.

MON AVIS

Avant, j’étais réticente à ouvrir un recueil de nouvelles. C’était avant de découvrir et d’ouvrir ceux des auteur.e.s américains. Ils ont une aisance particulière à vous narrer ces histoires courtes mais d’une puissance inqualifiable qui vous laissent pantois et surtout jamais sur votre faim. Aujourd’hui je vais vous parler d’un recueil extra-ordinaire. Neuf histoires, neuf portes qui s’ouvrent sur neuf univers différents. Neuf contes des temps modernes où il n’y a ni « il était une fois », ni « ils vécurent heureux ». Neuf fragments de possibilités dans un monde bien réel. Fantastique, mythe, magie, façonnent la vie, la construisent, la formatent. Neuf portes ouvertes sur un monde où la désillusion, la mort, la perte, la survie, l’espérance, l’abandon se côtoient, se meuvent, se meurent.

 

LE MONDE LA NUIT
POUMONS DE VERRE
LOGGING LAKE
TUEUR DE ROIS
TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT A DIEU
ROBERT GREENMAN ET LA SIRENE
TOUT CE QUE VOUS DÉSIREZ
MANUS
LES PLÉIADES

 

Si vous me poseriez la question quel sentiment j’ai ressenti à fermant ce recueil, je vous répondrais sans hésiter la tristesse. Celle qui broie, celle qui décèle la moindre fêlure, celle qui s’infiltre insidieusement, celle qui vous accapare, celle qui vous fait sombrer. La plume d’Anjali Sachdeva vous hypnotise, vous prend dans ses filets et ne vous en délivrera pas. Elle vous transmet cette énergie, cette puissance destructrice, et vous insuffle cette multitude de questions autour des thématiques qui ne vous laisseront pas de marbre. Les limites de la science dans la procréation, l’écologie, l’environnement, les peurs ancestrales, l’art, la possession, la maladie, la différence, l’esclavagisme, la religion totalitaire.

 

Il y a quelque chose d’empirique, d’effroyable et de merveilleux dans les mots d’Anjali Sachdeva. Il y a ce quelque chose d’unique et d’universel, ce quelque chose qui vous pousse dans vos retranchements. TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT A DIEU, est sans aucun doute un recueil de nouvelles qui vous fascinera.

 

Les neuf nouvelles m’ont toutes plu et je ne pense pas que je me lasserai si tôt de les redécouvrir encore et encore. Anjali Sachdeva est une auteure talentueuse à suivre absolument !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

L’ENFANT DE LA PROCHAINE AURORE, un roman de Louise Erdrich.

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

DYSTOPIE

ÉDITIONS ALBIN MICHEL

COLLECTION TERRES D’AMÉRIQUE


Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler.
Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
Disponible en numérique et broché
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
 
C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte.

MON AVIS

Revoici Louise Erdrich dans un registre totalement inattendu, la dystopie.

 

Cedar a été adoptée dès sa naissance. Elle grandit entouré d’amour et pendant ses études universitaires, elle se prend de passion pour la religion et devient la rédactrice d’un petit journal de sa paroisse. Cedar est une jeune femme intelligente douée pour le sens de l’observation et de la réflexion. Cedar a enfin son chez soi et un amoureux. Les journées s’écoulent paisiblement. Et puis le murmure d’une catastrophe se fait entendre. L’inquiétude n’est pas encore à son apogée, mais les questions sont nombreuses. L’évolution des espèces commence à involuer à un rythme effréné. De quoi rendre fou de Lamarck et notre cher Darwin. Les mammifères, les oiseaux, les végétaux et les Hommes. Les enfants et les mères meurent au cours de l’accouchement. Cette crise majeure renverse le pouvoir et voit s’installer les religieux. Les femmes enceintes sont priées de se rendre dans des centres et toutes personnes raisonnables à les dénoncer.

 

Cedar refuse tout enfermement. Bien avant le lancement des hostilités, elle a pu faire connaissance de sa famille biologique et découvrir ses racines indiennes. Cloitrée chez elle avec le futur papa, elle voit le monde se déchiré. La suspicion, le contrôle des médias, le flicage, le monde extérieur devient un monde de dingue. Jours après jour, elle survit. Une routine drastique, le ménage qui devient obsessionnel et puis ce moment unique de paix, l’écriture de son journal intime qu’elle adresse à son futur enfant. Des confidences, des espoirs, ces petites fenêtres ouvertes sur l’avenir hypothétique jalonnent les pages et il n’y a rien de plus merveilleux pour Cedar que de laisser cette trace écrite pour cet enfant qu’elle chérit. Et puis son monde s’effondre. La capture, l’enfermement, les questions, l’ignorance, tout se bouscule. Et pourtant une petite lueur d’espoir va s’allumer. Un espoir mince mais bien réel qu’elle se saisira avec impatience.

 

Louise Erdrich m’a totalement scotchée. J’aime beaucoup quand les auteur.e.s sortent de leurs sentiers battus et explorent un autre monde. Toujours fidèle à la communauté indienne, elle met en scène ici une jeune femme déracinée qui va être confrontée à une nouvelle guerre et à l’enfermement. L’auteure parle de liberté bafouée, d’appropriation de l’identité, de religion totalitaire. Un roman captivant où la tristesse prédomine. Il n’y a pas de final tonitruant, juste ce final, à la hauteur du roman, sobre, désuet et magnifique. Une héroïne courageuse et battante que je me suis empressée de suivre et d’encourager. Une atmosphère suffocante et anxiogène. Une dystopie où cette réalité est juste effroyable. Louise Erdrich n’a pas peur de nous bousculer et de nous montrer les choses telles qu’elles sont. Une lecture qui insidieusement vous interroge sur ce que nous serions prêts à endurer face à une situation complexe. Cette histoire fait malheureusement, dans une moindre mesure, écho à la situation sanitaire que nous traversons tous. Pourtant ce texte a été écrit bien des années auparavant, avant d’être sorti du tiroir. L’ENFANT DE LA PROCHAINE AURORE est un roman surprenant, bluffant et intriguant. Il ne sera pas mon préféré de l’auteure mais j’approuve l’audace dont a fait preuve Louise Erdrich. Une audace téméraire où la magnificence de l’humain est au cœur d’une histoire prodigieuse !

 

Laissez-vous tenter !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

DEVENIR QUELQU’UN, un roman de Willy Vlautin.

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

ÉDITIONS ALBIN MICHEL

COLLECTION TERRES D’AMÉRIQUE


A vingt et un ans, Horace Hopper ne connaît du monde et de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour les Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui. Abandonné très tôt par ses parents, il se sent écartelé entre ses origines indiennes et blanches.
Secrètement passionné de boxe, Horace se rêve en champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque tout le monde le prend pour un Mexicain… Du jour au lendemain, il largue les amarres et prend la direction du sud, vers sa terre promise. Saura-t-il faire face à la solitude du ring et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin ? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre ?
À travers le portrait bouleversant d’un jeune idéaliste décidé, envers et contre tous, à trouver sa place dans le vaste monde, Willy Vlautin signe un roman pudique qui touche le lecteur en plein coeur.
Ma note : 4,5/5 mention « incontournable 2021 »
304 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Fournier

MON AVIS

Une nouvelle découverte sous le signe du charme, j’enchaîne mes lectures et en ce moment c’est du pur bonheur !

 

Willy Vlautin n’a pas son pareil pour vous surprendre au cœur de ces intimités modestes débordantes d’amour, d’émancipation, d’espoir poussées par une volonté de fer dans le but de toucher du doigt le rêve absolu.

 

Horace Hopper est ni un indien ni un blanc. Un homme sans identité perclus de sentiments noirs et destructeurs. Horace vit depuis quelques années aux abords du ranch des Reese, éleveur de moutons, dans ce camping-car, son chez soi. Des posters de célèbres boxeurs tapissent les parois tristes, témoins de cette envie vorace de devenir ce quelqu’un d’important de majestueux, s’élevant dans ces sphères célèbres à la force de ses poings et de ses pieds. Horace a senti l’appel de la vie et décide de partir, de la cueillir, loin du ranch, des chevaux, sa passion, et des Reese qu’il considère comme ses parents.
La ville, le bruit, le monde et ses règles. Accueilli par sa tante qui lui loue la cabane au fond du jardin, il trouve rapidement du travail chez un monteur de pneu et un entraîneur peu scrupuleux. Les premiers matchs tombent et les premières défaites avec. Mais son optimiste le porte au-delà. La solitude de la ville le pèse, elle le rendrait peureux lui qui a connu la vaste étendue des plaines et des montagnes. Les semaines défilent et insidieusement le chaos s’installe. Lui, parti à la quête de l’homme qu’il deviendrait, se trouve face à l’immensité béante de la désolation et de la désillusion.

 

Eldon Reese est ce vieillard au cœur tendre qui a pris sous son aile le jeune Horace. Son départ pour la ville est un brise cœur. Avec patience, il lui a prodigué tous les bons conseils. Il sera toujours là pour lui quoiqu’il fasse, quoiqu’il lui arrive, leur ranch sera toujours son chez lui. Eldon suit de loin l’évolution de son petit protégé. Il ne veut que son bonheur.

 

Les personnages sont d’une extrême beauté. Une de celle qui vous éblouit par cette simplicité humaine, fidèle à ses valeurs. La plume de Willy Vlautin a ce quelque chose indéfinissable qui vous capture dès le départ. Une sensibilité à fleur de peau mais une force tirée de la Terre. Une quête initiatique à l’allure d’un western moderne, DEVENIR QUELQU’UN est époustouflant ! Le rêve américain à portée de mains, Horace est pris en étau entre cette réalité morbide et ce rêve de grandeur.

 

Un immense coup de cœur pour cette merveilleuse découverte. J’ai été sensible aux personnages, à l’histoire et à ce final qui m’a retournée littéralement les tripes. Une explosion honnête de portraits authentiques, de vies arrachées au lance-pierre, poussés sur ce chemin sinueux et alambiqué. Un uppercut qui coupe le souffle !

 

A découvrir absolument !

J’ai souvent voulu rentrer au ranch, mais malgré tous mes efforts je n’y suis jamais arrivé.

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA