LE GRAND MORT, intégrale 1. Une bande dessinée de Loisel, Djian, Mallié et Lapierre.

FANTASTIQUE

Éditions Glénat – Collection Vents d’Ouest

Régis Loisel & Jean-Blaise Djian (Scénariste)
Vincent Mallié (dessinateur)
François Lapierre (coloriste)

La série culte enfin en intégrale !
L’histoire de deux mondes parallèles dépendants l’un de l’autre, mais censés ne jamais se rencontrer : le nôtre et celui habité par le « Petit Peuple ». Ce dernier est organisé en clans, et son équilibre est fondé sur un partage équitable de la connaissance.
Cette fragile harmonie reposant sur un rite ancestral est bouleversé quand un un événement improbable vient perturber l’ordre des choses. Le chaos qui en résulte dirige l’humanité à sa perte ! Une seule personne est capable de passer d’un monde à l’autre pour tenter d’agir…Retrouvez dans cette intégrale, regroupant les quatre premiers tomes, tout l’univers de cette série qui mêle avec virtuosité, le fantastique et le récit post-apocalyptique. Ce magnifique ouvrage, augmenté de contenus additionnels de choix (croquis, recherches, illustrations), sera l’occasion de redécouvrir cette ambitieuse fable écologique imaginée par Loisel et Djian, et mise en image par la plume puissante et inspirée de Vincent Mallié.

Ma note : 5/5
Nouveauté 2020
256 pages
Disponible au format broché.


MON AVIS

Cette première intégrale regroupe les tomes 4/8 d’une saga redoutable et totalement dans l’air du temps.

 

Deux mondes parallèles cohabitent dans la parfaite ignorance à part quelques initiés. L’équilibre des deux n’est possible que si une certaine harmonie et précepte sont respectés. Mais un imprévu va bouleverser la quiétude des deux mondes les plongeant dans le chaos le plus total.

 

Losiel et Djian signe un scénario totalement hypnotisant et dingue. Les plus terribles fléaux vont toucher la Terre : virus, maladies, sécheresse, phénomène météorologique extrême, séisme. Le monde se délite. Cette première partie ne montre que la partie visible de l’iceberg. Les pièces du puzzle s’assemblent lentement mais sûrement laissant la trame à une ébauche dont on n’a pas encore toutes les cartes en notre possession. Le premier contact avec les personnages est rude. L’un exubérant et nerveux et l’autre passif. Le duo n’est pas forcément une évidence mais l’alchimie naîtra bien plus tard. Une intrigue générale passionnante nous plongeant au cœur de l’action et de la réflexion. Les scénaristes pointent du doigt les travers de notre société tout en l’intégrant dans cet univers fantastique. Les illustrations sont sublimes, de grandes cases parfois sombres et souvent lumineuses. J’ai été envoûtée par cette bande dessinée suggérée par ma bibliothécaire. On y retrouve des rebondissements, une intrigue qui laisse prévoir des surprises, des personnages attachants et un univers époustouflant. Le cahier graphique est juste sublime. J’adore découvrir ces grandes planches où l’on peut davantage apprécier le travail des créateurs.

 

LE GRAND MORT est une merveilleuse découverte, une de celle qui t’envoûte.

 

 

 

ALMA, Tome 1 : Le vent se lève, un roman de Timothée de Fombelle.

ROMAN D’AVENTURE

Éditions Gallimard Jeunesse

Tome 1/3


Il est à la recherche d’un immense trésor. Dans le tourbillon de l’Atlantique, entre l’Afrique, l’Europe et les Caraïbes, leurs quêtes et leurs destins les mènent irrésistiblement l’un vers l’autre.
Le premier volet éblouissant d’une trilogie d’aventure sur l’esclavage et le combat de l’abolition. Illustrations de François Place.

 

Ma note : 4/5
2020
400 pages
Disponible au format numérique, broché et audio.

 

 


MON AVIS

Depuis le temps que je rêvais de lire ce roman, il m’aura fallu attendre mes dernières vacances pour enfin l’ouvrir. Un roman ado et d’aventure que vous avez pu lire ou voir apparaître sur vos réseaux sociaux.

 

Un roman épique qui se déroule en pleine traite négrière (ce fameux triangle d’or que l’auteur retranscrit avec détails). La France est au cœur de ce mélodrame qui marque encore de nos jours. Je retrouve cette Afrique sauvage où les guerres entre les différents clans remplissent les navires en échange de richesses venues de l’Europe.

 

Alma est née dans cette vallée enclavée, inconnue de tous. Elle est une Oko, comme sa mère. Une communauté stigmatisée à cause de leurs pouvoirs. Une différence qui effraye et la seule manière de vivre et de rester caché. Alma est au cœur de la nature et des animaux. Alors que son petit frère fuit la vallée sur son cheval blanc, Alma n’hésite pas une seconde à partir à sa recherche. Ainsi débute une épopée incroyable, parfois violente. Une épopée qui signe la fin d’une vie connue et qui devient le symbole de la liberté. De nombreux rebondissements jalonnent son périple où sa vie sera mise en danger jusqu’à ce navire où rien ne sera comme avant.

 

Un roman que j’ai grandement apprécié, notamment par son côté historique bien mené et accessible pour les plus jeunes lecteurs. Il y a très peu de roman sur la traite négrière. On parle souvent de colonialisme ou d’esclavage, mais très peu de cet aspect historique qui pourtant à été la base du monde que connaissons actuellement. Alma et le jeune mousse, Joseph Mars, sont le pivot d’une histoire qui sans relâche nous porte au cœur de l’action. Un roman donc à deux voix qui nous permet d’apprécier à sa juste valeur le « coté  acheteur et marchandise ». L’auteur n’a pas peur de choquer et de faire la lumière sur cette période cruelle. Un plume captivante qui nous plonge dans une aventure haletante. Une sacrée découverte qui se finit, bien évidemment, sur un cliffhanger de malade.

 

Un roman très intéressant sur le plan de la reconstruction historique porté par des personnages charismatiques dont on accompagne les déboires avec appréhension. Un premier tome réussi et qui promet par la suite.

 

DIEU 2.0, tome 3 : Le ch@t de Schrödinger, un roman d’anticipation de Henri Duboc.

ROMAN D’ANTICIPATION

Tome 3/3

Éditions Beta Publisher


2072 Quatorze ans après le cataclysme, dans le dernier bastion de la civilisation, Gabriel, Yosa et Ariane pressentent que le temps de l’ultime affrontement avec Verinas et ses fanatiques est arrivé.
La résistance doit naître. Désormais prophète de son propre culte, L’évêque renégat lorgne sur l’immense Vatican III et manipule secrètement le jeune pape Silvère, dernier fils de la papesse. Piégé dans les méandres d’un Internet à l’agonie, le pirate W3 se débat pour rejoindre le combat. Les lumières contre l’obscurantisme. Mais c’est peut-être dans le futur que se cache la clé de leur salut…

 

Ma note : 5/5 mention « coup de coeur »
2020
302 pages
Disponible au format numérique et broché

 

 


MON AVIS

Voici un final tonitruant et décoiffant !

 

Ce tome 3 offre une conclusion en parfaite adéquation avec l’esprit de cette trilogie. Entre science et religion la bataille est ardue. Une guerre dont l’égalité des chances est un enjeu crucial. Mais quand la science devient le bras droit de la religion, le monde devient un terrain de jeux impitoyable où seule la survie est la complice d’une guerre psychologique.

 

C’est avec grand plaisir que je retrouve Gabriel et W3 dans leur extraordinaire quête d’une justice qui échappe à tous. Une justice qui prend des allures d’une boîte particulière. D’une boîte qui fait référence à cet atypique chat de Schrödinger : ce que l’on ne voit pas, peut exister ou non. Un paradoxe qui prend tout son sens dans cette trilogie chtonienne. Une histoire que l’on pourrait décortiquer comme un manifeste scientifique entre arguments et contre-arguments, tout y passe.

 

Les péripéties s’accumulent tout au long de ce nouveau opus. Nul temps mort entre réflexion et action, Henri Duboc nous plonge dans son univers sans état d’âme. Il titille nos principes, nos valeurs, nos croyances et surtout n’hésite pas à supplanter toutes nos aspirations futures en quelque chose d’impensable et de surnaturel.

 

Henri Duboc signe une trilogie décapante et surtout intéressante. J’aime beaucoup quand les romans ne se contentent pas que de raconter mais insufflent une dimension intellectuelle menant vers une certaine réflexion. Henri Duboc traite d’une sujet délicat qui depuis la nuit des temps est un sujet à débats frénétiques : la religion et la science sont deux mondes contestant sans cesse leurs positions. Que serait notre monde où l’eugénisme serait à l’œuvre ? Où la religion régnerait en maître ?

 

DIEU 2.0 est juste excellent tant par le contexte que par les personnages qui dans une commune mesure et au cœur d’une entente charismatique, portent en leur cœur une vision d’un monde où la nature côtoierait la science et où la religion serait une vaste et précise idée.

 

Je vous invite vivement à découvrir cette excellente trilogie 🙂

 

LIGNES NOIRES, un polar de Pierre Gaulon.

POLAR

Éditions Beta Publisher


Deux suicides. Violents. Une vieille femme retrouvée les poignets entaillés dans son salon. Un officier de police qui se tire une balle dans la tête. Pour Grand-Mare, bourgade habituellement sans histoires, le compte est lourd et attire les curieux. Maryline Jane, journaliste des faits divers étranges, fait partie de ceux-ci. Mais l’enquête s’avère délicate et les langues difficiles à délier.
En apparence, les victimes n’avaient pas de lien entre elles. En apparence seulement, car un objet les lie toutes. Un ebook.
 
Ma note : 4/5
2020 (réédition)
232 pages
Disponible au format numérique et broché

 

MON AVIS

Imaginez l’impensable, l’indicible au travers de lignes. Imaginez l’horreur dans sa splendeur surgissant tel un clown sinistre de sa boîte. Imprévisible, irrattrapable, inatteignable.

 

Maryline Jane est une spécialiste des enquêtes hors-normes. Journaliste de son état, elle est la vedette de webzine dédié aux meurtres nos résolus et autres mystères. Elle est le symbole de cette génération qui se passionne pour ce hobby fort curieux et prenant. Maryline est une jeune femme tenace qui a pour habitude de suivre son instinct. Son schéma de raisonnement est sans faille et elle a le mérite de toujours poser les bonnes questions. Mais les réponses tardent à venir dans ce petit village. Une grand-mère qui se suicide, un gendarme par la suite. Alors que depuis des mois le silence règne dans cette bourgade, Maryline remue le passé pour tenter de mettre les mots sur ce mystère. Et petit à petit, les éléments se précisent et il lui faudra l’intervention d’un ami pour enfin élucider l’affaire dont la clef serait un ebook.

 

Pierre Gaulon signe un polar totalement exquis. Il plante son décor angoissant et oppressant. Une héroïne quelque peu traumatisée par son passé et un accident. Un personnage secondaire atypique qui vous filerait quelques frissons. Conjugué tout cela avec une pincée d’ésotérisme et voici un polar intrigant et décapant. Un scénario original et entraînant, nous plongeant dans les abysses du surnaturel où les messages subliminaux foisonnent ici et là. Un style addictif qui nous catapulte facilement dans l’histoire. L’approche de la manipulation mentale est fascinante et cocasse. J’ai regretté la rapidité de ma lecture mais j’ai vraiment passé un excellent moment.

 

Une atmosphère bien dosée, des personnages charismatiques, un ebook pas comme les autres et voilà un polar indéfinissable.

 

Connaissez-vous ?

THIERRY AU PAYS DES SINGES, un roman graphique de Miroslav Weissmuler.

ROMAN GRAPHIQUE

Éditions Vedrana


Suite à un drame dont il n’est pas impossible qu’il soit le seul responsable, le jeune Thierry se voit contraint de quitter précipitamment son foyer. Sa fuite le conduira jusqu’à une fastueuse pension forestière, dirigée par l’aristocrate Beau Sire et abritant une compagnie de singuliers personnages.

Jusqu’où Thierry l’ingénu sera-t-il prêt à aller pour entrer dans les bonnes grâces de son hôte ? L’amitié que lui offre celui-ci est-elle vraiment sans feinte ? Et qui est donc ce mystérieux Ambassadeur, à la venue duquel tout le monde se prépare fébrilement ? Qui lira ce livre le saura.

 

Ma note : 4/5
2020
60 pages
Disponible au format broché.

 


MON AVIS

Voici un roman graphique très singulier qui a le mérite de rebondir sur de nombreuses réflexions.

 

Le jeune Thierry a passé toute sa jeune vie dans l’arrière-boutique d’une boulangerie. Garçon à tout faire et défait semble-t-il de toutes libertés, c’est lors d’une entrevue particulière et secrète qu’il aspire à une autre vie. Une explosion plus tard, le voici libre de choisir sa vie. Ses pas le portent vers le pays des singes au cœur d’un hôtel atypique tenu par Beau Sire. Ses occupants ne sont, entre autre, que des singes et des guenons qui s’entraînent tous les jours durant à une sorte de spectacle-cérémonie. Thierry apprécie l’endroit dont il découvre les secrets, de biens étranges secrets. Lorsque l’Ambassadeur fait l’honneur d’être là, c’est un tout autre monde qui se dévoile.

 

Fable satirique entre autre, ce roman graphique à la particularité de remuer les sens et les tripes. Je ne sais pas si le but est de faire réagir vivement le lecteur où de titiller sa sensibilité, mais il est clair qu’il est impossible de rester de marbre. Je vais « à tatillon » dans mes suppositions mais l’auteur aborde plusieurs thèmes anarchiquement : la liberté, l’appropriation d’un être, l’esclavage domestique, la condition féminine, l’homophobie, la découverte de soi et peut être bien d’autres. Le ton est tout à la fois léger et sérieux. Une plume au style implacable usant d’un langage soutenu. Les illustrations à l’encre de chine sont délicates, parfois cyniques et toujours dans ce ton unique. Leur présence parfait un roman entier, singulier et estomaquant.

 

 

DU POMMIER IL NE TOMBE PAS DES POIRES, un roman graphique de Collectif.

ROMAN GRAPHIQUE

Éditions Vedrana


Ce livre est un recueil d’expressions serbes, illustrées par Bryan Beast, Albert Foolmoon, Dav Guedin, Pole Ka, Nadine Grenier, Emilie Ringlet, Laura Schneider, Jean-Jacques Tachdjian, Miroslav Weissmuller.
 
Ma note : 4/5
2020
33 pages
Disponible au format broché

 

 


MON AVIS

Quelle idée originale de regrouper dans un cours recueil les expressions serbes. Dix sept d’entre elles sont illustrées par neuf auteurs et auteures.

 

Toutes de noire vêtues les illustrations à leurs manières et de façon très atypique mettent en exergue une expression. Les techniques du dessin restent simple (crayon et/ou encre) malgré la complexité de certaines. Ne sachant pas dessiner, c’est toujours un moment merveilleux de découvrir, de chercher le détail qui fait la différence et enfin d’interpréter.

 

Le nec plus ultra sont les petites explications au début du recueil qui nous permettent de ne pas rester sur notre faim et/ou notre incompréhension.

 

Un recueil d’expressions serbes très amusant et enrichissant aux chouettes illustrations.

 

« La grenouille a entendu qu’on mettait le fer au cheval, et elle a levé la patte. »

 

Il ne sait pas s’asseoir sur la chaise, elle a des clous. »

 

BÉNIE SOIT SIXTINE, un roman de Maylis Adhémar.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Julliard

Une lecture des #68premièresfois

Pour Sixtine, l’avenir était tout tracé. Enfance très pieuse dans une famille catholique traditionnelle, études d’histoire de l’art, un beau mariage : elle sera bientôt Mme Sue de La Garde, appelée à enfanter de nombreux héritiers… Dès la nuit de noces, Sixtine déchante.
Mais elle est enceinte, et c’est tout ce qui compte.
Cependant, l’intégrisme de son époux polytechnicien, de sa belle-famille, pèse de tout son poids sur la jeune femme. Souffrir. Enfanter dans la douleur. Et se taire… Jusqu’à la tragédie. Comment s’émanciper de ce carcan mortifère? Sinon par un long et lumineux chemin de croix ?

 

Ma note : 4,5/5
2020
304 pages
Disponible en poche, broché et numérique

 

 


MON AVIS

Sixtine a grandit au sein d’une famille ultra religieuse. Une communauté fermée et très rigoureuse, rythmée par les prières, les rosaires et où les femmes enfantent à tout va dans le seul but d’agrandir la communauté et leur pouvoir au sein de la société.

 

Sixtine rencontre Pierre-Louis lors d’un mariage. Une idylle foudroyante et rapide qui se termine quelques mois plus tard part un mariage dans les règles de l’art. Débute ainsi sa nouvelle vie de femme mariée. Tenir la maison, participer aux rencontres de la communauté et attendre leur premier enfant. Une grossesse extrêmement difficile pour Sixtine qui se sent rabaisser par les paroles infâmes de sa belle-mère. Elle doute d’elle et s’en remet à Dieu pendant de longs rosaires censés l’absoudre de ses mauvaises pensées. Le couple bat rapidement de l’aile. Elle découvre que Jean-Louis fait d’une branche radicalisée du mouvement et qu’il s’adonne à des raids sanglants. Elle remet tout en cause, sa place au sein de la communauté, sa croyance, leur combat et sa foi. Sixtine prend toute la mesure de l’emprise psychologique de la communauté lorsque sa belle-mère lui enlève son bébé.

 

Ainsi débute, pour elle et son bébé (récupéré entre temps), un exil salvateur dans un petit village bienveillant. Elle y rencontre l’autre côté, le diable, les tentations, l’amitié, l’abondance de l’alcool, de la drogue. Sans toutefois y plongée, elle découvre l’abnégation et la tolérance. Elle apprend à connaître de merveilleuses personnes. Malgré des premiers pas hésitants, des maladresses et des fautes, Sixtine découvre l’immensité d’un monde d’une beauté étrange. Elle ne réprouve pas sa foi mais elle apprend à être modéré auprès d’un curé bon-enfant.

 

Entre sectarisme et manipulation psychologique, ce roman nous entraîne dans un sujet loin d’être simple. J’ai suivi avec curiosité cette fuite m’attardant sur l’aspect psychologique de Sixtine qui est étoffé et méticuleusement décrit. La détresse, la douleur, l’espoir, l’attente, la peur sont parfaitement mis en exergue. Une quête difficile vers une liberté qui malgré tout coule dans ses veines depuis toujours. Tout au long de ce récit des lettres familiales apparaissent et nous apprend beaucoup de choses. Maylis Adhémar nous offre un roman puissant où les liens, la manière de vivre et inculqué depuis toujours, sont d’une manière (presque) irrévocable. Un endoctrinement puissant qui m’a filé les frissons. La question que je me suis sans cesse posée : jusqu’à quel point les manipulations psychiques peuvent endormir et modeler une personne à volonté ? Et la réponse qui m’a apparu clairement et qu’il n’y a aucune limite ! Un roman choquant mais offre une lumière potentielle au bout de ce tunnel (sans fond). Une lumière qui s’appelle liberté et qui malgré toutes les douleurs encourues, elle vaut le coup. Sixtine est une personne admirable qui a suivit son instinct maternelle et malgré la peur de l’inconnu et de son appréhension a su dépasser toutes ses limites. Un roman enchanteur et qui prouve sans relâche que l’emprise mentale peut être défaite et au delà de ça que la vie existe en dehors de ce voile mortuaire.

 

 

LES NUITS D’ÉTÉ, un roman de Thomas Flahaut.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions de l’Olivier

#68premièresfois


Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance.
À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies.
L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés.
 
 
L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Suisse.
Ces enfants des classes populaires aspiraient à une vie meilleure. Ils se retrouvent dans un monde aseptisé plus violent encore que celui de leurs parents. Là, il n’y a plus d’ouvriers, mais des opérateurs, et les machines brillent d’une étrange beauté.
Grande fresque sur la puissance et la fragilité de l’héritage social, Thomas Flahaut écrit le roman d’une génération, avec ses rêves, ses espoirs, ses désillusions.

 

Ma note : 4/5
2020
224 pages
Disponible en numérique et en broché

 


MON AVIS

Thomas, Louise et Mehdi sont des enfants de la classe ouvrière. Des pères quasi absents, ouvriers de toujours, l’usine c’est une vie, une vie entière. Celle qui préoccupe, celle qui use, celle qui distille un poison sournois, celle qui brise, celle qui n’amène que désolation. Thomas, Louise et Mehdi ont vu l’usine prendre la moindre parcelle de leurs pères. La maladie, l’alcool pour oublier la dureté de l’usine. Mais lorsqu’on est enfant l’usine se concentre sur le quartier dans lequel on grandit. Un ghetto où la détresse se mesure aux rires des enfants.

 

Thomas, Louise et Mehdi ont grandit avec l’idée que l’usine n’était pas leur avenir. Un rêve illusoire tristement rattrapé par la réalité. Mehdi y travaille l’été depuis sept années. Thomas la rejoint après avoir raté ses études. Louise, étudiante, prépare sa thèse sur les ouvriers frontaliers.

 

Elle est là, partout, filigrane visible dans les corps et les cœurs. L’usine happe, alpague, maintient, enserre, noie. L’usine c’est un monde violent, répétitif. Un monde de chiffres, de bruits, de regards en coin, de regards triste. Un monde solitaire où le corps est mis à contribution, où la nuit désolidarise. Un monde où la vitesse, l’alcool deviennent cette liberté fugace et où l’amour est un doux éphémère.

 

Thomas Flahaut parle de la brutalité du monde avec une honnêteté sans faille. Il décortique les corps et les âmes. Il nous montre l’invisible, ce qui se chuchote dans ce monde douloureux. Une fresque sociale puissante, sans concession, sans avenir, sans vie. Un monde désenchanté, enchaîné dans une sorte d »héritage morbide de père en fils. Une plume impitoyable instillant par moment cette dose de bonheur, de liberté, de vie. Mais l’épuisement, la survie sont bien plus forts que ces instants fugaces et précieux.

 

J’ai souvent du mal avec les romans sociaux. Le désespoir est bien trop souvent présent et oppressant. L’atmosphère est y tout aussi pesante J’admire toutefois la manière dont Thomas Flahaut s’en accapare et nous plonge dans son monde.

 

Une chronique de #Esméralda

LES ORAGEUSES, un roman de Marcia Burnier.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Cambourakis

Collection Sorcières

#68premièresfois


« Depuis qu’elle avait revu Mia, l’histoire de vengeance, non, de “rendre justice”, lui trottait dans la tête. On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire. Lucie n’avait pas été très convaincue par le choix de mot, mais ça ne changeait pas grand-chose.
En écoutant ces récits dans son bureau, son cœur s’emballe, elle aurait envie de crier, de diffuser à toute heure dans le pays un message qui dirait On vous retrouvera. Chacun d’entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »
Un premier roman qui dépeint un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie.

 

Ma note : 4/5
2020
144 pages
Disponible en broché et bientôt en poche (le 1er septembre)

 


MON AVIS

Comment se reconstruire lorsque la faute du viol retombe sur le dos de la femme ? Comment considérer son avenir, quand Lui, n’est en rien coupable ? Comment s’approprier de nouveau sa vie, son corps et son âme ? Comment vivre simplement sans craindre la nuit, les regards, les gestes et les mots ? Comment ?

 

Marcia Burnier narre le viol. Les conséquences désastreuses. Les femmes qui par dépit se réclament justicières par leurs  actes borderline. Quelles limites ne pas franchir ? Mettre la rage, la force, l’impuissance, la peur, la solitude dans ce déferlement de cris, de mots, d’actions qui se veulent légitimes et justes.

 

LES ORAGEUSES détonnent, dérangent (sans aucun doute) et tracent la voie libératrice de ses femmes condamnées trop souvent au silence. Qui veut entendre qu’une femme de son entourage, plus ou moins proche, a subi un viol, un inceste ? Qui veut écouter une femme pleurer ? Qui veut tendre la main à ce que la société catégorise de femmes-salopes ? Qui ? Qui ?

 

Un sujet sensible portée par une plume acérée, franche et qui ne veut surtout pas vous attendrir. Elle n’attend aucune compassion, aucune empathie de votre part et encore moins votre pitié. Elle choque, elle chamboule, elle vous mal à l’aise, elle ne vous laisse aucun répit, elle vous secoue, elle vous mobilise, elle vous parle de viol, de femmes et de ce silence nauséabond qui s’installe malicieusement, enfermant vicieusement ses proies dans cette bulle destructrice. Elle parle malheureusement d’une vérité bien trop cruelle.

 

Une belle histoire dans toute son horreur. Un roman qui coupe la chique.

 

Un roman d’une puissance incroyable. Une lecture à laquelle j’ai du rapidement ériger une barrière pour ne pas suffoquer à cause de la douleur omniprésente tout au long du récit. Une lecture qui explose de toute part. L’ombre s’épaissit et enveloppe le gang mais il existe tout de même cette lumière. Celle que l’on espère entrevoir au bout du tunnel, annonciatrice d’un avenir meilleur. Marcia Burnier explore avec tact et fracas un thème très difficilement abordable dans notre société et c’est une bonne raison d’ouvrir son roman.

 

Elle a été surprise de constater que réparer d’autres la réparait elle, que voir d’autres hommes payer pour un crime similaire à ce qu’elle avait vécu lui apportait un certain sentiment de reconnaissance, de justice […] Pour une fois, elle a l’impression qu’on la voit, elle et les autres, elles ne sont plus invisibles, voilà c’est ça. Elle n’a plus l’impression que sa douleur doit se ratatiner sous un tapis, qu’elle doit la cacher coûte que coûte, elle n’a plus l’impression que c’est une tare, mais plutôt quelque chose dont elle doit parler sans rougir, sans tressauter ni baisser les yeux. […] Et elle a découvert quelque chose de fou, quelque chose dont on avait essayé de la priver. Elle a découvert qu’elle n’était pas seule.

 

Une chronique de #Esméralda

LE PENSIONNAT DES INNOCENTES, un polar de Angela Marsons.

POLAR

Éditions POCKET

Prix Nouvelle Voix du Polar 2021

Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois


Avant de mourir, Teresa Wyatt a juste eu le temps de croiser le regard de son agresseur et de le reconnaître. Mais aussi de comprendre qu’il était trop tard… Pour elle, mais aussi pour ses amis, les cinq du pacte de Crestwood, liés par un secret. Un sombre secret que l’inspectrice Kim Stone va devoir déterrer pour rendre justice aux innocentes oubliées.
Bienvenue au Pays noir, dans une région engloutie par la désindustrialisation, le chômage et le charbon, là où tout n’est que poussière…
 
Ma note : 5/5 mention « surprenant »
464 pages
Disponible en numérique, broché et poche


MON AVIS

Voici mon coup de cœur de cette sélection du prix nouvelle voix du polar 2021. Angela Marsons signe un premier polar tonitruant.

 

Son héroïne, Kim Stone est un sacré bout de femme. Caractérielle, fonceuse, tête brûlée, casse-cou, insupportable, sa personnalité détonne dans le commissariat. Stone a de nombreuses blessures liées à son enfance qu’elle tente à tout prix à ne pas rouvrir car l’enfer s’abattrait sur sa vie. Névrosée par le travail, obsessionnelle dans la perfection, Stone paraît bancal sous cette carapace renforcée. Sa vie se résume à son boulot. Pas de famille qui mériterait son attention, seul ses coéquipiers font figure d’amis. Alors quand le meurtre de Teresa Wyatt l’entraîne dans les couloirs sombres et secrets du foyer pour jeunes filles de Crestwood, c’est un peu de sa vie qu’elle entrevoit. Une nouvelle enquête qui la pousse dans le ténébreux passé de Crestwood où les morts, ces filles ensevelies, ont de nombreuses choses à raconter. La vérité a un prix et elle est prête à tout pour la faire éclatée, tant pis pour les fâcheuses conséquences, elle devra composer avec.

 

Ce premier polar (et tome) est une véritable réussite à mes yeux. Je retrouve l’atmosphère que j’aime tant dans les polars. Une intrigue bien ficelée qui m’a mené par le bout du nez jusqu’à la dernière page. De nombreux personnages qui ont tous une place cruciale dans le scénario et pour une fois je ne me suis pas sentie perdu. Une héroïne qui en jette et malgré son sale caractère je me suis attachée. Un polar qui contre toute attente déborde de bons sentiments au milieu des cadavres qui s’agglutinent. Et c’est en cela qu’il est déroutant. Je ne me suis ennuyée à aucun moment. J’ai vite été prise au cœur de cette enquête où le passé est la clef de tout. Sous le ciel gris et charbonneux du Pays Noir où seule la désolation, la dépravation et la pauvreté règnent, Stone se démènera corps et âme pour rétablir la vérité.

 

Un polar qui m’a tout simplement captivé dès le départ et qui finit sur un final tonitruant et inattendu. LE PENSIONNAT DES INNOCENTES est sans aucun doute ma plus belle découverte de cette sélection 2021 et mon coup de cœur !

 

Une chronique de #Esméralda