FURIES, un roman de Julie Ruocco.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Actes Sud

Sélection #68premièresfois

Les destins d’une jeune archéologue, dévoyée en trafiquante d’antiquités, et d’un pompier syrien, devenu fossoyeur, se heurtent à l’ expérience de la guerre. Entre ce qu’elle déterre et ce qu’il ensevelit, il y a l’histoire d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution.
Variation contemporaine des « Oresties », un premier roman au verbe poétique et puissant, qui aborde avec intelligence les désenchantements de l’histoire et « le courage des renaissances ». Un hommage salutaire aux femmes qui ont fait les révolutions arabes.
Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
288 pages
Disponible au format broché et numérique

MON AVIS

 

Le cœur arraché au corps, les cris qui résonnent dans le silence abyssal des bombes, des destins qui se croisent, des noms fantomatiques qui s’enflamment. La fureur de vivre de résister, les balles qui n’ont rien à foutre des vies, la rage bouillonnante, les regards perdus, les pas hantant la poussière mortifère. Des ralliements soufflant l’espoir, les fugues salvatrices, le déchirement de la terre, l’abandon de l’identité. Les yeux emplis d’un passé lumineux, tournés vers le futur aveugle.

 

Écriture tranchante, poésie envoûtante, mots éprouvants, images éternelles de la folie humaine, de la déshumanisation.

 

Plume lumineuse, ensorcelante, fendant l’obscurité, l’obscurantisme.

 

Un premier roman magistral d’une puissance titanesque, Julie Ruocco nous plonge au cœur de deux vies qui se percutent dans la noirceur la plus totale. Deux âmes qui s’apprivoisent, pansent les blessures sanguinolentes. Deux âmes éternellement liés à l’histoire tragique d’une pays décousu, violé. Deux âmes puisant leur force au cœur de l’horreur. Roman intransigeant, portant la parole des oubliées, des nantis, hurlant leurs maux, mots, au milieu du chaos, de la désolation.

 

Ce roman a su m’emprisonner, me porter, me faire souffrir. L’histoire de la Syrie n’a rien de passionnant pour celui qui n’y s’intéresse pas. Berceau culturel, berceau d’un passé riche évanouit à coup de mortiers, La Syrie n’est plus que rien.

 

Un roman coup de cœur, coup de poing. Je vous conseille également de lire 19 FEMMES de Samar Yazbek.

DÉCOMPOSÉE, un roman de Clémentine Beauvais.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’iconoclaste – Collection L’Iconopop

Sélection #68premièresfois

Un court roman en vers libres, d’une grande modernité, qui transforme notre regard et nos a priori sur la déchéance féminine.
Au bord d’un chemin, une femme gît, en décomposition.
Passant par là au bras de son aimée, un poète se délecte de cette vue infâme.
 
Clémentine Beauvais revisite avec audace le célèbre poème « Une charogne » de Charles Baudelaire. Elle imagine le destin de cette femme que l’histoire a bafouée, la faisant prostituée, chirurgienne, avorteuse, puis tueuse en série.
Un court roman à la forme inventive, impertinent et engagé.

 

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
128 pages
Disponible au format broché.

 


MON AVIS

Je n’ai jamais eu l’occasion de découvrir les romans jeunesses de Clémentine Beauvais, mais j’avais beaucoup apprécié sa traduction du recueil de poèmes « Chasseurs de lumière » de Tyler Knott Gregson aux éditions Presses de la Cité.

 

DÉCOMPOSÉE est singulier, atypique. Une beauté extravagante et éblouissante. L’exercice au départ n’est pas évident, mais le rythme s’installe doucement pour te prouver que la poésie n’a rien de ringard.

 

Ni poème ni roman, ce récit fusionne l’ancien et le futur avec habilité. Tableau alambiqué de vérités dérangeantes aux prises avec des thématiques fortes. Elle décompose la vie d’une héroïne banale épuisée par la vie. Des montagnes à la vie close parisienne, de l’émancipation à faiseuse d’anges, d’amoureuse à tueuse. Chaque note compose cette vie à la fois sauvage et revendicative, décharnée et réelle.

 

Son corps, dans le fossé, exultant un dernier souffle, déversant ses derniers espoirs, ses derniers rêves, se délitant, chairs arrachées putréfiées, berceau de la vie et de la mort.

 

Roman intransigeant, dérangeant, peignant l’horreur et la beauté du geste et des maux. Osé et généreux, il emporte, recompose la poésie sur cette musique attractive, battu par les mots qui choquent et s’entrechoquent. Un roman inspirant, réconciliateur, captivant aux multiples couleurs où seul le noir serait banni. 

 

Un très joli coup de cœur pour une histoire aussi passionnante qu’audacieuse.

 

 

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
(dernière strophe « La charogne » de Charles Baudelaire)

LES ENVOLÉS, un roman de Étienne Kern.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

Sélection #68premièresfois

4 février 1912. Le jour se lève à peine. Entourés d’une petite foule de badauds, deux reporters commencent à filmer. Là-haut, au premier étage de la tour Eiffel, un homme pose le pied sur la rambarde. Il veut essayer son invention, un parachute. On l’a prévenu : il n’a aucune chance. Acte d’amour ? Geste fou, désespéré ?
Il a un rêve et nul ne pourra l’arrêter. Sa mort est l’une des premières qu’ait saisies une caméra.
Hanté par les images de cette chute, Étienne Kern mêle à l’histoire vraie de Franz Reichelt, tailleur pour dames venu de Bohême, le souvenir de ses propres disparus.
Du Paris joyeux de la Belle Époque à celui d’aujourd’hui, entre foi dans le progrès et tentation du désastre, ce premier roman au charme puissant questionne la part d’espoir que chacun porte en soi, et l’empreinte laissée par ceux qui se sont envolés.

 

Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2021
160 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Ailes déployées, regards fiévreux, pensées déstructurées, envies douloureuses, espoirs perdus, désillusions sournoises. La vie qui ne tient qu’à un soupir.

 

LES ENVOLÉS est un roman terriblement poignant. Les mots s’entrechoquent, s’animent, s’aimantent, s’envolent vers les espoirs vains et les doutes accablants. A l’heure où apprivoiser le ciel est un eldorado, un espace encore vierge où la liberté semble libératrice, les esprits s’échauffent et innovent. 

 

Franz Reichelt immortalisé, archivé, homme volant, homme libre, homme condamné. 

 

Et tous les autres envolés, laissant leurs empreintes dans les âmes désolées.

 

Passé, présent, ultime témoignage de la perte, de la femme, de l’homme, des rires, des larmes, de l’amour vivant, brisé, de la folie inconsciente, ultime pardon, foi perdue, esclave du temps qui s’assombrit.

 

Plume enjôlée, plume triste, plume sincère, plume enchanteresse narrant les vies avec un respect incommensurable. Apprivoisée la vie, la comprendre, la décortiquée et la laisser s’en aller au loin vers cette liberté.

 

Un roman saisissant. Un roman pétrifiant. Un roman recelant une part d’ombre lumineuse.

 

 

AULUS, un roman de Zoé Cosson.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection L’arbalète

Sélection #68premièresfois

Aulus est une station thermale des Pyrénées construite à la Belle Époque, qui ne compte plus, aujourd’hui, qu’une centaine d’habitants. Depuis son enfance, la narratrice y vient chaque année. Elle réside dans l’hôtel désaffecté que son père a acheté un jour aux enchères, point de départ de ses randonnées.
Dans le village et sur les chemins, la narratrice écoute, regarde et recueille habitudes et histoires des Aulusiens : la météo, l’ours, la centrale plantée sur une rivière, les élections… Elle en fait un récit, celui d’un écosystème fragile, où hommes et nature cohabitent comme ils peuvent. Où une ancienne mine pollue dangereusement la montagne. Où tout menace de se défaire, malgré la force millénaire de la roche omniprésente. Un récit actuel, métaphore de notre époque, en perpétuelle rupture d’équilibre.

 

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
112 pages
Disponible au format numérique et broché

 

 


MON AVIS

J’aurais souhaité que ce roman soit davantage qu’une très belle découverte. J’aurais aimé me sentir embarquée dans une aventure atypique, extraordinaire au cœur de la montagne, de la nature, d’une richesse acculée loin des yeux, loin des cœurs. J’aurais aimé être émerveillée, éblouie. J’aurais tant aimé.

 

Je me suis perdue au cours de cette balade bucolique.

 

Espace temporel variable au grès de la déambulation de la narratrice, les souvenirs côtoient le présent, la dernière fois, la dernière balade, l’ultime au revoir. Des hommes, des femmes, des chats, des chevaux, des bâtiments qui s’étiolent dans l’absence, l’accumulation et l’ignorance. C’est le récit d’une multitude de vie gravée dans la roche inaltérable, éternelle. Un imbroglio de vagues espoirs, de lointains souvenirs et d’un présent inaliénable. 

 

Un écriture saisissant l’instant T, poétique, posant un regard bienveillant, enjoué, rude et terriblement honnête. Un récit court qui s’anime à chaque respiration et qui se meurt dans un ultime regard.

 

Moi qui aime tant mes Pyrénées, je me suis sentie étrangement mélancolique. 

 

LE PARFUM DES CENDRES, un roman de Marie Mangez.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Finitude

Sélections #68premieresfois

Les parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner n’importe quelle personnalité grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe tous les jours dans son métier ­d’embaumeur.

Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde qui s’intéresse à son étrange profession. Pour elle, Sylvain lui-même est une véritable énigme: bourru, taiseux, il semble plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Elle sent qu’il cache quelque chose et cette curieuse impénitente veut percer le mystère.
Doucement, elle va l’apprivoiser, partager avec lui sa passion pour la musique, et comprendre ce qu’il cache depuis quinze ans.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
240 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman qui fleure bon. Sylvain Bragonard a le nez délicat, finement délicat. Son rêve devenir parfumeur mais une terrible tragédie à contrebalancer ses espoirs il y a de cela quinze ans. Sylvain Bragonard n’a jamais été un jeune homme expansif et son métier d’embaumeur colle parfaitement à sa personnalité effacé, taciturne. Elle est arrivée et du jour au lendemain son quotidien s’est transformé. La belle Alice et son air taquin et ses yeux qui dévorent tout. Sa liberté titille cette morosité, cette âme en peine. Une collision sensorielle et quelque peu envahissante.

 

Alice et Sylvain sont deux antonymes. L’une libre et l’autre enfermé dans ses souvenirs destructeurs. Lui tend à redonner un semblant de vie à coup de reniflement et l’autre la dévore voracement et l’observe. Entre parfums et souvenirs, les pensées se délitent et les mots surgissent maladroits, fébriles. Marie Mangez narre la vie à coup de pschitt. Une ode terriblement émouvante et douloureuse. Elle aspire les souvenirs et les désirs les confrontant à cette réalité morbide. Une quête de rédemption comme ultime héritage à un passé qui s’accroche jalousement. J’ai apprécié la délicatesse de la plume gourmande de l’auteure. Généreux, farouches, timides, les mots s’envolent et viennent percuter le lecteur. J’ai regretté de ne pas pouvoir associer aucune senteur à un souvenir, ou une idée, à quelque chose de concret. 

 

 

En bref :
– Un roman poétique qui rend hommage à la vie et à la mort
– Un bouquet floral aux douces couleurs
– Des personnages antonymes et terriblement attachants
– Une écriture sensible
 
Une très belle découverte dépaysant et qui m’a sorti de mes sentiers battus Je suis ravie 🙂
L’avez-vous lu ?

FELIS SILVESTRIS, un roman de Anouk Lejczyk.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Du Panseur

#68premieresfois

Sans crier gare, Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destruction.
Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c’est sa soeur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ?
 
Entre les quatre murs d’un appartement glacial, chambre d’écho de conversations familiales et de souvenirs, une jeune femme tire des fils pour se rapprocher de Felis – sa soeur, sa chimère. Progressivement, son absence devient présence ; la forêt s’étend, elle envahit ses pensées et intègre le maillage confus de sa propre existence. Sans doute y a-t-il là une place pour le chat sauvage qui est en elle.

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
192 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman bien étrange. Étrange dans le sens où je ne pense pas avoir saisi l’idée générale du livre et/ou, au moins, il ne m’a pas atteint.

 

Felis Silvestris, de son nom plus commun, chat sauvage, est le nom que cette fille s’est donné en arrivant dans cette forêt, lieu de rébellion contre un monde capitaliste destructeur. Des anonymes parmi des anonymes, ensemble contre l’évidence. Communauté bienveillante, chaleureuse bon enfant où les départs et les arrivées rythment un quotidien difficile.

 

Elle est arrivée par le plus grand des hasards. Une route qu’elle a suivi parmi tant d’autres qu’elle emprunte depuis un certain temps laissant derrière elle, sa mère, son père et sa sœur.

 

Est ce que la forêt sera le catalyseur de ses craintes et de ses peurs ? Se trouvera t’elle finalement ?

 

La narration vogue entre son point de vue et celui de sa sœur, entre passé et présent, entre angoisses et réalités. Le rendu est quelque peu extravagant et curieux. L’une devient l’autre et vice versa. Une frontière floue qui m’a beaucoup interrogée sur l’existence véritable de deux sœurs. J’ai eu l’impression de naviguer en plein dans un rêve. Je ne sais pas si c’est l’effet recherché ou si c’est moi qui suis bizarre. Quelques jours après avoir refermé ce roman, je pensais avoir, peut être un déclic, et me dire d’accord j’ai enfin compris. Et bien non ! Je n’ai pas su saisir le sens de ce roman, le lien avec la nature, le lien avec la réalité de notre société. Je n’ai pas su être sensible à la subjectivité qui découle et surtout m’en saisir. C’est embêtant. Je m’attendais à un natur writing, mais je me suis retrouvée face à un portrait alambiqué d’une jeune femme qui se cherche inlassablement. Est ce que l’auteure cherche a déstructuré la nature humaine façonnée par l’industrialisation pour la remodeler plus proche de la nature ?

 

Certes je nage en eau trouble mais je dois avouer que la plume de l’auteure est d’un naturel envoûteur. Une plume poétique qui sait saisir l’instant T, celui de la douleur, de la peur et du bonheur.

 

En bref :
– Une narration semant le doute et le trouble
– Une histoire à laquelle je n’ai pas su donner un sens
– Une plume poétique et sensible.
 
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
LECTURE 3/22

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE, un roman de Amina Damerdji.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

#68premièresfois


« Je ne peux pas dire que nous ayons pris les armes pour ça. Bien sûr que nous voulions un changement. Mais nous n’avions qu’une silhouette vague sur la rétine. Pas cette dame en manteau rouge, pas une révolution socialiste. C’est seulement après, bien après que, pour moi en tout cas, la silhouette s’est précisée. »
.
Cuba, juillet 1980. En cette veille de fête nationale, Haydée Santamaría, grande figure de la Révolution, proche de Fidel Castro, plonge dans ses souvenirs. À quelques heures de son suicide, elle raconte sa jeunesse, en particulier les années 1951-1953 qui se sont conclues par l’exécution de son frère Abel, après l’échec de l’attaque de la caserne de la Moncada.
L’histoire d’Haydée nous plonge dans des événements devenus légendaires. Mais ils sont redessinés ici du point de vue d’une femme, passionnément engagée en politique, restée dans l’ombre des hommes charismatiques. Ce premier roman offre le récit intime et pudique d’une grande dame de la révolution cubaine gagnée par la lassitude et le désenchantement, au seuil de l’ultime sacrifice

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
320 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

L’histoire de Cuba m’est totalement inconnue. A part la crise des missiles et Fidel Castro, l’île reste pour moi une vaste idée. Je n’ai aucune notion de politique et de sociologie. Ce récit romancé ne fait ni l’apologie et ni la critique d’un régime quelconque. Il met en exergue la vie d’une femme hors du commun qui a été au cœur de la révolution.

 

Haydée Santamaria est la fille aînée d’une famille qui n’a pas été dans le besoin. Sa mère l’a élevée dans l’idée même qu’elle serait l’épouse et la mère parfaite. Mais Haydée voit sa vie autrement. Lorsqu’elle rejoint son petit frère à La Havane, son quotidien va changer. De nature timide et introvertie, Haydée écoute volontiers ses camarades s’exprimer. Plusieurs événements lui forgent le caractère et la poussent enfin à livrer ses idées et ses convictions qui la porteront, avec ses ami.e.s et son frère, à cette date fatidique, le 26 juillet 1953.

 

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE est un roman bouleversant. Le parcours de cette femme est hors norme. Elle fait figure de résistante, de rebelle et de féministe. Sa vision est assez moderne pour l’époque où la femme est considérée, encore, comme un être inférieur. Sa prise de position est audacieuse et ses camarades lui vouent un respect notable. Ce roman est un legs de souvenirs douloureux comme heureux. Un héritage lourd et pourtant essentiel dont le seul but est l’évolution de la société et des mœurs. Amina Damerdji m’a plongée avec une aisance particulière dans une vie tumultueuse et dure. Tout est d’une honnêteté déconcertante. Je n’ai pas eu l’impression que le récit est fardé ou filtré en tout cas il est apolitique et c’est le point que j’ai apprécié. Le lecteur assiste à la naissance du mouvement révolutionnaire qui porte ses idéaux avec fougue et passion. Les erreurs sont nombreuses et les conséquences détestables mais l’optimisme d’un monde meilleur les porte.

 

Un récit riche en émotions et il aura fallu juste la dernière phrase pour en mesurer toute l’ampleur et le sacrifice incommensurable.
 
En bref :
– Un récit romancé sur une figure emblématique et féministe de la révolution cubaine
– Un testament puissant
– Un héroïne hors du commun
– Un roman bouleversant
 
Un très joli coup de cœur pour cette lecture portée par une plume chargée d’émotions et d’humilité. 

 

Avez-vous envie de le découvrir ?
LECTURE 2/22

JOUR BLEU, un roman de Aurélia Ringard.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Frisson Roche Belles-Lettre – Collection Ex Nihilo

Les 68 premières fois

Une femme a rendez-vous avec un homme en gare de Lyon. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Cela fait trois mois qu’ils se sont rencontrés. Trois mois au cours desquels ils ne se sont pas vus. Elle a décidé de venir très en avance, de prendre ce temps de l’attente, assise au café. Le hall de la gare revêt l’allure d’une salle de spectacle, d’une pièce de théâtre où chaque personnage qu’elle croise la renvoie à ses propres souvenirs, aux moments clefs de la trajectoire qui l’a menée jusqu’ici et qui a façonné le décor de sa vie.
Dans ce premier roman, Aurélia Ringard décrit avec minutie une poignée d’heures de la vie d’une femme, dans un huis clos magistral, époustouflant de maîtrise et de mélancolie.

 

Ma note : 3/5
2021
164 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Elle, dans ce café attendant l’amour en devenir, attendant l’indicible et l’impalpable. Assisse, elle observe, elle se souvient. De son enfance, de son adolescence, de ses rêves, de ses peurs, de ces trains qu’elle a pris de nombreuses fois, de ses voyages, de ses aspirations, de son frère, de sa mère, de son père. Une douce parenthèse, une pause, au cœur de la vie trépidante, folle. Elle note, elle divague, elle digresse. Elle rit, elle pleure, elle sourit.

 

Et puis il y a Lui. L’artiste au doux sourire. La flamme dans les yeux, celle qui consume les assoiffés, les affamés, les créatifs. Elle y voit la vie ardente, passionnée, douce, protectrice.

 

Triste et mélancolique, la plume d’Aurélia Ringard explore la vie avec grand fracas. « Narratrice chaotique » elle entame une rétrospective. Vacillant entre passé et présent, l’auteure emprunte le chemin délicat de l’introspection. Une narration à double temps qui use du « je » et du « elle » conférant ainsi au récit une dimension difficilement appréhensible.

 

L’alchimie n’a tout simplement pas fonctionné, à mon grand désarroi. J’ai eu beaucoup de mal à plonger dans le récit. L’alternance de la narration y est pour grand-chose. Et puis c’est tellement triste. Alors qu’à l’heure actuelle j’ai besoin de lectures chaleureuses, exubérantes. 

 

En bref :
* une plume poétique et chargée en émotions
* une histoire chaotique à l’image du style narratif
Ma première rencontre avec les livres de la sélection 2022 des 68 première fois n’a pas été aussi idyllique que je l’espérais. 

 

Un roman qui pourra vous séduire, enfin je l’espère vivement.

 

Lecture 1/22 de la saison 2022

LES MONSTRES, un roman de Charles Roux.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Rivages

Dernière lecture de la saison 2021 des #68premièresfois


Lors d’un diner-spectacle dans un restaurant tenu par une sorcière, au coeur d’une ville de béton sur laquelle plane une menace invisible, un homme et une femme se rencontrent.
Dans ce premier roman plein d’audace, conçu comme un cabinet de curiosités littéraires, Charles Roux explore, à travers un jeu subtil de métaphores et de travestissements, le fascinant mystère de l’identité.
Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2021
605 pages
Disponible en numérique et broché


MON AVIS

Les avis de la communauté des 68 premières fois étaient tous divergents à son sujet. Il fallait attendre ce fameux repas pour apprécié sa lecture. Et bien que nenni ! Je fais partie de la team qui a adoré et ce, dès les premières pages.

 

Un style hors du commun qui m’a enchantée dès les premiers paragraphes. Un style inimitable qui peut hérisser le poil de certain ou éprouver au contraire une fascination sans limite. Charles Roux m’a plongée au cœur d’un univers où curiosité rime avec exploration de soi et des sens. Un monde en déclin où la violence gronde la nuit venue. Elle s’étend sur la capitale, emprisonne les esprits, en délivre d’autres. Dans ce chaos il y a : vous, tu et il/elle.

 

Vous, Alice, professeur d’histoire-géographie est un monstre. Une femme difforme, sans charme, ni caractère. Une vieille fille martelée par ses angoisses. Un monstre qui fabrique des monstres en glaise.

 

Tu, David, un père infâme mais aimant, un mari volage qui aime se détruire à petite dose. Chaque jour est un cauchemar de plus et ton monstre s’empare de toi davantage te plongeant au cœur de tes abysses.

 

Il/Elle, Dominique, aimant créer ses monstres de toutes pièces. Philtres à gogo, sous-sol mystérieux où se terrent une collection atypique et un restaurant révélateur, scène d’une vérité salvatrice.

 

Charles Roux explore avec imagination ce qui nous caractérise. Inconscience et conscience s’affrontent démêlant le vrai du faux, suggérant, doutant, se questionnant autour de sujets essentiels. Qui sommes-nous réellement ? Quelle importance donnons-nous au regard de la société ?  Sommes-nous des produits, des monstres de la société et crées par elle ? Tout autant de questions qu’abordent les personnages à tour de rôle et tendent à y donner une réponse, un sens. J’ai beaucoup apprécié le style de lecteur qui n’hésite pas à changer de style narratif qu’il a associé à une personnalité en particulier. Un changement qui coupe la chique aux premiers abords mais qui donne au texte une architecture aux aspérités dissonantes et malléables. J’ai cette impression que le texte bouge sans cesse ne s’arrêtant pas à une configuration stricte et figée. L’effet est marquant et j’ai accroché dès le départ. Le scénario est très intéressant dans la manière dont l’auteur traite son sujet et développe tout autour un questionnement emmenant vers des réponses dont le lecteur et la lectrice, à sa convenance, peuvent se saisir. Un récit haut en couleur qui m’a fait passer un excellent moment de lecture.

 

Une lecture que je vous recommande chaudement !

 

BÉNIE SOIT SIXTINE, un roman de Maylis Adhémar.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Julliard

Une lecture des #68premièresfois

Pour Sixtine, l’avenir était tout tracé. Enfance très pieuse dans une famille catholique traditionnelle, études d’histoire de l’art, un beau mariage : elle sera bientôt Mme Sue de La Garde, appelée à enfanter de nombreux héritiers… Dès la nuit de noces, Sixtine déchante.
Mais elle est enceinte, et c’est tout ce qui compte.
Cependant, l’intégrisme de son époux polytechnicien, de sa belle-famille, pèse de tout son poids sur la jeune femme. Souffrir. Enfanter dans la douleur. Et se taire… Jusqu’à la tragédie. Comment s’émanciper de ce carcan mortifère? Sinon par un long et lumineux chemin de croix ?

 

Ma note : 4,5/5
2020
304 pages
Disponible en poche, broché et numérique

 

 


MON AVIS

Sixtine a grandit au sein d’une famille ultra religieuse. Une communauté fermée et très rigoureuse, rythmée par les prières, les rosaires et où les femmes enfantent à tout va dans le seul but d’agrandir la communauté et leur pouvoir au sein de la société.

 

Sixtine rencontre Pierre-Louis lors d’un mariage. Une idylle foudroyante et rapide qui se termine quelques mois plus tard part un mariage dans les règles de l’art. Débute ainsi sa nouvelle vie de femme mariée. Tenir la maison, participer aux rencontres de la communauté et attendre leur premier enfant. Une grossesse extrêmement difficile pour Sixtine qui se sent rabaisser par les paroles infâmes de sa belle-mère. Elle doute d’elle et s’en remet à Dieu pendant de longs rosaires censés l’absoudre de ses mauvaises pensées. Le couple bat rapidement de l’aile. Elle découvre que Jean-Louis fait d’une branche radicalisée du mouvement et qu’il s’adonne à des raids sanglants. Elle remet tout en cause, sa place au sein de la communauté, sa croyance, leur combat et sa foi. Sixtine prend toute la mesure de l’emprise psychologique de la communauté lorsque sa belle-mère lui enlève son bébé.

 

Ainsi débute, pour elle et son bébé (récupéré entre temps), un exil salvateur dans un petit village bienveillant. Elle y rencontre l’autre côté, le diable, les tentations, l’amitié, l’abondance de l’alcool, de la drogue. Sans toutefois y plongée, elle découvre l’abnégation et la tolérance. Elle apprend à connaître de merveilleuses personnes. Malgré des premiers pas hésitants, des maladresses et des fautes, Sixtine découvre l’immensité d’un monde d’une beauté étrange. Elle ne réprouve pas sa foi mais elle apprend à être modéré auprès d’un curé bon-enfant.

 

Entre sectarisme et manipulation psychologique, ce roman nous entraîne dans un sujet loin d’être simple. J’ai suivi avec curiosité cette fuite m’attardant sur l’aspect psychologique de Sixtine qui est étoffé et méticuleusement décrit. La détresse, la douleur, l’espoir, l’attente, la peur sont parfaitement mis en exergue. Une quête difficile vers une liberté qui malgré tout coule dans ses veines depuis toujours. Tout au long de ce récit des lettres familiales apparaissent et nous apprend beaucoup de choses. Maylis Adhémar nous offre un roman puissant où les liens, la manière de vivre et inculqué depuis toujours, sont d’une manière (presque) irrévocable. Un endoctrinement puissant qui m’a filé les frissons. La question que je me suis sans cesse posée : jusqu’à quel point les manipulations psychiques peuvent endormir et modeler une personne à volonté ? Et la réponse qui m’a apparu clairement et qu’il n’y a aucune limite ! Un roman choquant mais offre une lumière potentielle au bout de ce tunnel (sans fond). Une lumière qui s’appelle liberté et qui malgré toutes les douleurs encourues, elle vaut le coup. Sixtine est une personne admirable qui a suivit son instinct maternelle et malgré la peur de l’inconnu et de son appréhension a su dépasser toutes ses limites. Un roman enchanteur et qui prouve sans relâche que l’emprise mentale peut être défaite et au delà de ça que la vie existe en dehors de ce voile mortuaire.