THE GOOD GIRLS, un document de Sonia Faleiro

DOCUMENT

Éditions Marchialy – Grand reportage

Traduit de l’anglais (Inde) par Nathalie Peronny

Une enquête à suspense magistrale dans l’Inde contemporaine.
Un soir de mai 2014, dans un petit village du nord de l’Inde, deux adolescentes, amies et cousines, sortent faire un tour dans les champs à proximité de leur maison. Elles ne reviendront jamais. Leurs corps sont retrouvés pendus à l’aube dans le verger derrière chez elles. Que s’est-il réellement passé durant ces quelques heures ?
 
La vérité semble moins importante pour leur famille et les habitants de ce village que la rumeur qui enfle déjà. Il faut sauver l’honneur, à tout prix.
À partir de ce fait divers glaçant, Sonia Faleiro raconte les mécanismes d’une société ultra-hiérarchisée où la femme n’est jamais maîtresse de son destin, sauf peut-être dans la mort. Grâce à une enquête minutieuse, elle parvient à rétablir la vérité occultée et à écouter ce que ces deux jeunes femmes ont à nous dire.

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
400 pages
Disponible au format numérique et broché


MON AVIS

L’Inde est un pays passionnant. Une culture riche mais un peuple divisé.

 

Sonia Faleiro nous plonge au cœur d’un fait divers qui en 2014 a défrayé les chroniques indiennes. Après un rapide dressage des portraits des deux jeunes filles, Sonia Faleiro dépeint la société indienne. Une plongée vertigineuse où la femme n’a aucune place et où les castes limitent une certaine liberté. Les castes sont un vaste sujet mais ce sont elles (enfin les plus hautes) qui dirigent les différentes régions et les castes les plus pauvres sont au service des autres. Certains métiers ne sont pas accessibles pour les castes les plus faibles. Une hiérarchisation verticale qui floue à mon sens une certaine liberté des hommes et ne parlons même pas des femmes. Les mariages sont arrangés au sein d’une même caste et les femmes n’ont pas leurs mots à dire, de l’autorité parentale elles passent sous l’autorité matrimoniale.

 

Tout au long de son récit, Sonia Falerio fait état de la condition des femmes indiennes. Ce fait divers est le parfait témoignage d’une certaine réalité. L’Inde ne se résume pas à Holi, la fête des couleurs, ou à Bollywood. L’Inde est une terre où les filles ne peuvent pas aller à l’école si la famille n’a pas d’argent, où les mariages sont arrangés et ceux dès leurs plus jeunes âges (12 ans âge minimum légal et parfois les bébés), où les installations sanitaires dans le milieu rural sont inexistantes, où les viols sont rarement punis, où les infanticides sont nombreux et où les mœurs sont très strictes. L’Inde est l’un des pays le plus dangereux pour les femmes au monde.

 

Sonia Faleiro expose son point de vue de journaliste sur son pays natal qu’elle a quitté, appuyé par de nombreux témoignages et faits divers inhumains. Ce récit se lit comme un thriller et j’aurai presque cru que ce n’était pas la réalité. De nombreuses années de recherche ont été nécessaire pour conduire ce livre à éclore et clore cette tragédie à menant à bien son enquête.

 

Un hommage vibrant à ces femmes qui tentent de se délivrer de ces chaînes ancestrales et qui lancent un appel à l’aide déchirant et bouleversant.

 

En bref :
– Un récit émouvant et cruel sur la position dramatique des femmes en Inde
– Un fait divers témoignant des nombreuses tragédies
– Un cri puissant face à l’injustice
– Un portrait saisissant d’une Inde régie par les castes et les hommes
– Un document essentiel et choquant
 
Connaissais-tu l’Inde sous cet aspect ?
Un document que je t’invite vivement à découvrir.

UN LONG, SI LONG APRÈS-MIDI, un roman de Inga Vesper.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions de La Martinière

Traduit de l’anglais par Thomas Leclere
Masse critique Babelio

« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore. »
Dans sa cuisine baignée de soleil californien, Joyce rêve à sa fenêtre. Elle est blanche, elle est riche. Son horizon de femme au foyer, pourtant, s’arrête aux haies bien taillées de son jardin. Ruby, elle, travaille comme femme de ménage chez Joyce et rêve de changer de vie. Mais en 1959, la société américaine n’a rien à offrir à une jeune fille noire et pauvre.
Quand Joyce disparaît, le vernis des faux-semblants du rêve américain se craquelle. La lutte pour l’égalité des femmes et des afro-américains n’en est qu’à ses débuts, mais ces deux héroïnes bouleversantes font déjà entendre leur cri. Celui d’un espoir brûlant de liberté.

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
416 pages
Disponible au format broché et numérique


MON AVIS

Décor kitch, maisons et banlieues idéales à l’image de cette Amérique Blanche de la fin des années 50. Contraste saisissant avec les ghettos communautaires noirs et autres.

 

Joyce, mère au foyer, a la vie idéale sur le papier mais la réalité est tout autre.
Ruby porte en elle l’espoir d’un monde meilleur, loin des émeutes et de toutes discriminations.
Joyce et Ruby s’entendent à merveille. Une solide amitié est née malgré leurs classes sociales différentes.
Sous ce verni d’apparence se cachent de nombreux secrets. Nul n’est à l’abri de l’acte abominable.
Alors quand Joyce disparaît, Ruby met tout en œuvre pour comprendre ce qu’il s’est passé à l’aide d’un flic au cœur de nounours.

 

Inga Vesper signe un premier roman incroyable. Un roman porté par trois voix qui tour à tour s’immiscent dans un scénario alambiqué. Inga Vesper explore les apparences sous toutes les coutures et ancre son histoire dans une Amérique en proie au racisme et à la discrimination communautaire. Par-delà cet aspect, elle nous offre le parfait tableau de la ménagère blanche de la fin des années 50. Sur un élan féministe, l’émancipation des femmes a une saveur acre et désillusionnée.

 

J’ai adoré plonger dans cette histoire nuancée, ni noire ni blanche, qui nous offre des moments haletants et intrigants. De nombreux rebondissements jalonnent le livre et les personnages ont une belle capacité à surprendre. Un roman solaire portant un regard critique et nécessaire à la construction de l’image de femme, blanche et noire, au sein d’une société clairement patriarcale. Un roman à l’atmosphère anxiogène et ancré au cœur de cette norme sociale exigeante.

 

En bref :
* un roman saisissant
* un portrait parfait de la société américaine de la fin des années 50
* des personnages charismatiques
* une atmosphère dérangeante et qui fait écho à la série « Mad Men »
* une écriture fluide et addictive nous plongeant au cœur de la déraison
 
Un incroyable roman sur un fond sociétal intransigeant et qui a marqué de sa patte la transformation de l’Amérique. la liberté a un incroyable goût.
A découvrir sans hésiter !

LA VIE SELON HOPE NICELY, un roman de Caroline Day.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus

Traduit de l’anglais par Isabelle Stoianov

APPRENDRE À ACCEPTER SES DIFFÉRENCES ET CELLES DES AUTRES
L’esprit de Hope Nicely est différent de la plupart des gens. Chez elle, les pensées ont du mal à rester en ligne droite. Les mots semblent s’échapper comme à travers un fi let de pêche. Mais Hope peut compter sur sa détermination et son entêtement pour s’adapter au monde.

À vingt-cinq ans, persuadée que rédiger son autobiographie lui permettra de retrouver sa mère biologique, elle s’inscrit à un atelier d’écriture. Elle espère ainsi obtenir des réponses aux questions qui la tourmentent : pourquoi a-t-elle été abandonnée ? Sa mère était-elle consciente que boire de l’alcool pendant la grossesse pouvait avoir des conséquences irréversibles ?
Ce cours d’écriture va transformer la vie de Hope en aventure, et elle découvrira que d’autres leçons l’attendent…

Ma note : 4/5
Nouveauté 2022
450 pages
Disponible au format broché et numérique


MON AVIS

Retenez bien son prénom et son nom car Hope Nicely est ainsi. Normale avec sa particularité qui a la couleur d’un arc-en ciel. Attachante, entêtée, naïve, bien attentionnée, Hope Nicely est une jeune femme adorable atteinte du TSAF, comprenez Trouble du Spectre de l’alcoolisation fœtale. Oui tu as bien lu et par conséquence tu as compris que la vie de Hope Nicely est un véritable enfer. Elle pense fort ou en silence, elle a des tics, elle crie, elle frappe, elle se soucie, elle oublie mais l’essentiel est là dans sa tête.

 

Caroline Day te plonge dans sa vie et dans sa quête. Tu rentres dans son cerveau « vide grenier » et tu avances en même temps qu’elle, ou tu recules, tu tapes, tu cries, tu récites, tu penses, tu oublies. Un style sans précédent, redondant, merveilleux et unique.

 

La différence, quel qu’elle soit, est un débat audacieux, courageux. Dans un monde normalisé et validiste, la différence fait tâche. Elle dénote et est facilement pointée du doigt. La différence effraye et il est rare de voir des personnes s’y intéressée sans arrière pensée. Si tu n’as pas un pied (voire deux) dans le handicap, il est difficile de se sentir concerner. Et c’est mon expérience personnelle qui parle.

 

J’ai beaucoup aimé cette lecture mais elle m’a également fait grincer des dents. J’aurai aimé avoir une note de l’auteure qui aurait pu donner les raisons de ce roman, ce qui l’a poussé à l’écrire et je pense que j’aurai pu consentir à l’idée qu’elle aurait souhaité partager. J’ai vraiment apprécié tout ce qui évolue autour de Hope Nicely et cette compassion qui en découle. La vie de Hope Nicely s’inscrit dans ce monde normal mais on voit rapidement qu’elle est incomprise, jugée et accusée. Mais à contrario on voit que l’on peut aimer Hope Nicely sans superflu. Je n’aime vraiment pas cette scission évidente entre normal et différent. Je préfère le terme de pluralité que j’associe volontiers avec cette idée d’arc-en-ciel. Le monde est unique mais plural. Je trouve que c’est beaucoup plus juste.

 

Écrire sur l’handicap est à double tranchant. Que restera t-il finalement une fois que vous aurez fermé ce livre ? Aurez-vous un regard différent ? Ou finalement cela restera t-elle une lecture sans suite ? Parler de l’handicap, c’est bien, mais faire évoluer les consciences validistes est tout autre chose et c’est un autre sujet. Hope Nicely ne demande pas votre compassion ni votre pitié ni votre peine. Elle demande juste une ou deux minutes de votre temps pour être écoutée et se faire comprendre. En aurez-vous assez ?

 

En bref :
* Une jeune femme très attachante
* Un style unique et atypique
* Une histoire douloureuse
* Un sujet très peu aborde dans la littérature et qui peut être à double tranchant
 
Je ne peux que vous inciter à découvrir ce roman et surtout je souhaiterai que cette lecture vous permette de découvrir un monde qui vous effraye, peut être, ou, au contraire, permette de libérer la voix de certains et certaines.

 

Et surtout je ne voudrais en aucun cas que cette lecture soit vaine et juste un moment de lecture comme tous les autres.

 

LA BIBLIOTHÈQUE DE MINUIT, un roman de Matt Haig.

FANTASTIQUE

Éditions Mazarine

Traduit de l’anglais par Dominique Haas

À trente-cinq ans, Nora Seeds a l’impression d’avoir tout raté. Lorsqu’elle se retrouve un soir dans la mystérieuse Bibliothèque de Minuit, c’est sa dernière chance de reprendre en main son destin. Si elle avait fait d’autres choix, que se serait-il passé ?
Avec l’aide d’une amie bibliophile, elle n’a qu’à prendre des livres dans les rayonnages, tourner les pages et corriger ses erreurs pour inventer la vie parfaite.
Pourtant, les choses ne se déroulent pas comme elle l’imaginait.
Avant que minuit sonne, pourra-t-elle répondre à l’énigme la plus importante : qu’est-ce qu’une vie heureuse ?

 

 

Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2022
414 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

L’heure vient de sonner, votre mort approche. C’est ce que veut Nora. En finir avec sa vie qui n’a été qu’une succession de désillusions. Le soir est arrivé enfin, libérateur. Contrairement à ce qu’elle espérait, elle va vivre une expérience incongrue de mort imminente. La voici propulsée dans une bibliothèque particulière. Sa bibliothèque, tous ces livres sont la multitude de vies qu’elle aurait pu vivre si tel ou tel événement de sa vie se serait déroulée d’une manière infiniment différente. Déstabilisée par ce lieu mystérieux et tout autant par la personne qu’il l’habite, Nora doit se faire rapidement à l’idée de vivre une expérience extraordinaire et fantastique. De vie en vie, elle vit ses rêves, ses espoirs, ses aventures espérées, un idéal de vie et pourtant le bonheur et le sentiment de satiété d’une vie comblée font défaut.

 

Le bonheur est une quête ardue et elle en mesure toute son importance tout au long d’une aventure fantasque mais libératrice.

 

Matt Haig revisite le thème de la mort imminente avec génie, anticonformisme, fantaisie. Le scénario est totalement génial. Entre développement personnel, feel good et fantastique, l’auteur nous plonge dans un roman audacieux et rafraîchissant. Un thème fort et poignant qui nous porte aux confins de l’âme humaine et de ses regrets. Ses vies façonnées à l’infini sont le miroir d’une société sculptée et normalisée. Une quête qui mène vers la définition même du bonheur, celle que nous lui donnons personnellement. L’héroïne a ce côté têtu qui la pousse toujours vers la mort, mais peu à peu son esprit se délivre de son carcan et peut concevoir un autre horizon. Un roman à la fois philosophique et cocasse. Cet approche est juste magnifique et nous porte vers une réflexion intense. La lassitude ne s’installe jamais malgré cette routine fantasque consistant à ouvrir un livre. L’inattendu, l’espoir et la découverte m’ont poussé à dévorer chaque chapitre avec une intensité identique, ravivant cette étincelle malicieuse où croquer la vie serait devenue une gourmandise.

 

En bref :

* Un scénario original et prenant ;
* Une héroïne qui ne se cantonne pas à la morosité de sa vie et qui va tenter de trouver le bonheur ;
* Une intrigue addictive portée par une plume sensible ;
* Un roman entre développement personnel, feel-good et fantastique ;
 
Un roman sculptural totalement inouï où l’intrigue s’étoffe peu à peu aux côtés d’une héroïne mal dans sa peau en quête de l’étincelle qui changera tout.

 

Un roman tout simplement génialissime et captivant qui fait écho à notre nous-intérieur face à la société intransigeante. A découvrir vraiment !

DE L’OR DANS LES COLLINES, un roman de C. Pam Zhang.

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Western

Éditions Seuil – Collection Cadre Vert

Traduction de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude
#Babelio

Au crépuscule de la ruée vers l’or, deux sœurs traversent les États-Unis avec les restes de leur père et un fusil pour tout bagage…
Lucy et Sam, filles d’immigrants chinois, sont désormais orphelines.
Ma est partie depuis un moment, Ba vient de mourir dans la nuit. Les deux fillettes livrées à elles-mêmes entament alors un long périple au cœur d’une nature inhospitalière, peuplée d’individus agressifs et souvent racistes, à la recherche de l’endroit idéal pour enterrer leur père. L’une est raisonnable et avide de connaissances, l’autre arbore et assume une identité de garçon, refusant de se plier aux règles du monde. Très vite hors-la-loi dans un univers qui ne veut pas d’elles, Lucy et Sam vont se confronter au rêve amer de l’Ouest américain, portées par leur imaginaire où se mêlent tigres et bisons géants.
C Pam Zhang est née en 1990 à Beijing, en Chine, puis est arrivée aux États-Unis à l’âge de quatre ans. Elle a étudié à la Brown University, à Providence et à Cambridge. Ses nouvelles ont paru dans The New Yorker, The New York Times, McSweeney’s Quaterly, Best American Short Stories, entre autres. Son premier roman, De l’or dans les collines, a été nominé dans plus de dix prix littéraires aux États-Unis, dont le Booker Prize, et a déjà été traduit dans dix-sept pays.

 

Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2022
336 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

C Pam Zhang nous entraîne au cœur d’un western complexe et multiculturel. Sam et Lucy sont les dignes héritières d’un passé houleux et tu. Façonnées par la vie sauvage et dure des contrées de l’ouest, à roulotte, sur une mule ou un cheval, dans des cabanes insalubres, elles se sont construites sur des légendes où le courage et la valeur de l’homme prédominent. Ba et Ma, mutiques sur leur origine, sur leurs passés respectifs, construisent la vie de leurs filles sur ces non-dits. Lucy est intelligente, belle. Sam est devenu par la force de la vie, un garçon manqué. Leurs vies prennent deux chemins différents. L’une veut de l’or, l’autre la reconnaissance.

 

Terres désolées, assoiffées, noires, sèches, rudes aux couleurs de l’or, celui tant cherché, convoité, source de toutes les violences commises par l’homme. Ces terres voient défiler ces deux sœurs décharnées à la recherche de la terre promise, du signe, qui leur permettra de mettre en terre leur père. Des pas, des milliers de pas, le ciel, le soleil sans pitié, le vent murmurant, témoins d’une agonie, d’une souffrance silencieuse. Une quête qui les portera au-delà de cette misérable errance. L’une découvrira la richesse du paraître l’autre celle laborieuse et dérobée.

 

Et tel un cercle vicieux va leurs vies emprisonnées par leurs choix et leurs passés. Un lourd héritage silencieux trimballant l’oubli, le désœuvrement, l’égoïsme.

 

Ce roman m’a totalement déstabilisée notamment par sa construction et sa forme. L’écriture rude, franche, saccadée confère un style atypique. Mais au travers de cette rigueur, il y a cet amour camouflé, bienveillant qui s’est malheureusement perdu en route. J’ai adoré ces longues envolées où la nature est au cœur de la description. Cette longue lettre d’amour murmuré par le vent. Cette eau torrentielle aboutissant tout espoir. Cette terre brûlante discriminatoire aux reflets d’or. Et ce feu grondant dans les veines de ces jeunes filles.

 

Ce roman est vraiment grandiose.

COMMENT LES PINGOUINS ONT SAUVÉ VERONICA, un roman de Hazel Prior.

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Éditions L’Archipel – Collection Instants Suspendus

Traduit de l’anglais par Estelle Flory

Le cœur ne gèle jamais, même au milieu des icebergs
Le plus souvent, Veronica, 84 ans, passe ses journées à chercher où elle a mis ses lunettes, à ramasser les déchets sur la plage ou à aboyer des ordres à sa dame de compagnie, Eileen.

Depuis peu, la vieille dame s’interroge : que faire d’utile durant les années qu’il lui reste et, surtout, à qui laisser sa fortune considérable ? Quand elle a soudain une illumination : et si elle mettait tout en œuvre pour sauver les pingouins d’Antarctique ?
L’irruption dans sa vie de Patrick, un petit-fils disparu, orphelin à six ans après le suicide de sa mère, va tout changer. Comme deux animaux sauvages, ils vont devoir s’apprivoiser au milieu des icebergs.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
480 pages
Disponible au format numérique, audio et broché

 


MON AVIS

Veronica est du genre mamie acariâtre, bourrue, indigeste. Bref, une vielle bique qui passe son temps à embêter les gens autour d’elle et notamment Eileen, dame de compagnie, de ménage et autre. Veronica ne cesse de dire qu’elle a tout sa tête, de temps en temps, je vous l’avoue, elle la perd. Mais son passe-temps favori est sans aucun doute celui de tenter l’impossible. Il aura suffit d’une vielle boîte pour faire surgir tous les vieux souvenirs et les démons qu’ils les accompagnent. Mais Veronica n’est pas une femme à abattre facilement, et le meilleur moyen pour elle de contrer le sort est l’action. Est celle-ci se traduit par une puissante crise existentielle. Retrouver un membre de sa famille et sauver les pingouins !

 

Veronica s’exile donc au fin fond du monde peuplé de glace et de pingouins. Mais elle n’aurai jamais cru que cette expérience unique serait une véritable révélation.

 

Nous sommes d’accord les mamies grincheuses, et bien, sont plein de fiel à déverser à tout moment. Difficile de les aimer et de s’attacher à elles. Mais Veronica a ce quelque chose en plus qui va vous surprendre et ramollir votre petit cœur. On oublie souvent que les personnes âgées ont un passé qu’elles gardent tendrement en eux, ou au fond d’une boîte. On oublie qu’une existence entière a façonné cette personne et ce roman nous rappelle gentiment à l’ordre. Avec un certain humour, avec malice et avec quelques coups de punchline, Veronica va vous défriser ! Un roman sentimental dans un décor austère, où finalement la moindre parcelle de tendresse vaut tout l’or du monde. Un voyage introspectif, amusant, frais, décalé, mais où les sentiments et les humains ont, finalement, une place indétrônable. Je crois que l’on peut être que toucher par cette superbe histoire. Il s’en dégage au final une aura de bienveillance. Veronica et les pingouins, est une histoire adorable avec une héroïne hyper agaçante mais qui vous percutera de plein fouet !

 

L’OURS un roman de Andrew Krivak.

NATUR WRITING

Éditions Globe

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié

#PicaboRiverBookClub


Ils ne sont que deux survivants humains, un père et sa petite fille, dans une maison au bord d’un lac. Leurs voisins ? Des arbres centenaires, des plantes millénaires, des oiseaux dont les appels trouent les cieux, des traces d’ours sur les troncs et une montagne qui n’a pas changé depuis qu’Emerson et Thoreau y puisaient leur force et leur sagesse.
 
Au fur et à mesure que la fille grandit, son père lui apprend tout ce qu’il peut, pour la préparer à une vie en harmonie avec une nature majestueuse et tutélaire.
Et quand la fille se retrouvera seule, c’est l’ours du titre qui lui servira de guide ultime pour s’orienter à travers un environnement aussi rude que prodigue, dans une communion élégiaque.

 

Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
Nouveauté 2021
160 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Il existe ces romans où les mots semblent désuets. L’ours en fait indéniablement partie

 

Mes mots ne pourront jamais vous faire ressentir l’immensité. La nature omniprésente. Le ciel, la terre, les arbres et les fleurs, les animaux, leurs silences, leurs cris, leurs vies, leurs présences, source d’abondance et de pérennité. Une bouffée d’air pur, saisissante et pétrifiante. La solitude, la peur de la mort, mais la vie restant, brillante par tous ses défauts, sombre pendant ces moments où la terre s’endort.

 

Un paysage époustouflant. Des détails précis et ces mots qui valdinguent, bouleversent et pétrissent le cœur avec une nonchalance naturelle invitant au repos et surtout à tendre l’oreille. Alors vous entendrez ce père initiant sa petite fille à la terrible loi de la survie, ses conseils, ses souvenirs, ses légendes, ses histoires, ses mots marqués sur un papier d’un autre temps seul rescapé de l’apocalypse (?). Alors vous verrez l’amour qui transpire dans chaque mot, chaque geste, chaque silence. Celui-ci apporte bien plus.

 

C’est ainsi que naissent les légendes celles véhiculées par les airs, celles qui se murmurent au bruissement des feuilles, celles que rapportent les oiseaux du quatre coin du monde. Une légende naît de la douleur, de la perte et du deuil. Une légende en parfaite communion avec la nature, la véritable nature, celle qui s’élève, celle qui a conscience d’un grand tout.

 

Andrew Krivak signe un roman d’une beauté insaisissable, merveilleuse et d’une justesse rare. Dès le départ j’ai été captivée par la prose et le style de l’auteur. Une plume lyrique qui nous invite à un voyage extraordinaire. Au-delà d’être une claque, ce roman puisse sa force dans la nature mais aussi aux côtés d’une jeune héroïne qui a reçu un héritage bien lourd pour ses frêles épaules. Une héroïne en harmonie totale avec son environnement dont elle aura pris soin de regarder et d’écouter.

 

J’ai été saisie par la puissance émanant de ce roman. Une expérience unique et bouleversante.

 

Êtes-vous prêt.e.s à rencontrer l’ours ? Je ne pense pas.

 

LA BARONNE DES GLACES, un roman de Nicole Vosseler.

ROMAN HISTORIQUE

Éditions L’Archipel

Traduit de l’allemand par Anne-judith Descombey

Russie, 1822. Katy et Grischa rêvent de parcourir le monde et de faire fortune. Avec l’aide de Thilo et Christian, ils ont une géniale idée : exporter la glace du Nord jusque dans les Tropiques. Mais leur entreprise sera semée d’embûches. Et quand l’amour s’en mêle…
Russie, 1822. Depuis son enfance, Katya sait  » lire  » dans la glace. Elle en perçoit les vibrations et les qualités. Quant à son frère aîné Grischa, il semble pouvoir  » deviner  » le temps qu’il fera.
 
Tous deux rêvent d’une vie meilleure et veulent laisser derrière eux leur enfance misérable. Leur voyage les mène sur la Baltique jusqu’au port de Hambourg où ils s’associent avec Thilo et Christian, des hommes d’affaires qui ont créé une société de négoce. Leur plan audacieux : expédier la glace jusqu’à Calcutta.
Mais la voie du succès est semée d’embûches, et les sentiments naissants entre Katya et Christian, qui est marié, menacent de faire fondre les rêves de la jeune baronne des glaces…
Inspirée de l’histoire vraie d’une dynastie de commerçants intrépides, le premier tome d’une saga mêlant amour, drame et aventure.

 

 

Ma note : 2.5/5
336 pages
Nouveauté 2021
Disponible en numérique et broché

 

 


MON AVIS

A la vue de la couverture et à la lecture du résumé, j’ai été ravie de me lancer dans ce roman tout aussi historique que aventureux. J’aime beaucoup d’ailleurs cette période que représente le XIXe siècle, siècle de la révolution industrielle et où le monde s’ouvre au commerce. Un saut dans la Russie pays natal de ma grand-mère m’a plus que ravi mais malheureusement la magie n’a pas du tout opéré.

 

Katy et Grischa s’échappent alors que l’hiver s’est abattu sur leur petit village. La glace chante et le vent hurle sa froideur mais le plus important pour Grischa et Katy est d’échapper à un avenir incertain où la survie n’aurait rien eu d’idyllique. Katy est encore une petite fille mais son entêtement et son courage la portent partout où ira Grischa. Leur fuite les porte bien au nord de la Russie où ils sont recueillis par une femme veuve ayant la main sur le cœur. Grischa découvre la mer et sa rigueur, il en tombe fou amoureux. Ses différents séjours à bord des bateliers façonnent un jeune homme rigoureux, massif et sur de lui. Mais leur quête de liberté et d’aventure ne s’arrête pas ici et va continuer au Danemark où ils rencontreront Christian et Thilo, deux frères, qui tentent de sauver le magasin familial. A eux quatre ils forment un groupe stupéfiant et où l’harmonie tend à être perturbé par les amourettes.

 

J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher aux personnages où leurs incertitudes modèlent une histoire en quinconce notamment quand il est question de relation amoureuse. Katy de par sa beauté est source de pas mal de maux et de la convoitise des hommes qui cherchent à tirer profit de son corps et/ou de son intelligence. Grischa devient un excellent navigateur mais ses histoires d’une nuit auprès des deux sexes ont tendance à refroidir les ardeurs. Christian et Thilo, l’un introverti et l’autre extraverti, forment un duo complémentaire mais l’égoïsme et l’arrogance de l’un agacent l’autre. Les personnages m’ont apparu fade et sans grande surprise.

 

Les décors sont quasi inexistants dans leur description alors que je m’attendais à quelque chose de majestueux coupant le souffle et me faisant rêver. La glace est partout évidemment et sous toute ses formes.

 

L’épopée qui aurait pu être grandiose vers l’Inde m’a également déçu et ne figure qu’à la fin de ce premier tome.

 

J’ai trouvé l’écriture sans saveur et froide, même si elle a su me captiver car j’attendais de moment où mon avis basculerait vers l’enthousiasme. Je pense que j’attendais énormément de ce roman qui promettait beaucoup d’éléments savoureux. L’aventure et le dépaysement n’ont pas été au rendez-vous et je n’ai pas su m’embarquer dans cette histoire où le dévouement à la famille et aux amis sont au cœur de ce récit. Dommage !

 

Découvrez l’avis de Light and Smell qui a été séduite.

LE K NE SE PRONONCE PAS, un livre de Souvankham Thammavongsa.

RECUEIL DE NOUVELLES

Éditions Mémoire d’Encrier

Traduit de l’anglais par Véronique Lessard


Une fillette à l’école prononce obstinément le k muet du mot knife. Un ancien boxeur se convertit en pédicure. Une femme rêve de téléromans en plumant des poulets. Un père emballe des meubles destinés à des maisons qu’il n’habitera jamais.

Le K ne se prononce pas accueille les utopies, échecs, amours et petits actes de résistance des errants et réfugiés, qui tentent de trouver leurs repères, loin de chez eux ; ces ouvriers essentiels fouillent le bas-ventre du monde.
On y croise des enfants bienveillants, des hommes blessés et des femmes fébriles. Ils désirent vivre. Et dans ces récits, ils vivent brillamment. Férocement.

 

 

Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
Nouveauté 2021
136 pages
Disponible en numérique et broché

 

 


MON AVIS

A bride abattue, Souvankham Thammavongsa (S.T.) raconte ces histoires secrètes, douloureuses et merveilleusement humaines.

 

Diaporama défilant au gré de ces enfants, femmes et hommes, au gré de leurs vies, de leurs aspirations, de leurs souhaits et de leurs vies. Un théâtre aux mille et une couleur, original et terriblement, oui terriblement, captivant.

 

La communauté laotienne est au cœur de cette multitude. Famille, amitié, travail sont ces moteurs intrinsèques. Les regards, la différence, l’abnégation, la solitude, l’espoir portent ces anti-héros au cœur d’histoires uniques et bouleversantes.

 

Tout comme le dit Sharon Bala (auteure de Qu’importe le navire) ces histoires frappent par cette réalité écrasante.

 

Cadrage, zoom, sans artifice, d’un naturel presque surréaliste, S.T. pose sur la feuille blanche des personnages attachants, parfois détestables et leurs récits empreints d’une force maladive et terrible de rendre justice, vaine ou feinte, à une communauté sensible à leur racine, à leur culture, à leur pays et portant à bout de doigts leurs rêves ultimes.

 

Un recueil d’une sincérité déroutante que je vous invite vivement à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda

ABANDON, un récit de Joanna Pocock.

RÉCIT

Éditions Mémoire d’Encrier

Traduit de l’anglais par Véronique Lessard et Marc Charron


Parfois, tout ce que nous pouvons faire, c’est nous abandonner à nos circonstances, à nos désirs et à nos peurs, à notre besoin d’évasion, à nos échecs, à notre douleur, à notre état sauvage intérieur, à notre domestication et, de ce fait même, nous abandonner à l’essence qui est au centre de notre être.
 
Alliant chronique, récit de soi et de la nature, Abandon raconte l’Amérique indomptée et ses paysages sauvages. A l’aube de la cinquantaine, l’auteure Joanna Pocock quitte sa vie londonienne pour le Montana. Elle observe le territoire, découvre l’imaginaire frontalier de l’Ouest américain et ses extrêmes.
Elle traverse les forêts et les montagnes, dialogue avec les rivières, les loups et les bisons, relate ses expériences : maternité, deuil, crise climatique, réensauvagement, écosexe… Consciente de ce que l’humanité perd dans sa relation avec la terre, elle se met à l’écoute de ces communautés qui disent la fragilité de ce que c’est que vivre. En restituant l’Amérique dans sa démesure, Abandon aide à respirer.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
324 pages
Disponible en broché et numérique

 


MON AVIS

Il m’est toujours délicat d’entamer la lecture d’un récit. Moment d’appréhension qui soit s’estompe à la lecture des premières pages ou alors s’intensifie.

 

Joanna Pocock nous offre une merveilleuse échappée belle. Direction le Montana où Joanna, son mari et sa jeune fille débutent une nouvelle vie à la sonorité de liberté. Mais il est bien difficile de s’établir dans un pays aux mœurs, coutumes, et quotidiens parfois bien différents de ce qu’ils vivaient jusqu’à présent. Après quelques difficultés, est venu le temps de découvrir l’environnement proche. Le Montana est connu pour ces grands espaces sauvages, mais en y regardant de plus près vous découvrirez l’envers du décor. La chasse, la trappe, la nature, la flore ont une image loin d’être idyllique. Ancienne terres minières, les ruisseaux, cours d’eau, étangs, rivières, fleuves sont pollués. L’écologie et la préservation des milieux naturels sont un combat quotidien qui vacille d’élections et en élections. Joanna Pocock met en évidence ces incohérences et ces absurdités qui nous paraissent à l’heure actuel un enjeu crucial. La terre de la démesure n’applique que la loi du plus fort et du capitalisme. L’intérêt propre avant la préservation amenant à des catastrophes sans précédent.

 

La nature a une nouvelle place dans la vie de Joanna Pocock qui s’allie avec son état émotionnel et physique. De nouvelles interrogations prennent place dans sa vie la poussant à explorer davantage ce territoire vaste. De recherches en recherches, elle va partir à la rencontre de communautés qui vivent de la chasse de bisons et d’une grande Queer. Cette dernière ou ce dernier, Finisia Medrano, parcourt à dos de cheval ce qui est considéré comme étant l’Anneau, trajet qu’emprunté les peuples autochtones il y a des années de cela créant ainsi un cercle de vie où la nature était pourvoyeuse. Un témoignage bouleversant et qui m’a touché en plein cœur. Adepte du réensauvagement qui consiste en replanter des graines de plantes et d’arbustes en voie de disparition, Finisia est une figure de courage, d’abnégation et d’humilité. Quelques autres portraits surgissent ici et là.

 

Joanna Pocock nous parle avec toute son objectivité de chercheuse et de journaliste de nature, de chasse, de réensauvagement et d’écosexe. Ce dernier ressemble aux mouvements hippies. La nature au centre de la vie humaine et le sexe comme moyen de communication. Un concept qui m’est totalement étranger et auquel j’ai du mal à concevoir une quelconque utilité.

 

Joanna Pocock nous délivre un récit mené avec justesse, honnêteté et qui délivre un joli message. Mêlant ses émois et ses recherches où la nature est au cœur de ce duo, Joanna Pocock nous pousse à nous poser de questions. Notre place au sein de la nature est-elle légitime ? Nos actes ? Les conséquences ? La recherche de notre propre chemin en adéquation avec nos valeurs, nos principes moraux et surtout la nature ?

 

ABANDON se partage avec générosité et bienveillance. Un débat ouvert sur de nombreuses thématiques. Et le sentiment absolu que Joanna Pocock délivre le message pertinent qu’il nous est interdit d’abandonner notre nature profonde celle qui sommeille depuis des milliers d’années, celle qui connaît la valeur de la nature.

 

Une jolie lecture très intéressante que je ne peux que vous inciter à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda