FELIS SILVESTRIS, un roman de Anouk Lejczyk.

LITTÉRATURE BLANCHE

Éditions Du Panseur

#68premieresfois

Sans crier gare, Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destruction.
Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c’est sa soeur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ?
 
Entre les quatre murs d’un appartement glacial, chambre d’écho de conversations familiales et de souvenirs, une jeune femme tire des fils pour se rapprocher de Felis – sa soeur, sa chimère. Progressivement, son absence devient présence ; la forêt s’étend, elle envahit ses pensées et intègre le maillage confus de sa propre existence. Sans doute y a-t-il là une place pour le chat sauvage qui est en elle.

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
192 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Voici un roman bien étrange. Étrange dans le sens où je ne pense pas avoir saisi l’idée générale du livre et/ou, au moins, il ne m’a pas atteint.

 

Felis Silvestris, de son nom plus commun, chat sauvage, est le nom que cette fille s’est donné en arrivant dans cette forêt, lieu de rébellion contre un monde capitaliste destructeur. Des anonymes parmi des anonymes, ensemble contre l’évidence. Communauté bienveillante, chaleureuse bon enfant où les départs et les arrivées rythment un quotidien difficile.

 

Elle est arrivée par le plus grand des hasards. Une route qu’elle a suivi parmi tant d’autres qu’elle emprunte depuis un certain temps laissant derrière elle, sa mère, son père et sa sœur.

 

Est ce que la forêt sera le catalyseur de ses craintes et de ses peurs ? Se trouvera t’elle finalement ?

 

La narration vogue entre son point de vue et celui de sa sœur, entre passé et présent, entre angoisses et réalités. Le rendu est quelque peu extravagant et curieux. L’une devient l’autre et vice versa. Une frontière floue qui m’a beaucoup interrogée sur l’existence véritable de deux sœurs. J’ai eu l’impression de naviguer en plein dans un rêve. Je ne sais pas si c’est l’effet recherché ou si c’est moi qui suis bizarre. Quelques jours après avoir refermé ce roman, je pensais avoir, peut être un déclic, et me dire d’accord j’ai enfin compris. Et bien non ! Je n’ai pas su saisir le sens de ce roman, le lien avec la nature, le lien avec la réalité de notre société. Je n’ai pas su être sensible à la subjectivité qui découle et surtout m’en saisir. C’est embêtant. Je m’attendais à un natur writing, mais je me suis retrouvée face à un portrait alambiqué d’une jeune femme qui se cherche inlassablement. Est ce que l’auteure cherche a déstructuré la nature humaine façonnée par l’industrialisation pour la remodeler plus proche de la nature ?

 

Certes je nage en eau trouble mais je dois avouer que la plume de l’auteure est d’un naturel envoûteur. Une plume poétique qui sait saisir l’instant T, celui de la douleur, de la peur et du bonheur.

 

En bref :
– Une narration semant le doute et le trouble
– Une histoire à laquelle je n’ai pas su donner un sens
– Une plume poétique et sensible.
 
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
LECTURE 3/22

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE, un roman de Amina Damerdji.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

#68premièresfois


« Je ne peux pas dire que nous ayons pris les armes pour ça. Bien sûr que nous voulions un changement. Mais nous n’avions qu’une silhouette vague sur la rétine. Pas cette dame en manteau rouge, pas une révolution socialiste. C’est seulement après, bien après que, pour moi en tout cas, la silhouette s’est précisée. »
.
Cuba, juillet 1980. En cette veille de fête nationale, Haydée Santamaría, grande figure de la Révolution, proche de Fidel Castro, plonge dans ses souvenirs. À quelques heures de son suicide, elle raconte sa jeunesse, en particulier les années 1951-1953 qui se sont conclues par l’exécution de son frère Abel, après l’échec de l’attaque de la caserne de la Moncada.
L’histoire d’Haydée nous plonge dans des événements devenus légendaires. Mais ils sont redessinés ici du point de vue d’une femme, passionnément engagée en politique, restée dans l’ombre des hommes charismatiques. Ce premier roman offre le récit intime et pudique d’une grande dame de la révolution cubaine gagnée par la lassitude et le désenchantement, au seuil de l’ultime sacrifice

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
320 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

L’histoire de Cuba m’est totalement inconnue. A part la crise des missiles et Fidel Castro, l’île reste pour moi une vaste idée. Je n’ai aucune notion de politique et de sociologie. Ce récit romancé ne fait ni l’apologie et ni la critique d’un régime quelconque. Il met en exergue la vie d’une femme hors du commun qui a été au cœur de la révolution.

 

Haydée Santamaria est la fille aînée d’une famille qui n’a pas été dans le besoin. Sa mère l’a élevée dans l’idée même qu’elle serait l’épouse et la mère parfaite. Mais Haydée voit sa vie autrement. Lorsqu’elle rejoint son petit frère à La Havane, son quotidien va changer. De nature timide et introvertie, Haydée écoute volontiers ses camarades s’exprimer. Plusieurs événements lui forgent le caractère et la poussent enfin à livrer ses idées et ses convictions qui la porteront, avec ses ami.e.s et son frère, à cette date fatidique, le 26 juillet 1953.

 

LAISSEZ-MOI VOUS REJOINDRE est un roman bouleversant. Le parcours de cette femme est hors norme. Elle fait figure de résistante, de rebelle et de féministe. Sa vision est assez moderne pour l’époque où la femme est considérée, encore, comme un être inférieur. Sa prise de position est audacieuse et ses camarades lui vouent un respect notable. Ce roman est un legs de souvenirs douloureux comme heureux. Un héritage lourd et pourtant essentiel dont le seul but est l’évolution de la société et des mœurs. Amina Damerdji m’a plongée avec une aisance particulière dans une vie tumultueuse et dure. Tout est d’une honnêteté déconcertante. Je n’ai pas eu l’impression que le récit est fardé ou filtré en tout cas il est apolitique et c’est le point que j’ai apprécié. Le lecteur assiste à la naissance du mouvement révolutionnaire qui porte ses idéaux avec fougue et passion. Les erreurs sont nombreuses et les conséquences détestables mais l’optimisme d’un monde meilleur les porte.

 

Un récit riche en émotions et il aura fallu juste la dernière phrase pour en mesurer toute l’ampleur et le sacrifice incommensurable.
 
En bref :
– Un récit romancé sur une figure emblématique et féministe de la révolution cubaine
– Un testament puissant
– Un héroïne hors du commun
– Un roman bouleversant
 
Un très joli coup de cœur pour cette lecture portée par une plume chargée d’émotions et d’humilité. 

 

Avez-vous envie de le découvrir ?
LECTURE 2/22

JARDIN SECRET À PALERME, un roman de Valérie Mangin.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions La Sirène aux yeux verts


Lorsque les filles de Sara arrivent à Palerme, elles ne reconnaissent plus leur mère. Sous le soleil de Sicile, quelque chose a manifestement changé. Petit à petit, Manon et Lisa vont comprendre que ce changement de lieu inopiné est loin d’être une fuite, et en découvrir les vraies raisons.
Sara est une femme meurtrie par une existence menée sous le joug du silence. Silence dissimulateur, silence réparateur, silence rédempteur qui doit un jour se briser pour faire place à la lumière : celle de la vérité, celle de la vie, celle de l’amour dans tout son éclat.
 
La révélation de Sara à ses filles, c’est d’abord la révélation d’elle-même, puis la célébration du lien mère-filles jusqu’ici terni par les non-dits et les affres d’un mariage raté.
Second roman de Valérie Mangin, « Jardin Secret à Palerme » est un chant-roman initiatique dont le personnage central est la Sicile, île solaire, île de beauté, de joie, d’amour et de liberté retrouvés.

Ma note : 3/5
2021
248 pages
Disponible au format broché


MON AVIS

Sara a vécu sa vie avec ce silence absolu, ce secret pesant et étouffant. 

 

Sara n’est pas partie sur un coup de tête. Sara est partie avec l’unique intention d’aller mieux et de vivre afin dans la paix et l’harmonie. 

 

Lorsque ces deux filles viennent la rejoindre sur la jolie île, elle est enfin prête à partager le terrible secret de son existence et ainsi donner l’occasion à ses filles de vivre pleinement.

 

Sophie Mangin explore les confins des secrets de famille et toutes les conséquences qu’ils engendrent. De sa plume poétique et au côté d’une héroïne en parfaite adéquation avec elle-même, Valérie Mangin nous invite à une certaine délivrance et apaisement.

 

Un roman tout en éclat et lumineux qui aborde un thème intergénérationnel : le poids des secrets. Ici la nature a une place importante et devient le témoin du changement. On peut entendre les oiseaux, sentir le frôlement du vent et les délicieuses odeurs de cette terre riche et accueillante. Elle décortique aussi les liens familiaux et leurs tensions souvent inexpliquées. Les non-dits et les silences ont cette incroyable facilité de modeler les souvenirs et les ressentiments.

 

En bref :
* Valérie Mangin explore un thème récurrent dans la littérature : le poids des secrets
* Une plume poétique qui nous invite au voyage des sensations et de la délivrance
* Un héroïne sur la route de l’acceptation et du partage
* Un décor délicieux
 
J’ai apprécié cette lecture malgré le style rigoureux. Je n’ai pas été transportée comme je l’aurais souhaité. Je n’ai pas été sensible à ces bribes de poèmes déminées ici et là. Je n’ai pas ressenti d’empathie, ne me permettant pas de vivre pleinement cette lecture.

 

Si vous connaissez ou souhaitez connaître Palerme, alors ce roman est fait pour vous. Valérie Mangin est généreuse sur les détails culturels.

 

JOUR BLEU, un roman de Aurélia Ringard.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Frisson Roche Belles-Lettre – Collection Ex Nihilo

Les 68 premières fois

Une femme a rendez-vous avec un homme en gare de Lyon. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Cela fait trois mois qu’ils se sont rencontrés. Trois mois au cours desquels ils ne se sont pas vus. Elle a décidé de venir très en avance, de prendre ce temps de l’attente, assise au café. Le hall de la gare revêt l’allure d’une salle de spectacle, d’une pièce de théâtre où chaque personnage qu’elle croise la renvoie à ses propres souvenirs, aux moments clefs de la trajectoire qui l’a menée jusqu’ici et qui a façonné le décor de sa vie.
Dans ce premier roman, Aurélia Ringard décrit avec minutie une poignée d’heures de la vie d’une femme, dans un huis clos magistral, époustouflant de maîtrise et de mélancolie.

 

Ma note : 3/5
2021
164 pages
Disponible au format broché

 


MON AVIS

Elle, dans ce café attendant l’amour en devenir, attendant l’indicible et l’impalpable. Assisse, elle observe, elle se souvient. De son enfance, de son adolescence, de ses rêves, de ses peurs, de ces trains qu’elle a pris de nombreuses fois, de ses voyages, de ses aspirations, de son frère, de sa mère, de son père. Une douce parenthèse, une pause, au cœur de la vie trépidante, folle. Elle note, elle divague, elle digresse. Elle rit, elle pleure, elle sourit.

 

Et puis il y a Lui. L’artiste au doux sourire. La flamme dans les yeux, celle qui consume les assoiffés, les affamés, les créatifs. Elle y voit la vie ardente, passionnée, douce, protectrice.

 

Triste et mélancolique, la plume d’Aurélia Ringard explore la vie avec grand fracas. « Narratrice chaotique » elle entame une rétrospective. Vacillant entre passé et présent, l’auteure emprunte le chemin délicat de l’introspection. Une narration à double temps qui use du « je » et du « elle » conférant ainsi au récit une dimension difficilement appréhensible.

 

L’alchimie n’a tout simplement pas fonctionné, à mon grand désarroi. J’ai eu beaucoup de mal à plonger dans le récit. L’alternance de la narration y est pour grand-chose. Et puis c’est tellement triste. Alors qu’à l’heure actuelle j’ai besoin de lectures chaleureuses, exubérantes. 

 

En bref :
* une plume poétique et chargée en émotions
* une histoire chaotique à l’image du style narratif
Ma première rencontre avec les livres de la sélection 2022 des 68 première fois n’a pas été aussi idyllique que je l’espérais. 

 

Un roman qui pourra vous séduire, enfin je l’espère vivement.

 

Lecture 1/22 de la saison 2022

VOYAGE AU CENTRE D’UN CERVEAU AUTISTE, un roman de Babouillec.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Rivages Poche


Anouk Grinberg (Préfacier)
« Comme une funambule, j’ai arpenté les fils secrets du mystérieux balancement des pensées en équilibre entre le plein et le vide. »
En surveillant les échanges chimiques au niveau de ses synapses, en analysant les mots qui se forment sur son lobe frontal, Babouillec s’interroge sur ce qui fonde la différence et observe, perplexe, la course des messages nerveux sous sa peau qui l’isole.
Par la violence des émotions qu’elle provoque, c’est notre peur collective de la solitude que l’artiste éveille, et c’est le droit de chacun à être écouté et compris qu’elle revendique.
Diagnostiquée autiste dès son plus jeune âge, Babouillec s’impose aujourd’hui comme une autrice majeure de la scène contemporaine.

 

 

Ma note : 5/5
Nouveauté 2021
64 pages
Disponible au format numérique et poche

 

 


MON AVIS

Pourquoi doit-on punir les errances mentales nées d’un cerveau différent. Pourquoi certains nous reniflent comme des êtres à enfermer. Pourquoi dans la classification ethnique un humain est un humain et dans la classification sociale le mot classe est mis en lumière, le mot humain est éteint.
Quelle est la classe des énergumènes répertoriés très déficitaires mentalement dont le mutisme renforce l’obsolescence. […]
Dans le mystère des ombres palpite l’incandescence.
Les êtres loin du regard ouvrent le secret d’une existence.

 

Ouvrir un roman de Babouillec, c’est ouvrir une porte sur l’infini. Un plongeon dans l’incommensurable, dans le grandiose, le grandiloquent, le merveilleux, la différence.

 

Le Je, le Elle, le Chaos, se croisent, se décroisent dans ce ballet aux règles non définies. Où le validisme n’est rien, où la normalité n’a rien de normale, où la différence n’est qu’un reflet d’une société à sens unique.

 

Babouillec s’arme de ses plus mots pour transcrire sa vie avec un œil critique. Babouillec vous invite dans son monde où le rien et le tout ne forment qu’une idée vague et subjective. Un monde où les questions affluent où les réponses résonnent, limpides et foudroyantes.

 

Babouillec aime explorer l’infinité de son monde silencieux, de son monde si majestueux et si juste. Elle piétine nos idées reçues, nos idéaux, nos convictions comme une vulgaire poussière. Elle nous pousse dans nos retranchements intérieurs, intimes et nous ouvre la voie de la bienveillance.

 

Lire Babouillec c’est intégrer un univers plural. Un univers de couleurs, de rire, de larme, de maux.

 

Lire Babouillec c’est se donner la chance de rencontrer une personne unique.

 

En bref :
* Un court roman immersif
* Une plume exceptionnelle
* Une lecture que je vous invite à lire à voix haute, vous serez transpercez par la sonorité des mots
* Un voyage exceptionnel où la différence prend toute sa valeur
* Un regard critique et sarcastique sur notre société
* Une auteure de génie à découvrir sans faute

 

Une ode puissante à la liberté, à la pluralité de notre société et à l’acceptation d’un monde mouvant. Babouillec détonne dans ce monde presque aseptisé.

 

Comme une funambule, j’ai arpenté les fils secrets du mystérieux balancement des pensées en équilibre entre le plein et le vide.

 

LE MEURTRE DE LOUISE ADAMS, un roman de Laura Carrère.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Du Rocher

En partenariat avec Gleeph

Mariée et mère de deux enfants, Anne Leroy ne s’est jamais remise de l’arrestation de son père en 1984, l’année de ses dix ans. Alors que la famille menait une vie rangée dans la campagne normande, à quelques kilomètres d’Omaha Beach, Jacques Leroy a été condamné à quinze ans de prison pour le meurtre de Louise Adams, l’épouse d’un général américain venu assister au quarantième anniversaire du Débarquement.
.
Trente ans après le drame, Anne est en vacances sur les lieux de son enfance, lorsqu’un incident rouvre ses blessures et la pousse à mener une enquête sur les origines du crime de son père. Mais les témoins se montrent réticents, et la parole peine à se libérer.
Et si les racines de cette tragédie étaient plus anciennes ? Anne va devoir démêler les fils d’une histoire familiale tourmentée qui la ramènera aux temps troublés de l’Occupation allemande.
 
Ma note : 3,5/5
Nouveauté 2022
288 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Les histoires de famille ont cette capacité de vous pourrir la vie et surtout de vous poursuivre longtemps, de poursuivre leur destin de générations en générations.

Anne n’avait qu’une dizaine d’années lorsque son père a été condamné à la prison pour meurtre et s’est ainsi effacé de sa vie. « Être la fille de » est lourd à porter sur ses frêles épaules et sa relation avec sa mère s’effrite sans relâche. Le mal s’installe profondément. Et c’est de nombreuses années plus tard qu’il éclot avec une rare violence. Quelques jours sur sa terre natale et un drame, plus tard, Anne va devoir combattre ses démons. Une quête sur la vérité absolue. Mais elle n’avait pas envisagé les conséquences inéluctables qu’elle causera. Une immersion dans le passé dans La France occupée par les Allemands.

Laura Carrère signe un premier roman très prometteur et nous plonge dans les affres du secret. Rapidement l’auteure nous accapare avec un premier drame dont la suite va en découler et dépendre. Anne est une femme rongée par les souvenirs, le doute et l’incompréhension. Une femme affaiblie par les mensonges et ce passé déchirant. Une femme qui perd pied dans ce monde où la vérité sera la seule à pouvoir la relever. L’immersion est totale et déchirante. Les langues se délient avec remord et animosité et seule la hargne d’Anne poussera les obscurs souvenirs. Entre polar et thriller, ce roman explore les méandres de la famille avec une rage ardente. Anne n’a jamais su défaire des liens avec une mère toxique et le souvenir d’un père qui a disparu. Elle sonde ses plus grandes peurs.

Une plume sans contexte fluide et empreinte d’une palette d’émotions, Laura Carrère signe un premier roman intéressant. Une atmosphère anxiogène que j’ai appréciée et notamment l’ancrage dans la France sous occupation Allemande. Même si ce dernier aspect est moindre, il reste néanmoins la clef. Un roman un peu trop court à mon goût et j’ai regretté quelques redondances sur l’aspect psychologique de l’héroïne qui accentue son état d’esprit et de vulnérabilité.

 

En bref :
* Un premier roman intéressant et très prenant
* Une écriture fluide qui nous plonge directement dans l’histoire
* Une héroïne en proie aux secrets
* Une intrigue finement explorée
* Un aspect historique assez intéressant
 
Je remercie l’App Gleeph et les éditions Du Rocher pour cette découverte livresque.
Un roman à découvrir !

HIER REVIENDRA, un roman de Julie Broly.

FANTASTIQUE

Éditions L’Alchimiste


Parents comblés à qui tout sourit, le ciel d’Éric et Barbara s’assombrit le jour où un drame emporte leur univers et fait basculer leur vie. Lorsqu’arrive le temps de la reconstruction, ils sont alors confrontés au comportement étrange de l’un de leurs fils. Pour tenter de le comprendre, ils vont s’efforcer de regarder le monde à travers ses yeux d’enfant et se lancent dès lors dans des recherches qui ne cesseront de les surprendre autant que les bouleverser. Par amour pour leur petit garçon, ils abandonneront peu à peu leurs repères.
 
Mais jusqu’à quel point seront-ils prêts à changer leur perception de la réalité et jusqu’où iront-ils pour libérer leur fils de ses tourments ?
Hier reviendra est un voyage au-delà des convictions, l’histoire d’une différence et la quête d’une reconstruction intime.

 

 

Ma note : 3/5
Nouveauté 2022
280 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Croyez-vous à la réincarnation ?

 

Ici Julie Broly explore ce monde mystique. Ces souvenirs venus d’ailleurs, d’hier. Un petit garçon charmant, espiègle, change brutalement de comportement suite à un traumatisme conséquent qu’a subit toute la famille. Il se dégrade rapidement, mais Eric et Barbara confèrent cela à la situation difficile qu’ils traversent tous. Jusqu’au jour fatal où sa vie est mise en danger.

 

Grâce à un psychologue qui met en lumière la différence du petit bonhomme, les parents sont désarmés et n’y croient pas trop et c’est la persévérance du grand frère qui va changer la donne.

 

Julie Broly nous offre une histoire douloureuse mais qui dégage ce sentiment de plénitude une fois ce voyage engagé. Une sorte de quête initiatique qui réconcilie le passé et le présent, la douleur et l’acceptation, la perte et le deuil. Ce dernier est en quelque sorte le fil rouge de cette histoire pittoresque. Accepter la douleur du deuil et la façonner pour en tirer le meilleur.

 

C’est un roman courageux porté par une famille totalement désemparée, esseulée et en colère. Un roman lumineux qui nous ouvre les portes (un peu) de l’impossible et qui explore ce monde avec une jolie franchisse.

 

Une très belle histoire qui à mes yeux a toutefois manqué de fluidité et les différents rebondissements m’ont paru long. Cela n’a pas eu d’incidence sur l’intérêt que j’ai pu porter à cette lecture.

 

En bref :
* Une famille décharnée par les différentes situations qu’elle a pu traverser
* Un petit garçon pris dans les cauchemars d’un autre
* Un roman sombre mais empreint d’une douce espérance
* Une douloureuse quête sur l’acceptation du deuil et de la perte
 
Une jolie lecture qui ne m’a pas entière conquise mais que je vous invite à découvrir si les sujets développés vous intéressent.

SUNSET PARADISE, un roman de Sophie-Anne Delhomme.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Exils

Avec six photographies d’Olivia Fougeirol

Comment dire Los Angeles, cette ville tentaculaire ? Sophie-Anne Delhomme, auteure de Quitter Dakar (le Rouergue, 2010) entend parcourir tous les rêves, tous les mirages de la cité légendaire. Par de courts fragments comme autant de microfictions, son récit cerne petit à petit une société faite de mille désirs parallèles.
On y suit Olivia une photographe dans son travail d’archivage du réel, on y découvre surtout les nombreux homeless de la ville de passage dans un shelter (un abri) où des bénévoles leur coupent les cheveux et les maquillent. Au fil des pages se dessinent alors une communauté de destins, résumés par ce vers du poète Langston Hughes : « What happens to a dream deferred ? » Qu’arrive-t-il à un rêve qui dure et ne s’accomplit pas ? Sunset Paradise est le roman de ces rêves inaccomplis.

 

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
128 pages
Disponible au format broché

 

 


MON AVIS

Récit incisif, où réel et irréel se croisent dans un chaos paradisiaque teinté de rires, de larmes et de cris.

 

Rencontres éphémères, portraits saisissants, images rebelles, images douces initiatrices d’un rêve ou d’une illusion s’échappant dans les voluptés d’un monde sans homme, sans femme. Homeless un titre pompeux pour nommer l’indésirable se parant d’une multitude de couleurs chatoyantes, portant sur leur épaules et dans leurs yeux la misère, souillon d’un monde sans rêve, désabusé.

 

Instants clés, instants flash se mesurant au déclic de l’appareil photo. Instant de douceur et de douleur. Instant de tous les instants. Olivia révèle le monde, le met à nu, l’interroge et le pointe du doigt. De la compassion, de l’empathie colorent ses photos. Un shelter comme décor qui s’anime un jour par semaine et devient le théâtre de la vie décousue, sauvage, volée.

 

En bref :
* Un roman poignant
* Un portrait saisissant de la ville des Anges
* Un kaléidoscope brut de vies furtives où les apparences sont à la hauteur des désirs réels et volés.
 
Un roman empreint d’une douceur douloureuse. Chapitres et paragraphes courts, trépidants de l’instant fugace de ces vies trompées, trompeuses. Un récit émouvant et intrépide, décapant la vérité sans filtre sublimée par six photographies resplendissantes de sens.

 

A découvrir sans aucun doute dès le 10 février !

L’HOMME SANS FIL, un roman d’Alissa Wenz.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Denoël


« S’amarrer dans des villes inconnues, ne pas savoir où il va dormir, voilà ce qu’il aime. L’exaltation du nouveau. C’est exactement ce qu’il ressent quand il entre dans des réseaux informatiques. Oui, c’est la même chose, se dit-il, c’est un acte de foi. […] Les journaux l’appellent ainsi : le hacker sans abri. »
En 2010, le jeune soldat Bradley Manning est accusé d’avoir divulgué des documents
classés secret-défense, révélant d’importantes bavures de l’armée américaine. Il risque alors la prison à perpétuité.
Qui se souvient aujourd’hui d’Adrian Lamo, l’homme qui l’a dénoncé ? Hacker hors pair, Adrian Lamo est une légende dans son domaine. Mais le génie adulé, l’insolent vagabond, s’isole progressivement. Happé par les univers parallèles dont il se fait l’architecte, Adrian Lamo s’extrait peu à peu de la vie. Il perd dangereusement le fil du réel, entraînant dans sa chute ceux qui l’admiraient.
Avec une grande finesse, Alissa Wenz explore la part sombre de notre humanité et compose le portrait saisissant d’un antihéros 2.0.

 

 

Ma note : 5/5 mention « coup de cœur »
Nouveauté 2022
272 pages
Disponible au format numérique et broché

 

 


MON AVIS

Inspiré de faits réels, L’HOMME SANS FIL reste un récit romancé qui a le mérite de voguer entre l’irréalité et la réalité, subterfuge saisissant et impitoyable.

 

Vous avez tous entendu cette affaire en 2010, même si en France elle n’a pas eu un retentissement exemplaire, aux États-Unis c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Bradley Manning a vendu ou fourni des documents sécurisés à Wikileaks. Adrian Lamo est celui qui l’a dénoncé.

 

Ce récit narre la vie de cet homme hors-norme. Un homme vagabondant d’est en ouest, nord, sud. Les lieux insalubres sont son toit. Son sac à dos, sa vie. Son ordinateur l’ouverture sur un monde numérique. Son talent, hacker les grandes entreprises, mettre en lumière les failles et gracieusement les réparer. Adrian Lamo est un génie d’une honnêteté désarmante. Il améliore ce monde, il pointe du doigt les défaillances. Adrian est un homme complexe, insaisissable. Sa vision du monde est sans contexte atypique. Il le construit à sa manière, jouant avec l’illégalité. Le seul unique et faux pas le mène en enfer.

 

Alissa Wenz a le talent extraordinaire de narrer des histoires qui le sont tout autant. Captivée dans ma bulle, je lis avec une certaine frénésie, inquiétude et envie cette histoire qui n’en est une que parce qu’elle à été écrite. Se souvenir que ce n’est pas réel, qu’à moitié. Se plonger dans un univers unique, impénétrable, anonyme. Se dire que cet homme, malgré tout, est un homme bon qui a joué avec son erreur et s’est perdu dans les limbes d’un monde qui ne voulait plus de lui. Imaginer l’enfer, l’appréhender, le vivre et le chérir car il est le seul endroit où la vie semble paisible. Perception d’un monde où la trahison ne ressemble plus qu’à une certaine déchéance. Tomber sans jamais pouvoir se relever, juste cette envie de devenir enfin une personne, une seule personne et ne plus avoir à porter cette fichu casquette.

 

Un fil décousu, sensible, ténu. Un fil sans un homme, perdu, oublié, isolé. Un fil relié à l’ignominie. Un fil qui se casse dans cette chambre crasseuse, déshumanisée.

 

Portrait saisissant d’un homme simple et dont le bonheur ne tenait qu’au son des touches de son ordinateur. Un homme aux mille questions, aux mille angoisses mais dont le cœur débordait de générosité.

 

Immense coup de coup de cœur pour le nouveau roman d’Alissa Wenz que je t’invite vivement à découvrir !

SERVICE APRÈS-MORT, tome 1, un roman d’Angélique Kateb.

FICTION

Éditions Original KOBO

#Babelio

N’en déplaise à son carlin prénommé Danny, Lila, la trentaine, seule dans sa studette, ne se sent pas vraiment au mieux de sa forme. Il faut dire que son rêve de percer en tant que photographe à Paris est un échec complet : elle termine difficilement le mois aux coquillettes en se contentant d’immortaliser des mariages et des PACS.
 
Lorsque le décès de son grand-père l’oblige à revenir dans le Sud de la France, à Arles, sa ville natale où vit sa famille, elle débarque au moment du festival des Rencontres de la photographie dont le thème est… « Rêver sa vie ».
Chez les Naimi, pour combattre la déprime, qu’elle soit liée au deuil ou à la vie en général, on s’occupe. Et entre le hammam que tient sa grand-mère, et les pompes funèbres où officient sa mère et sa tante, de l’occupation, elle va en trouver. Seulement voilà, Lila a un don un peu particulier : un lien avec la mort qui n’appartient qu’à elle et que, jusqu’à présent, elle avait tout fait pour fuir.
Se réconcilier avec son don, comprendre (un peu) les femmes de sa famille et trouver sa voie ? L’été s’annonce prometteur. Quant à la gent masculine… il faut croire que, « quand on ne cherche pas, on trouve » !
 
Ma note 3/5
Nouveauté 2021
230 pages
Disponible au format numérique sur Kobo


MON AVIS

Lila avait planifié sa vie à la perfection. De sa passion, la photographie, elle en fait son métier. Monter à la capitale était un rêve qui s’est soldé, sans mentir, par un échec. De l’espoir de devenir photographe culinaire, elle se retrouve à couvrir les mariages et autres événements qui ne l’emballent pas vraiment. Le décès de son grand-père va tout remettre en question et décide donc de rentrer dans sa ville natale, Arles, pour un temps indéterminé. La mort est une affaire de famille. Sa mère et sa tante gèrent des pompes funèbres, tandis que sa grand-mère celui d’un hammam. Une famille autonymique et un père atypique qui virevolte autour de cette dernière. Une grande famille soudée par un lien indéfinissable, tumultueuse et parfois dysfonctionnelle. Sa petite sœur est un membre de son entourage assez stable avec des idées d’avenir bien définies. Lila retrouve avec fracas sa famille malgré le deuil qui les déchire. Et c’est ainsi que son don particulier avec la mort resurgit. Sauf que cette fois-ci elle a un allié de taille qui grâce à son enthousiasme la porte dans une aventure délirante.

La couverture est très flatteuse, le résumé totalement attrayant, mais le contenu m’a beaucoup moins séduite. Si le personnage de Lila est hyper attendrissant, ses aventures ne m’ont toutefois pas convaincu. Lila est une jeune femme totalement paumée et qui ne sait plus quoi prioriser. Son retour aux sources va agir comme une quête et elle va trouver de l’intérêt pour la mort au travers des pompes funèbres et de la vie par celui du hammam. Une sorte de quête initiatique qui porte ses fruits et va permettre à Lila de faire la paix avec ses doutes et ses questionnements. Sa petite sœur agit comme une brise rafraîchissante et leur lien va se trouver renforcé au travers de leurs missions outre-tombe. Je regrette que l’histoire parte finalement dans tous les sens. Il y l’aspect familial, puis la quête de la petite sœur à la recherche de ses origines, et Lila avec son don, l’appropriation de son identité et sa quête amoureuse, et une pseudo intrigue. Tout cela m’a donné l’impression que l’histoire s’éparpille et l’envie s’est quelque peu envolée. Ce premier tome ne m’a pas convaincu malgré une histoire originale et bizarre. Je me suis laissée toutefois entraîner par la plume de Angélique Kateb qui aime user d’humour.