SOIXANTE PRINTEMPS EN HIVER, une bande dessinée de De Jongh et de Chabbert.

BANDE DESSINÉE

Éditions Dupuis – Collection Aire Libre


Le jour de son 60e anniversaire, Josy refuse de souffler les bougies de son gâteau. Sa valise est prête. Elle a pris une décision : celle de quitter mari et maison pour reconquérir sa liberté en partant avec son vieux van VW ! Sa famille, d’abord sous le choc, n’aura dès lors de cesse de la culpabiliser face à ce choix que tous considèrent égoïste. Josy va heureusement tenir bon, trouvant dans le CVL (« Club des Vilaines Libérées ») des amies au destin analogue et confrontées à la même incompréhension sociétale…
Mais cela suffira-t-il pour qu’elle assume sa soif d’un nouveau départ ? Et qu’elle envisage peut-être même un changement d’orientation sexuelle ? Oui, si l’amour s’en mêle. Ou pas…
Aimée De Jongh et Ingrid Chabbert composent la peinture subtile, touchante et moderne d’une crise de la soixantaine au gré d’un road movie impossible à lâcher avant sa conclusion. Un « Aire Libre » surprenant, osant traiter le tabou du changement de vie et d’orientation sexuelle…

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
120 pages
Disponible au format cartonné et numérique

 


MON AVIS

Vivre une crise existentielle, à n’importe quel âge, est une expérience difficile. Ne pas se sentir à sa place, tout remettre en question, disparaître dans cette routine quotidienne, certes apaisante, mais qui détruit inlassablement notre moi. A soixante ans, une vie entière a défilé. Prendre le courage à deux mains et dire stop est un moment fort émotionnellement et libertaire. Enfin s’écouter et continuer son chemin seule où les attentes deviennent des expériences magnifiques.

 

Prendre la route n’est pas synonyme de fuir mais prendre sa vie en main. Écouter le silence pour se s’apprivoiser à nouveau, avancer et découvrir d’autres personnes. Un chemin jugé, trop souvent, par l’entourage, dénigré.

 

De Jongh et Chabbert tracent à coup de crayons et à l’aide de mots humains et émouvants, le parcours d’une femme, d’une nouvelle femme. Entre émotions, sensibilité, découverte, cris, larmes et rires, Josy est un personnage moderne, iconique. J’ai vraiment été séduite par le scénario. Le style des illustrations n’est pas à mon goût mais j’ai tout de ressenti toutes ces émotions qui s’entrechoquent et qui servent l’histoire avec humilité.

 

Une bande dessinée engagée et terriblement humaine.

PIGALLE, 1950 une bande dessinée de Arroyo et de Christin.

POLICIER

Éditions DUPUIS – Collection Aire Libre


Antoine, dit « Toinou », décide de plaquer son Aubrac rural pour le Paris rutilant des années 1950. À 18 ans, il découvre avec stupéfaction les charmes de Pigalle, en particulier ceux des danseuses du cabaret « La Lune Bleue », dans lequel il va travailler. Pris sous l’aile du patron, « le Beau Beb », il va ainsi faire la rencontre de personnages hauts en couleur tels que « Pare-brise », le comptable, « Poing-barre », le videur, ou encore Mireille, la vendeuse de cigarettes…
Mais à trop fréquenter le monde de la nuit, le naïf jeune homme va vite se retrouver plongé dans de sombres histoires de grand banditisme, dont la violence va profondément changer son existence… Toinou brûlera-t-il son innocence à la lumière enivrante de sa nouvelle vie ?
Un grand album « Aire Libre » signé Christin et Arroyo, entre polar et évocation nostalgique du Paris éternel.

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
152 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

L’après-guerre, les campagnes qui se dépeuplent attirées par les villes où la fortune sourit aux plus malins. Les conditions rudes de l’Aubrac l’ont poussé vers Paris où il rejoint son oncle qui pourra l’héberger et lui donner un travail. Il découvre un Paris vivant et fourmillant, une ville cosmopolite, Pigalle et ses spectacles. Peu à peu il s’impose à « la lune Bleue », cabaret renommé. Il y devient l’homme à tout faire. Mais très vite il découvre l’envers du décor. Le banditisme, les manipulations, les complots, l’argent. A cause de son air campagnard, il tombe rapidement dans des mains peu scrupuleuses, lui coûtant son grand amour.

 

Un scénario tout aussi passionnant que déroutant. La vie d’un simple jeune homme qui finalement n’a rien demandé se retrouve au pire moment au mauvais endroit. Portrait de la douce folie d’un monde libéré. Entre manigance et charme, Pigalle, quartier exubérant où tout le gratin se retrouve et manigance. J’ai beaucoup apprécié le scénario et surtout les illustrations qui dans leurs grandes simplicités touchent et bouleversent. Les émotions fleurissent ici et là tout au long des planches. Tel un diaporama, l’histoire se vit avec une belle intensité. Les illustrations dichromes confèrent ce style vintage atypique.

 

Une histoire émouvante portée par un personnage captivant et des illustrations magnifiques. Quel travail !

DJANGO MAIN DE FEU de Efa et Rubio.


Django Reinhardt est une légende. Mais Django ? « celui qui réveille » ? est aussi né deux fois. Une première fois dans la neige, durant l’hiver 1910 dans une famille de nomades stationnée à Liberchies, en Belgique. La seconde à Saint-Ouen, près de Paris, à l’automne 1928, quand l’incendie de sa caravane lui mutila la main gauche.
Le scénariste Salva Rubio et le dessinateur Efa avaient déjà signé ensemble un remarquable biopic sur Monet en 2017, rendant hommage à l’obsession du peintre pour la lumière. De même, ce biopic consacré à la jeunesse du musicien prodige met en scène la passion et l’obstination de celui qui s’est toujours considéré comme le plus grand guitariste du monde. Dans ce récit-partition, en découpant les cases comme des accords, le dessinateur anime la romance d’une vie en vibrations aquarellées pour mieux accompagner le cheminement musical et technique de l’inventeur du jazz manouche. De la musette au jazz, du violon au banjo puis à la guitare, la destinée de Django est celle de sa main de feu, habitée par le « duende » qui brûle dans l’âme du musicien manouche. Celle d’un miraculé qui renaît de ses cendres, plus éblouissant que jamais. Musique !

 
Django Reinhardt est une légende. Celle qui se murmure au coin de feu, celle qui s’écoute au son des guitares, celle qui illumine tout un peuple. Une légende qui vogue au grès des vents éternels.
Si nous connaissons la figure emblématique du jazz manouche, son enfance, celle qui a façonné l’homme, est plus discrète. Une enfance sur les routes à voguer de villes en villes où spectacles et autres joyeuseries remplissent les ventres. Roulottes brinquebalantes et un amour pour la liberté suffissent à simplement vivre. Django grandit et son amour pour la musique devient plus impérieux. Le violon ne le suffisant plus, il veut à tout prix un banjo qui lui est refusé. Django, garçon turbulent et les idées bien en tête, joue les perturbateurs au grand dam de sa mère. Il se révolte peu à peu. Sa mère décide alors de lui offrir ce banjo qui calme les tensions. Il revit et très vite devient un musicien hors norme. S’ensuit ensuite de nombreuses  péripéties dont le plus grave sera l’incendie de sa roulotte où il perd l’usage quasi complète de sa main gauche. Mais Django est un homme têtu et acharné, il n’abandonnera jamais la musique.

 

Salva Rubio décrit avec malice et parfois espièglerie, la vie d’un enfant atypique qui fera fi de toutes les difficultés dressés sur son chemin. Un scénario qui retrace les moments clés d’une vie qui se révélera hors norme. De cases en cases, la musique en fond sonore, Rubio lève le brouillard sur ce petit homme devenu grand. Sublimée par le pinceau de Efa, cette biographie est vraiment magique et magnifique. Sans outre passer les éléments et les documents de recherche, le duo d’artistes a su mettre en exergue les moindres détails.

 

DJANGO MAIN DE FEU est une de ces biographie graphiques qui font voyager avec aisance et curiosité les lecteurs dans la vie d’un homme en devenir.

 

Une chronique de #Esméralda
Source dupuis.com