DE L’OR DANS LES COLLINES, un roman de C. Pam Zhang.

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Western

Éditions Seuil – Collection Cadre Vert

Traduction de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude
#Babelio

Au crépuscule de la ruée vers l’or, deux sœurs traversent les États-Unis avec les restes de leur père et un fusil pour tout bagage…
Lucy et Sam, filles d’immigrants chinois, sont désormais orphelines.
Ma est partie depuis un moment, Ba vient de mourir dans la nuit. Les deux fillettes livrées à elles-mêmes entament alors un long périple au cœur d’une nature inhospitalière, peuplée d’individus agressifs et souvent racistes, à la recherche de l’endroit idéal pour enterrer leur père. L’une est raisonnable et avide de connaissances, l’autre arbore et assume une identité de garçon, refusant de se plier aux règles du monde. Très vite hors-la-loi dans un univers qui ne veut pas d’elles, Lucy et Sam vont se confronter au rêve amer de l’Ouest américain, portées par leur imaginaire où se mêlent tigres et bisons géants.
C Pam Zhang est née en 1990 à Beijing, en Chine, puis est arrivée aux États-Unis à l’âge de quatre ans. Elle a étudié à la Brown University, à Providence et à Cambridge. Ses nouvelles ont paru dans The New Yorker, The New York Times, McSweeney’s Quaterly, Best American Short Stories, entre autres. Son premier roman, De l’or dans les collines, a été nominé dans plus de dix prix littéraires aux États-Unis, dont le Booker Prize, et a déjà été traduit dans dix-sept pays.

 

Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2022
336 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

C Pam Zhang nous entraîne au cœur d’un western complexe et multiculturel. Sam et Lucy sont les dignes héritières d’un passé houleux et tu. Façonnées par la vie sauvage et dure des contrées de l’ouest, à roulotte, sur une mule ou un cheval, dans des cabanes insalubres, elles se sont construites sur des légendes où le courage et la valeur de l’homme prédominent. Ba et Ma, mutiques sur leur origine, sur leurs passés respectifs, construisent la vie de leurs filles sur ces non-dits. Lucy est intelligente, belle. Sam est devenu par la force de la vie, un garçon manqué. Leurs vies prennent deux chemins différents. L’une veut de l’or, l’autre la reconnaissance.

 

Terres désolées, assoiffées, noires, sèches, rudes aux couleurs de l’or, celui tant cherché, convoité, source de toutes les violences commises par l’homme. Ces terres voient défiler ces deux sœurs décharnées à la recherche de la terre promise, du signe, qui leur permettra de mettre en terre leur père. Des pas, des milliers de pas, le ciel, le soleil sans pitié, le vent murmurant, témoins d’une agonie, d’une souffrance silencieuse. Une quête qui les portera au-delà de cette misérable errance. L’une découvrira la richesse du paraître l’autre celle laborieuse et dérobée.

 

Et tel un cercle vicieux va leurs vies emprisonnées par leurs choix et leurs passés. Un lourd héritage silencieux trimballant l’oubli, le désœuvrement, l’égoïsme.

 

Ce roman m’a totalement déstabilisée notamment par sa construction et sa forme. L’écriture rude, franche, saccadée confère un style atypique. Mais au travers de cette rigueur, il y a cet amour camouflé, bienveillant qui s’est malheureusement perdu en route. J’ai adoré ces longues envolées où la nature est au cœur de la description. Cette longue lettre d’amour murmuré par le vent. Cette eau torrentielle aboutissant tout espoir. Cette terre brûlante discriminatoire aux reflets d’or. Et ce feu grondant dans les veines de ces jeunes filles.

 

Ce roman est vraiment grandiose.

LE VALLON DES LUCIOLES, un roman de Isla Morley.

Chargées de secrets et de désirs, leurs ombres sont plus gracieuses que des créatures célestes.


1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.
Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt. Il n’en faut pas plus pour qu’ils partent à leur rencontre, dans l’espoir de trouver un sujet passionnant.
Ce qu’ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l’objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d’un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.
Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.
Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d’amour et un hymne à la différence.

L’AVIS DE LILIE
Lorsque j’ai lu le quatrième de couverture, j’avoue avoir été très intriguée. Maintenant que j’ai terminé cette lecture, j’avoue que je ne pensais pas ressentir autant d’émotions et avoir autant d’empathie pour les différents protagonistes.
Nous faisons ici connaissance avec Havens et Massey, un photographe et un journaliste envoyés par une agence gouvernementale dans les Appalaches. Arrivés là-bas, ils apprennent l’existence d’une famille mise à l’écart car deux de leurs enfants sont bleus. Intrigués, les deux amis se rendent là-bas pour décrocher un scoop… Mais est-ce cela qu’ils vont découvrir ? Cette rencontre va-t-elle bouleverser seulement leurs carrières ou leurs vies entières ?

Quand ils arrivent dans les Appalaches, Havens et Massey sont au point mort au niveau professionnel. Tandis que Massey rêve de faire la une des grands quotidiens, Havens semble désintéressé par tout et il semble n’avoir plus aucune perspective….Sa rencontre avec Jubilee, la fille « bleue » va lui ouvrir les yeux et lui redonner un but dans la vie. Contrairement à Massey, il se contente de peu mais veut surtout vivre en accord avec lui-même. J’ai trouvé l’évolution de Havens assez intéressante car derrière son apparente indifférence se cache un homme observateur et préoccupé par les autres. Jubilee, elle, ne sait pas si elle peut faire confiance à cet inconnu avec qui elle se sent si bien. Échaudée par le regard des autres et par toutes les paroles entendues à l’encontre des personnes comme elle, elle a appris à se faire discrète et à se fondre dans le décor pour ne pas faire de vagues. Son frère Levi, très protecteur, atteint du même mal qu’elle, va lui aussi essayer de trouver sa place dans ce monde qui ne veut pas d’eux.
J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman. J’ai trouvé la plume de l’autrice très belle, poétique, et assez envoûtante. On est en totale immersion au creux du Vallon des Lucioles et j’ai beaucoup souffert au côté de ses habitants, pointés du doigts car coupables d’être différents. Ce récit dénonce les ravages du racisme et montre les dérives liées à la peur des autres et de l’inconnu. De tout temps, aux USA comme ailleurs, les personnes qui n’entrent pas dans les cases sont mises au banc de la société. Là, c’est encore une fois la couleur de peau qui dérange et qui effraie. L’autrice dénonce cela avec force et essaie de faire passer un message de tolérance à travers cette histoire assez incroyable et méconnue. Elle a ajouté à l’intrigue une romance qui m’a touchée même si, par moment, j’aurais aimé secoué les personnages pour qu’ils agissent, au lieu de trop réfléchir.
Pour conclure, « la vallon des lucioles » est une très belle découverte et je remercie chaudement Babelio et les éditions du Seuil.

 

L’AVIS D’ESMERALDA
Comment ne pas craquer en voyant cette couverture. De la douceur à profusion, ces petites lucioles traçant ce chemin, cette plume symbole de liberté également et d’emprisonnement. Premier roman traduit en France d’Isla Morley, LE VALLON DES LUCIOLES plaira à un grand nombre d’entre vous.

 

Direction les Appalaches, une petite ville qui se prénomme Chance, longeant la voie ferrée. 1937, nouveau Krach boursier de Wall Street, plongeant des milliers de gens dans la misère, et ces petites villes qui vivotent dans une ambiance ségrégationniste. Un contexte géo-politique non négligeable et qui met en lumière les mœurs des personnages.

 

Havens et Massey, deux acolytes roulant leurs bosses ensemble depuis quelques années déjà. Havens, photographe, a été primé par le célèbre prix Pulitzer et Massey, journaliste, écrit des piges ici et là sans véritablement percé. Envoyés par le gouvernement afin de dépeindre les habitudes des habitants vivant dans les territoires les plus reculés, ils prennent leur mission très à cœur. Un premier contact à chaud dans un bar miteux dévoile un surprenant événement « la chasse au raton bleu ». Intrigués les voici en quête d’informations concises. De fil en aiguille les voici sur un chemin poussiéreux à la recherche d’une communauté isolée qui pourra répondre à leurs questions. Un pas après l’autre, après s’être éloignés du chemin et certainement perdus, les voici face à une sublime créature. Une jeune femme bleue. Estomaqués, ébahis, ils la poursuivent, comme ces chiens affamés grognant derrière leur os. Malencontreusement, Havens se fait mordre par un serpent. La jeune femme cachée afin de les observer, vient à son secours. C’est ainsi qu’ils rentrent au sein de cette communauté surprenante.

 

En convalescence, Havens fait la connaissance de Jubilee, la jeune femme bleue. Totalement hypnotisé par la belle, au fil des jours, une jolie relation naît entre eux. Elle lui fait découvrir la nature et les oiseaux, escapades propice au renouveau et à la libération des chaînes entravant Havens. Lui, lui parle du monde extérieur. Deux belles âmes qui s’épanouissent à leur contact et qui désirent secrètement évoluer vers un autre chose. Alors que Massey se fait les crocs sur cet article qu’il désire faire paraître à leur sujet (du grand n’importe quoi), Havens découvre cet havre de paix. Et puis les vieilles querelles, des amours interdits, des non-dits, la colère et la haine, jaillissent sur le vallon laissant dans son sillage des traînées de sang, des cris et des larmes. La mort, l’abandon, la peur plongent la communauté au cœur d’un sombre avenir.

 

Jubilee est d’une douceur bienveillante, de celle que l’on aimerait côtoyer tous les jours. Sa couleur de peau est une énigme, voire une malédiction. Elle connaît les conséquences de son exposition, la méchanceté des gens, les insultes, les humiliations. Elle aimerait tant découvrir autre chose, sortir du vallon malgré les risques, se prouver que sa couleur ne la définit pas. Par un malheureux concours de circonstances elle va tout découvrir sur sa couleur. Une seconde vie s’offre à elle, mais sera t-elle toujours la Jubilee « bleue » qui aime virevolter dans la nature, soigner les oiseaux, et vivre dans l’insouciance ?

 

Isla Morley nous propose un roman où le thème soulevé par son histoire est encore et toujours aux États-Unis d’actualité. La ségrégation raciale fait toujours des ravages. Tiré d’une histoire réelle, Isla Morley empreigne ses mots d’une force à la fois magnifique et douloureuse. Une première partie latente afin de poser les bases de l’histoire et de mettre en lumière tous les personnages. Et une seconde partie totalement différente, où les émotions vous capturent sans plus vous lâcher avant le point final. Une légère touche de romance s’installe, adoucissant et contrebalançant la cruauté humaine. L’auteur insuffle cette lueur d’espérance au cœur des ténèbres et de la destruction. Un roman envoûtant tant par ses personnages que la thématique. Une histoire comme c’est si bien écrire les américain.e.s sur un sujet qui leur tient tant à cœur. La note atypique à ce roman est ce bleu mais dont je suis sûre vous allez tomber amoureux.ses. C’est le genre de roman qui a véritablement vocation à être adapté pour le petit écran.