LE PARFUM DES CENDRES, un roman de Marie Mangez.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Finitude

Sélections #68premieresfois

Les parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner n’importe quelle personnalité grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe tous les jours dans son métier ­d’embaumeur.

Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde qui s’intéresse à son étrange profession. Pour elle, Sylvain lui-même est une véritable énigme: bourru, taiseux, il semble plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Elle sent qu’il cache quelque chose et cette curieuse impénitente veut percer le mystère.
Doucement, elle va l’apprivoiser, partager avec lui sa passion pour la musique, et comprendre ce qu’il cache depuis quinze ans.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
240 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman qui fleure bon. Sylvain Bragonard a le nez délicat, finement délicat. Son rêve devenir parfumeur mais une terrible tragédie à contrebalancer ses espoirs il y a de cela quinze ans. Sylvain Bragonard n’a jamais été un jeune homme expansif et son métier d’embaumeur colle parfaitement à sa personnalité effacé, taciturne. Elle est arrivée et du jour au lendemain son quotidien s’est transformé. La belle Alice et son air taquin et ses yeux qui dévorent tout. Sa liberté titille cette morosité, cette âme en peine. Une collision sensorielle et quelque peu envahissante.

 

Alice et Sylvain sont deux antonymes. L’une libre et l’autre enfermé dans ses souvenirs destructeurs. Lui tend à redonner un semblant de vie à coup de reniflement et l’autre la dévore voracement et l’observe. Entre parfums et souvenirs, les pensées se délitent et les mots surgissent maladroits, fébriles. Marie Mangez narre la vie à coup de pschitt. Une ode terriblement émouvante et douloureuse. Elle aspire les souvenirs et les désirs les confrontant à cette réalité morbide. Une quête de rédemption comme ultime héritage à un passé qui s’accroche jalousement. J’ai apprécié la délicatesse de la plume gourmande de l’auteure. Généreux, farouches, timides, les mots s’envolent et viennent percuter le lecteur. J’ai regretté de ne pas pouvoir associer aucune senteur à un souvenir, ou une idée, à quelque chose de concret. 

 

 

En bref :
– Un roman poétique qui rend hommage à la vie et à la mort
– Un bouquet floral aux douces couleurs
– Des personnages antonymes et terriblement attachants
– Une écriture sensible
 
Une très belle découverte dépaysant et qui m’a sorti de mes sentiers battus Je suis ravie 🙂
L’avez-vous lu ?

FELIS SILVESTRIS, un roman de Anouk Lejczyk.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Du Panseur

#68premieresfois

Sans crier gare, Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destruction.
Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c’est sa soeur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ?
 
Entre les quatre murs d’un appartement glacial, chambre d’écho de conversations familiales et de souvenirs, une jeune femme tire des fils pour se rapprocher de Felis – sa soeur, sa chimère. Progressivement, son absence devient présence ; la forêt s’étend, elle envahit ses pensées et intègre le maillage confus de sa propre existence. Sans doute y a-t-il là une place pour le chat sauvage qui est en elle.

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
192 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman bien étrange. Étrange dans le sens où je ne pense pas avoir saisi l’idée générale du livre et/ou, au moins, il ne m’a pas atteint.

 

Felis Silvestris, de son nom plus commun, chat sauvage, est le nom que cette fille s’est donné en arrivant dans cette forêt, lieu de rébellion contre un monde capitaliste destructeur. Des anonymes parmi des anonymes, ensemble contre l’évidence. Communauté bienveillante, chaleureuse bon enfant où les départs et les arrivées rythment un quotidien difficile.

 

Elle est arrivée par le plus grand des hasards. Une route qu’elle a suivi parmi tant d’autres qu’elle emprunte depuis un certain temps laissant derrière elle, sa mère, son père et sa sœur.

 

Est ce que la forêt sera le catalyseur de ses craintes et de ses peurs ? Se trouvera t’elle finalement ?

 

La narration vogue entre son point de vue et celui de sa sœur, entre passé et présent, entre angoisses et réalités. Le rendu est quelque peu extravagant et curieux. L’une devient l’autre et vice versa. Une frontière floue qui m’a beaucoup interrogée sur l’existence véritable de deux sœurs. J’ai eu l’impression de naviguer en plein dans un rêve. Je ne sais pas si c’est l’effet recherché ou si c’est moi qui suis bizarre. Quelques jours après avoir refermé ce roman, je pensais avoir, peut être un déclic, et me dire d’accord j’ai enfin compris. Et bien non ! Je n’ai pas su saisir le sens de ce roman, le lien avec la nature, le lien avec la réalité de notre société. Je n’ai pas su être sensible à la subjectivité qui découle et surtout m’en saisir. C’est embêtant. Je m’attendais à un natur writing, mais je me suis retrouvée face à un portrait alambiqué d’une jeune femme qui se cherche inlassablement. Est ce que l’auteure cherche a déstructuré la nature humaine façonnée par l’industrialisation pour la remodeler plus proche de la nature ?

 

Certes je nage en eau trouble mais je dois avouer que la plume de l’auteure est d’un naturel envoûteur. Une plume poétique qui sait saisir l’instant T, celui de la douleur, de la peur et du bonheur.

 

En bref :
– Une narration semant le doute et le trouble
– Une histoire à laquelle je n’ai pas su donner un sens
– Une plume poétique et sensible.
 
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
LECTURE 3/22

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE, un roman de Amina Damerdji.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

#68premièresfois


« Je ne peux pas dire que nous ayons pris les armes pour ça. Bien sûr que nous voulions un changement. Mais nous n’avions qu’une silhouette vague sur la rétine. Pas cette dame en manteau rouge, pas une révolution socialiste. C’est seulement après, bien après que, pour moi en tout cas, la silhouette s’est précisée. »
.
Cuba, juillet 1980. En cette veille de fête nationale, Haydée Santamaría, grande figure de la Révolution, proche de Fidel Castro, plonge dans ses souvenirs. À quelques heures de son suicide, elle raconte sa jeunesse, en particulier les années 1951-1953 qui se sont conclues par l’exécution de son frère Abel, après l’échec de l’attaque de la caserne de la Moncada.
L’histoire d’Haydée nous plonge dans des événements devenus légendaires. Mais ils sont redessinés ici du point de vue d’une femme, passionnément engagée en politique, restée dans l’ombre des hommes charismatiques. Ce premier roman offre le récit intime et pudique d’une grande dame de la révolution cubaine gagnée par la lassitude et le désenchantement, au seuil de l’ultime sacrifice

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
320 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

L’histoire de Cuba m’est totalement inconnue. A part la crise des missiles et Fidel Castro, l’île reste pour moi une vaste idée. Je n’ai aucune notion de politique et de sociologie. Ce récit romancé ne fait ni l’apologie et ni la critique d’un régime quelconque. Il met en exergue la vie d’une femme hors du commun qui a été au cœur de la révolution.

 

Haydée Santamaria est la fille aînée d’une famille qui n’a pas été dans le besoin. Sa mère l’a élevée dans l’idée même qu’elle serait l’épouse et la mère parfaite. Mais Haydée voit sa vie autrement. Lorsqu’elle rejoint son petit frère à La Havane, son quotidien va changer. De nature timide et introvertie, Haydée écoute volontiers ses camarades s’exprimer. Plusieurs événements lui forgent le caractère et la poussent enfin à livrer ses idées et ses convictions qui la porteront, avec ses ami.e.s et son frère, à cette date fatidique, le 26 juillet 1953.

 

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE est un roman bouleversant. Le parcours de cette femme est hors norme. Elle fait figure de résistante, de rebelle et de féministe. Sa vision est assez moderne pour l’époque où la femme est considérée, encore, comme un être inférieur. Sa prise de position est audacieuse et ses camarades lui vouent un respect notable. Ce roman est un legs de souvenirs douloureux comme heureux. Un héritage lourd et pourtant essentiel dont le seul but est l’évolution de la société et des mœurs. Amina Damerdji m’a plongée avec une aisance particulière dans une vie tumultueuse et dure. Tout est d’une honnêteté déconcertante. Je n’ai pas eu l’impression que le récit est fardé ou filtré en tout cas il est apolitique et c’est le point que j’ai apprécié. Le lecteur assiste à la naissance du mouvement révolutionnaire qui porte ses idéaux avec fougue et passion. Les erreurs sont nombreuses et les conséquences détestables mais l’optimisme d’un monde meilleur les porte.

 

Un récit riche en émotions et il aura fallu juste la dernière phrase pour en mesurer toute l’ampleur et le sacrifice incommensurable.
 
En bref :
– Un récit romancé sur une figure emblématique et féministe de la révolution cubaine
– Un testament puissant
– Un héroïne hors du commun
– Un roman bouleversant
 
Un très joli coup de cœur pour cette lecture portée par une plume chargée d’émotions et d’humilité. 

 

Avez-vous envie de le découvrir ?
LECTURE 2/22

JOUR BLEU, un roman de Aurélia Ringard.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Frisson Roche Belles-Lettre – Collection Ex Nihilo

Les 68 premières fois

Une femme a rendez-vous avec un homme en gare de Lyon. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Cela fait trois mois qu’ils se sont rencontrés. Trois mois au cours desquels ils ne se sont pas vus. Elle a décidé de venir très en avance, de prendre ce temps de l’attente, assise au café. Le hall de la gare revêt l’allure d’une salle de spectacle, d’une pièce de théâtre où chaque personnage qu’elle croise la renvoie à ses propres souvenirs, aux moments clefs de la trajectoire qui l’a menée jusqu’ici et qui a façonné le décor de sa vie.
Dans ce premier roman, Aurélia Ringard décrit avec minutie une poignée d’heures de la vie d’une femme, dans un huis clos magistral, époustouflant de maîtrise et de mélancolie.

 

Ma note : 3/5
2021
164 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Elle, dans ce café attendant l’amour en devenir, attendant l’indicible et l’impalpable. Assisse, elle observe, elle se souvient. De son enfance, de son adolescence, de ses rêves, de ses peurs, de ces trains qu’elle a pris de nombreuses fois, de ses voyages, de ses aspirations, de son frère, de sa mère, de son père. Une douce parenthèse, une pause, au cœur de la vie trépidante, folle. Elle note, elle divague, elle digresse. Elle rit, elle pleure, elle sourit.

 

Et puis il y a Lui. L’artiste au doux sourire. La flamme dans les yeux, celle qui consume les assoiffés, les affamés, les créatifs. Elle y voit la vie ardente, passionnée, douce, protectrice.

 

Triste et mélancolique, la plume d’Aurélia Ringard explore la vie avec grand fracas. « Narratrice chaotique » elle entame une rétrospective. Vacillant entre passé et présent, l’auteure emprunte le chemin délicat de l’introspection. Une narration à double temps qui use du « je » et du « elle » conférant ainsi au récit une dimension difficilement appréhensible.

 

L’alchimie n’a tout simplement pas fonctionné, à mon grand désarroi. J’ai eu beaucoup de mal à plonger dans le récit. L’alternance de la narration y est pour grand-chose. Et puis c’est tellement triste. Alors qu’à l’heure actuelle j’ai besoin de lectures chaleureuses, exubérantes. 

 

En bref :
* une plume poétique et chargée en émotions
* une histoire chaotique à l’image du style narratif
Ma première rencontre avec les livres de la sélection 2022 des 68 première fois n’a pas été aussi idyllique que je l’espérais. 

 

Un roman qui pourra vous séduire, enfin je l’espère vivement.

 

Lecture 1/22 de la saison 2022

LES MONSTRES, un roman de Charles Roux.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Rivages

Dernière lecture de la saison 2021 des #68premièresfois


Lors d’un diner-spectacle dans un restaurant tenu par une sorcière, au coeur d’une ville de béton sur laquelle plane une menace invisible, un homme et une femme se rencontrent.
Dans ce premier roman plein d’audace, conçu comme un cabinet de curiosités littéraires, Charles Roux explore, à travers un jeu subtil de métaphores et de travestissements, le fascinant mystère de l’identité.
Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2021
605 pages
Disponible en numérique et broché


MON AVIS

Les avis de la communauté des 68 premières fois étaient tous divergents à son sujet. Il fallait attendre ce fameux repas pour apprécié sa lecture. Et bien que nenni ! Je fais partie de la team qui a adoré et ce, dès les premières pages.

 

Un style hors du commun qui m’a enchantée dès les premiers paragraphes. Un style inimitable qui peut hérisser le poil de certain ou éprouver au contraire une fascination sans limite. Charles Roux m’a plongée au cœur d’un univers où curiosité rime avec exploration de soi et des sens. Un monde en déclin où la violence gronde la nuit venue. Elle s’étend sur la capitale, emprisonne les esprits, en délivre d’autres. Dans ce chaos il y a : vous, tu et il/elle.

 

Vous, Alice, professeur d’histoire-géographie est un monstre. Une femme difforme, sans charme, ni caractère. Une vieille fille martelée par ses angoisses. Un monstre qui fabrique des monstres en glaise.

 

Tu, David, un père infâme mais aimant, un mari volage qui aime se détruire à petite dose. Chaque jour est un cauchemar de plus et ton monstre s’empare de toi davantage te plongeant au cœur de tes abysses.

 

Il/Elle, Dominique, aimant créer ses monstres de toutes pièces. Philtres à gogo, sous-sol mystérieux où se terrent une collection atypique et un restaurant révélateur, scène d’une vérité salvatrice.

 

Charles Roux explore avec imagination ce qui nous caractérise. Inconscience et conscience s’affrontent démêlant le vrai du faux, suggérant, doutant, se questionnant autour de sujets essentiels. Qui sommes-nous réellement ? Quelle importance donnons-nous au regard de la société ?  Sommes-nous des produits, des monstres de la société et crées par elle ? Tout autant de questions qu’abordent les personnages à tour de rôle et tendent à y donner une réponse, un sens. J’ai beaucoup apprécié le style de lecteur qui n’hésite pas à changer de style narratif qu’il a associé à une personnalité en particulier. Un changement qui coupe la chique aux premiers abords mais qui donne au texte une architecture aux aspérités dissonantes et malléables. J’ai cette impression que le texte bouge sans cesse ne s’arrêtant pas à une configuration stricte et figée. L’effet est marquant et j’ai accroché dès le départ. Le scénario est très intéressant dans la manière dont l’auteur traite son sujet et développe tout autour un questionnement emmenant vers des réponses dont le lecteur et la lectrice, à sa convenance, peuvent se saisir. Un récit haut en couleur qui m’a fait passer un excellent moment de lecture.

 

Une lecture que je vous recommande chaudement !

 

BÉNIE SOIT SIXTINE, un roman de Maylis Adhémar.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Julliard

Une lecture des #68premièresfois

Pour Sixtine, l’avenir était tout tracé. Enfance très pieuse dans une famille catholique traditionnelle, études d’histoire de l’art, un beau mariage : elle sera bientôt Mme Sue de La Garde, appelée à enfanter de nombreux héritiers… Dès la nuit de noces, Sixtine déchante.
Mais elle est enceinte, et c’est tout ce qui compte.
Cependant, l’intégrisme de son époux polytechnicien, de sa belle-famille, pèse de tout son poids sur la jeune femme. Souffrir. Enfanter dans la douleur. Et se taire… Jusqu’à la tragédie. Comment s’émanciper de ce carcan mortifère? Sinon par un long et lumineux chemin de croix ?

 

Ma note : 4,5/5
2020
304 pages
Disponible en poche, broché et numérique

 

 


MON AVIS

Sixtine a grandit au sein d’une famille ultra religieuse. Une communauté fermée et très rigoureuse, rythmée par les prières, les rosaires et où les femmes enfantent à tout va dans le seul but d’agrandir la communauté et leur pouvoir au sein de la société.

 

Sixtine rencontre Pierre-Louis lors d’un mariage. Une idylle foudroyante et rapide qui se termine quelques mois plus tard part un mariage dans les règles de l’art. Débute ainsi sa nouvelle vie de femme mariée. Tenir la maison, participer aux rencontres de la communauté et attendre leur premier enfant. Une grossesse extrêmement difficile pour Sixtine qui se sent rabaisser par les paroles infâmes de sa belle-mère. Elle doute d’elle et s’en remet à Dieu pendant de longs rosaires censés l’absoudre de ses mauvaises pensées. Le couple bat rapidement de l’aile. Elle découvre que Jean-Louis fait d’une branche radicalisée du mouvement et qu’il s’adonne à des raids sanglants. Elle remet tout en cause, sa place au sein de la communauté, sa croyance, leur combat et sa foi. Sixtine prend toute la mesure de l’emprise psychologique de la communauté lorsque sa belle-mère lui enlève son bébé.

 

Ainsi débute, pour elle et son bébé (récupéré entre temps), un exil salvateur dans un petit village bienveillant. Elle y rencontre l’autre côté, le diable, les tentations, l’amitié, l’abondance de l’alcool, de la drogue. Sans toutefois y plongée, elle découvre l’abnégation et la tolérance. Elle apprend à connaître de merveilleuses personnes. Malgré des premiers pas hésitants, des maladresses et des fautes, Sixtine découvre l’immensité d’un monde d’une beauté étrange. Elle ne réprouve pas sa foi mais elle apprend à être modéré auprès d’un curé bon-enfant.

 

Entre sectarisme et manipulation psychologique, ce roman nous entraîne dans un sujet loin d’être simple. J’ai suivi avec curiosité cette fuite m’attardant sur l’aspect psychologique de Sixtine qui est étoffé et méticuleusement décrit. La détresse, la douleur, l’espoir, l’attente, la peur sont parfaitement mis en exergue. Une quête difficile vers une liberté qui malgré tout coule dans ses veines depuis toujours. Tout au long de ce récit des lettres familiales apparaissent et nous apprend beaucoup de choses. Maylis Adhémar nous offre un roman puissant où les liens, la manière de vivre et inculqué depuis toujours, sont d’une manière (presque) irrévocable. Un endoctrinement puissant qui m’a filé les frissons. La question que je me suis sans cesse posée : jusqu’à quel point les manipulations psychiques peuvent endormir et modeler une personne à volonté ? Et la réponse qui m’a apparu clairement et qu’il n’y a aucune limite ! Un roman choquant mais offre une lumière potentielle au bout de ce tunnel (sans fond). Une lumière qui s’appelle liberté et qui malgré toutes les douleurs encourues, elle vaut le coup. Sixtine est une personne admirable qui a suivit son instinct maternelle et malgré la peur de l’inconnu et de son appréhension a su dépasser toutes ses limites. Un roman enchanteur et qui prouve sans relâche que l’emprise mentale peut être défaite et au delà de ça que la vie existe en dehors de ce voile mortuaire.

 

 

LES NUITS D’ÉTÉ, un roman de Thomas Flahaut.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions de l’Olivier

#68premièresfois


Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance.
À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies.
L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés.
 
 
L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Suisse.
Ces enfants des classes populaires aspiraient à une vie meilleure. Ils se retrouvent dans un monde aseptisé plus violent encore que celui de leurs parents. Là, il n’y a plus d’ouvriers, mais des opérateurs, et les machines brillent d’une étrange beauté.
Grande fresque sur la puissance et la fragilité de l’héritage social, Thomas Flahaut écrit le roman d’une génération, avec ses rêves, ses espoirs, ses désillusions.

 

Ma note : 4/5
2020
224 pages
Disponible en numérique et en broché

 


MON AVIS

Thomas, Louise et Mehdi sont des enfants de la classe ouvrière. Des pères quasi absents, ouvriers de toujours, l’usine c’est une vie, une vie entière. Celle qui préoccupe, celle qui use, celle qui distille un poison sournois, celle qui brise, celle qui n’amène que désolation. Thomas, Louise et Mehdi ont vu l’usine prendre la moindre parcelle de leurs pères. La maladie, l’alcool pour oublier la dureté de l’usine. Mais lorsqu’on est enfant l’usine se concentre sur le quartier dans lequel on grandit. Un ghetto où la détresse se mesure aux rires des enfants.

 

Thomas, Louise et Mehdi ont grandit avec l’idée que l’usine n’était pas leur avenir. Un rêve illusoire tristement rattrapé par la réalité. Mehdi y travaille l’été depuis sept années. Thomas la rejoint après avoir raté ses études. Louise, étudiante, prépare sa thèse sur les ouvriers frontaliers.

 

Elle est là, partout, filigrane visible dans les corps et les cœurs. L’usine happe, alpague, maintient, enserre, noie. L’usine c’est un monde violent, répétitif. Un monde de chiffres, de bruits, de regards en coin, de regards triste. Un monde solitaire où le corps est mis à contribution, où la nuit désolidarise. Un monde où la vitesse, l’alcool deviennent cette liberté fugace et où l’amour est un doux éphémère.

 

Thomas Flahaut parle de la brutalité du monde avec une honnêteté sans faille. Il décortique les corps et les âmes. Il nous montre l’invisible, ce qui se chuchote dans ce monde douloureux. Une fresque sociale puissante, sans concession, sans avenir, sans vie. Un monde désenchanté, enchaîné dans une sorte d »héritage morbide de père en fils. Une plume impitoyable instillant par moment cette dose de bonheur, de liberté, de vie. Mais l’épuisement, la survie sont bien plus forts que ces instants fugaces et précieux.

 

J’ai souvent du mal avec les romans sociaux. Le désespoir est bien trop souvent présent et oppressant. L’atmosphère est y tout aussi pesante J’admire toutefois la manière dont Thomas Flahaut s’en accapare et nous plonge dans son monde.

 

Une chronique de #Esméralda

LES ORAGEUSES, un roman de Marcia Burnier.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Cambourakis

Collection Sorcières

#68premièresfois


« Depuis qu’elle avait revu Mia, l’histoire de vengeance, non, de “rendre justice”, lui trottait dans la tête. On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire. Lucie n’avait pas été très convaincue par le choix de mot, mais ça ne changeait pas grand-chose.
En écoutant ces récits dans son bureau, son cœur s’emballe, elle aurait envie de crier, de diffuser à toute heure dans le pays un message qui dirait On vous retrouvera. Chacun d’entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »
Un premier roman qui dépeint un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie.

 

Ma note : 4/5
2020
144 pages
Disponible en broché et bientôt en poche (le 1er septembre)

 


MON AVIS

Comment se reconstruire lorsque la faute du viol retombe sur le dos de la femme ? Comment considérer son avenir, quand Lui, n’est en rien coupable ? Comment s’approprier de nouveau sa vie, son corps et son âme ? Comment vivre simplement sans craindre la nuit, les regards, les gestes et les mots ? Comment ?

 

Marcia Burnier narre le viol. Les conséquences désastreuses. Les femmes qui par dépit se réclament justicières par leurs  actes borderline. Quelles limites ne pas franchir ? Mettre la rage, la force, l’impuissance, la peur, la solitude dans ce déferlement de cris, de mots, d’actions qui se veulent légitimes et justes.

 

LES ORAGEUSES détonnent, dérangent (sans aucun doute) et tracent la voie libératrice de ses femmes condamnées trop souvent au silence. Qui veut entendre qu’une femme de son entourage, plus ou moins proche, a subi un viol, un inceste ? Qui veut écouter une femme pleurer ? Qui veut tendre la main à ce que la société catégorise de femmes-salopes ? Qui ? Qui ?

 

Un sujet sensible portée par une plume acérée, franche et qui ne veut surtout pas vous attendrir. Elle n’attend aucune compassion, aucune empathie de votre part et encore moins votre pitié. Elle choque, elle chamboule, elle vous mal à l’aise, elle ne vous laisse aucun répit, elle vous secoue, elle vous mobilise, elle vous parle de viol, de femmes et de ce silence nauséabond qui s’installe malicieusement, enfermant vicieusement ses proies dans cette bulle destructrice. Elle parle malheureusement d’une vérité bien trop cruelle.

 

Une belle histoire dans toute son horreur. Un roman qui coupe la chique.

 

Un roman d’une puissance incroyable. Une lecture à laquelle j’ai du rapidement ériger une barrière pour ne pas suffoquer à cause de la douleur omniprésente tout au long du récit. Une lecture qui explose de toute part. L’ombre s’épaissit et enveloppe le gang mais il existe tout de même cette lumière. Celle que l’on espère entrevoir au bout du tunnel, annonciatrice d’un avenir meilleur. Marcia Burnier explore avec tact et fracas un thème très difficilement abordable dans notre société et c’est une bonne raison d’ouvrir son roman.

 

Elle a été surprise de constater que réparer d’autres la réparait elle, que voir d’autres hommes payer pour un crime similaire à ce qu’elle avait vécu lui apportait un certain sentiment de reconnaissance, de justice […] Pour une fois, elle a l’impression qu’on la voit, elle et les autres, elles ne sont plus invisibles, voilà c’est ça. Elle n’a plus l’impression que sa douleur doit se ratatiner sous un tapis, qu’elle doit la cacher coûte que coûte, elle n’a plus l’impression que c’est une tare, mais plutôt quelque chose dont elle doit parler sans rougir, sans tressauter ni baisser les yeux. […] Et elle a découvert quelque chose de fou, quelque chose dont on avait essayé de la priver. Elle a découvert qu’elle n’était pas seule.

 

Une chronique de #Esméralda

AVANT ELLE, un roman de Johanna Krawczyk.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Héloïse d’Ormesson

#68premièresfois


Carmen est enseignante, spécialiste de l’Amérique latine. Une évidence pour cette fille de réfugiés argentins confrontée au silence de son père, mort en emportant avec lui le fragile équilibre qu’elle s’était construit. Et la laissant seule avec ses fantômes. 
Un matin, Carmen est contactée par une entreprise de garde-meubles.
Elle apprend que son père y louait un box. Sur place, un bureau et une petite clé. Intriguée, elle se met à fouiller et découvre des photographies, des lettres, des coupures de presse. Et sept carnets, des journaux intimes. 

Faut-il préférer la vérité à l’amour quand elle risque de tout faire voler en éclats ? Que faire de la violence en héritage ? Avec une plume incisive, Johanna Krawczyk livre un premier roman foudroyant qui explore les mécanismes du mensonge et les traumatismes de la chair.

 

Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 et coup de cœur »
Nouveauté 2021
160 pages
Disponible en numérique et broché (bientôt en poche)

 


MON AVIS

Violence.
Secret.
Deuil.
Déchirement.
AVANT ELLE.
Ultime acte d’amour ? Ultime confession ? Paroles ultimes, paroles salvatrices ? Doux héritage ?

 

Johanna Krawczyk crie la douleur, la scission, l’origine. Son héroïne, Carmen, est devenue malgré elle, le réceptacle de vieux démons. Atteinte de troubles de la personnalité, Carmen vit au compte goutte, au milieu de ses angoisses, de ses peurs, de ses aberrations, de ses absences, de ses oublis, de ses impulsivités. Son père est décédé sans préavis et depuis c’est le grand bordel ou le feu de la Saint Jean. Orpheline, Carmen boit pour oublier, pour penser, se noie.

 

Et puis cet appel fatidique. Un garde meuble à débarrasser. Un vieux bureau, une cachette, des photos et des carnets pour une vie, toute la vie de son père.

 

Découverte effroyable, imprévisible, violente. Page par page, son monde s’effondre, se croupit dans l’obscurité de ces mots flamboyants destructeurs. L’horreur sans nom, l’effroyable perversité d’un engrenage morbide, l’air vicié et putride. Le noir, le blanc, le rouge, trichrome infernal.

 

Logorrhée salvatrice, logorrhée meurtrière, logorrhée silencieuse. Après elle tout devient limpide. Cadeau empoissonné ? Cadeau bienveillant ?

 

Johanna Krawczyk explore le continent de l’héritage ayant pour fond la dictature en Argentine. Une verbe exigeante, une verbe qui manipule la cruauté avec une certaine retenue mais qui n’oublie aucun détail. Une plume captivante et cela dès le départ. Une plume légère, sèche, énergique. Une plume qui suinte, qui s’épanche, qui illumine. Un sujet douloureux, éprouvant et moi je sors de cette lecture aveugle, abasourdie. Conquise ?

 

Oui, conquise et bien au-delà.

 

Une chronique de #Esméralda

AVANT LE JOUR, un roman de Madeline Roth.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions la Fosse aux Ours

#68premièresfois


« JE SUIS DÉSOLÉ. Sarah vient de perdre son père. Je suis forcé d’annuler Turin. Je t’appelle demain. Je suis vraiment désolé ». Ce voyage à Turin ne se présente pas sous les meilleurs auspices mais elle décide de partir, seule, sans son amant. – De musées en terrasses de café, d’églises en promenades le long du Pô,
le séjour se transforme, peu à peu, en voyage intérieur. Elle s’interroge sur sa vie.
Que dit de nous une histoire adultère ? Pourquoi on se sépare du père de son fils et comment on élève, seule, un enfant ? Peut-être que, sur le quai d’une gare, elle trouvera une réponse.

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
74 pages
Disponible en broché


MON AVIS

C’est un des romans de la sélection que j’attendais avec impatience. Sans aucune raison particulière ni valable. Le titre et la couverture peut-être. Je marche souvent à l’instinct pour le choix de mes lectures et celui-ci m’attirait indéniablement.

 

AVANT LE JOUR est une ode brutale sur le sens de la vie. Celui que l’on poursuit tout au long des années fulgurantes. Ma vie a t’elle un sens ?

 

Elle a pris de nombreuses décisions dans sa vie. Se marier, avoir un enfant et divorcer. Vivre seul en colocation avec son fils en garde alternée. Puis un jour, comme ça, inattendu, surgit devant chez elle, suite à une annonce de vente, un homme. Dix ans plus jeune, plutôt bel homme, qui contre toute attente va la séduire. Moments furtifs  dans un quotidien morose. Moments charnels. Moments complices. Moments en duo. Moments uniques sans lendemain, ni futur. Être la maîtresse d’un homme marié est moralement condamnable. Mais, parce qu’il y a toujours un mais dans une histoire atypique, ces moments effacent la solitude et le dépérissement du corps et de l’âme. Elle se sent vivre.

 

Alors pendant ces trois magnifiques jours où la solitude l’enserre dans ses bras puissants. Elle pense, à son passé, à son fils, à l’avenir, à l’amour fugace et passionnel, à l’amour interdit, à l’homme inaccessible. Elle marche, elle observe, elle interroge  les moindre regards, les rencontres éphémères, immobiles dans cette ville accueillante.

 

Ces pas battent le pavé en écho à ses remords, à ses interrogations, à son cœur s’emballant à la moindre pensée envers son apollon.

 

Qu’est-elle en droit d’attendre, d’espérer, de croire ? Quelle mère est-elle aux yeux de son enfant ? Quelle femme est-elle ?

 

Un sourire, une caresse, un mot, un soupir, un rire, un signe, juste un signe qui statuera sa vie.

 

Madeline Roth signe une nouvelle d’une d’intensité captivante. Une plume qui sait faire vivre l’instant présent, le figer dans cette enveloppe étriquée des émotions. Un plume poétique qui enrobe la difficulté pour mieux l’appréhender, la mystifier, l’accrocher au cœur.

 

Une jolie découverte !

 

L’après-midi est passé comme ça, à tout faire lentement, manger, marcher, m’asseoir sur un banc, regarder. Je regardais tout. Ce corps qui ne me plaisait pas quelques heures plus tôt, dans les miroirs de l’hôtel, ne me pesait plus. Je me sentais femme et aimée, farouchement libre et fière d’être ici, dans un pays étranger, seule et pourtant remplie de quelque chose, la présence d’un amour, je crois, même si c’était l’amour de Pierre, cette sorte de demi-amour qui m’apparaissait aujourd’hui comme un secret et une force.

 

Une chronique de #Esméralda